‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 240 sur 278 · LES LOIS DE L\ MORALE 7I · texte numérisé non relu

LES LOIS DE L\ MORALE 7I

s'applique à l'ensemble de sa vie : « Quand je voudrai me mettre à écrire, je saurai bien me tirer d'affaire et laisser Votre Grâce s'embourber*. » Aussi le landgrave écrivait-il à ses conseillers, et d'autres auraient pu parler dans le même sens : « Nous connaissons le docteur Martin ; plus on dispute avec lui, plus il s'égare dans des chemins obliques 2. » Nous comprenons parfaitement ces paroles de Dœllinger, paroles qui jusqu'ici n'ont pas été réfutées, et à qui, au contraire, de nouvellesrecherches ont donné une force toujours plus grande : a Gomme polémiste et auteur d'écrits théologiques et surtout d'écrits populaires de controverse, Luther unissait à un talent incontestable de rhéteur et de dialecticien un manque de conscience que dans ces matières on ne rencontre que fort rarement à un si

logisme : « Sed matrimonium non signifîcat rem secretam et absconditam », il aurait vu aussitôt tout le monde se lever contre lui, car le fait extérieur du mariage signifie [et la grâce intérieurement donnée aux époux, et] l'union du Christ avec son Eglise, ce qui fait bien « une [ou même deux] choses secrètes et cachées ». Luther aurait donc dû mettre comme mineure : « Sed matrimonium signiûcat rem secretam et absconditam », d'où il aurait eu cette conclusion : « Ergo matrimonium est sacramentum ». Mais c'est précisément cette conclusion qu'il voulait écarter ; de là son procédé fallacieux. Tout entier à la lutte du moment, il ne vit pas que l'on pouvait tout aussi bien employer son procédé à l'égard du baptême qu'il admettait, et dire : « Sacramentum signifîcat rem secretam et absconditam ; sed baptismus non est rcs sécréta et abscondita : ergo baptismus non est sacramentum. » Fréquemment, on se heurte chez lui à ces misérables syllogismes à quatre termes ; dans mon ouvrage, j'ai eu souvent l'occasion de le faire remarquer.

1. Voir Luther et le luthéranisme, t. I, 2* éd., 1918, p. 220.

2. Lenz, Briefuieclisel Landgraf Philipps des Grossmiitigen von Hessen mit Bucer (Leipzig, 1880, 1891), I, 879, ,

haut degré 1 ». Par là, nous touchons à notre second point.

Ce qui vient d'être dit permet déjà de répondre négativement à cette seconde question : Luther eut-il une haute valeur morale ? Le vieux moraliste luthérien St^udlin, un rationaliste comme tant d'autres, a eu le courage d'écrire que si l'on revenait aux principes de la morale de Luther, la morale s'évanouirait entre nos mains ^. Celui qui tient pour permis les mensonges, même les gros et forts mensonges, celui qui admet que la concupiscence est absolument invincible, et qui pose si bien cette théorie en thèse fondamentale qu'on la suit au travers de toutes ses doctrines et de toute sa vie, non seulement celui-là n'a pas une haute valeur morale, mais il a même cessé d'être moral. Bien plus, cette thèse avait comme corollaire immédiat que l'on ne pouvait pas résister aux impulsions, de la nature ; et par là on ouvrait à deux battants la porte à tous les débordements immoraux ; elle appelait aussi la négation du libre arbitre, ce qui signifia la négation de toute responsabilité. Il en résulta h doctrine de la justification par la foi seule (c'est-àdire l'Evangile de Luther), qui selon Harnack a devait avoir pour conséquence un relâchement inquiétant », parce qu'elle « était de nature à émousser les consciences ^ » ; il en résulta enfin l'opposition entre la

1. DÔLLiNGER, Luther, eine Skizze, 1890, p. 58; Kircheiilexikon, a* édit., Vlil, 342.

2. St«;udlin, Geschichte der christlichen Moral seit dem Wiederaufleben der IVissenschaften, Gottingen, 1808, p. 202.

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