‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 248 sur 278 · LE COCHON DIGNE D ENVIE · texte numérisé non relu

LE COCHON DIGNE D ENVIE

expliquent ma réflexion et la mettent dans son vrai jour ? Malgré sa colère et ses rancunes, Harnack aurait dû remarquer que, pour échapper aux raisonnements de leurs adversaires, Luther et ses partisans ne reculèrent pas devant « l'infamie » de dire qu'autrefois c'était au diable et non à Jésus-Christ qu'ils avaient fait leurs vœux : en s'unissant à une femme, c'étaient simplement les doctrines du diable qu'ils rejetaient. C'est ce que l'on peut voir en plusieurs passages de mon livre. Il est impossible de nier les faits.

A l'appui de sa sentence, Harnack cite un autre passage de mon ouvrage. D'un bond de géant, il saute de la page 121 à la page 788, laissant ainsi de côté plus de six cents pages, celles-là précisément où se trouvent les chapitres les plus importants, ceux qui traitent de la polygamie, de Tidéal catholique de la vie, des idées de Luther sur la justification, et notamment du point de départ de son évolution doctrinale. Il en arrive donc ainsi « au cochon digne d'envie », l'animal que Luther cite le plus souvent et qui est certainement le roi de son « jardin zoologique ^ » .

Sur cette fameuse histoire du,' cochon, tout le chœur des historiens protestants s'est violemment emporté. Le surhomme de Wittenberg avait de la prédilection (ce qui d'ailleurs répond à certaines autres de ses passions) pour quelques petits animaux dont nous ne voulons nommer que les principaux : le chien, l'àne et le cochon. Il avait un sens très prononcé des symboles que contenaient ces degrés inférieurs du règne animal. Pour ne pas

1 . Ci-dessus, t. IV, p. 7 et suiv. — Nous mettons ici cette discussion que dans l'original Deniile renvoie plus loin, dans les pages contre Seeberg que nous supprimons (voir p, 116). Elle vient aussi bien ici qu'à l'endroit où Denifle l'avait placée (N. d. T.).

8o LA CRITIQUE DE HAR^'ACK : BAGATELLES

parler de ses <( ânes péteurs », qui reviennent sans cesse, quelle riche imagination n'a-t-il pas dépensée à nous montrer le cochon dans toutes les allures possibles ! 11 sert à caractériser le pape, les évêques, les prêtres, les religieux, les savants, les princes, ses amis comme ses ennemis ; l'Allemagne elle-même doit être représentée sous la figure d'une truie, et Aristote est placé « dans la porcherie ou dans récurie aux ânes »^ etc.

Si donc chez Luther le cochon joue un si grand rôle, si chez lui presque tout se change en cochon, quel sera ici le sort de Luther lui-même ? « Si j'avais été Juif, dit-il, et qu'il m'eût fallu voir ces rustres et ganaches (de papes, d'évêques, de sophistes et de moines) régir la chrétienté et enseigner la doctrine de Jésus-Christ, j'aurais mieux aimé être un cochon qu'un chrétien "^ ».

En parlant de la calomnie de Luther que sous le pai^isme on mourait dans le désespoir, et de son aflirmation que la certitude du salut était la seule rec<^tte efficace dans la tristesse et dans les épouvantes de la mort, je cite -^ ce passage de son livre Contre les Juifs : « Je sais que si quelqu'un a jamais senti l'épouvante et le poids de la mort, il aimerait beaucoup mieux être pourceau que d'être sans cesse en proie à un tel accablement ». Cette phrase est absolument générale, sans rapport aucun avec les Juifs et leur Messie ; elle vise l'état de tous ceux qui ont une fois ressenti les épouvantes de la mort, et c'est pourquoi je la cite pour montrer Villusion de la doctrine de Luther sur la certitude du salut. Le caractère général de cette phrase est si évident que mes adversaires eux-mêmes, Harnack, Seeberg, Haussleiter, ne s'arrêtent pas à la critiquer ou à l'analyser en elle-même ; ils font

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