IL FAIT BON MOURIR CATHOLIQUE
Ceux qui, soit en bonne santé, soit sur leur lit de mort, revenaient ainsi à l'Eglise catholique, étaient précisément, en général, de ceux qui avaient pris leur religion au sérieux ; ils sont à compter parmi les vrais et sincères protestants i. Au contraire, on n'a jamais ouï dire qu'un vrai et bon catholique, ayant sérieusement pratiqué sa religion, ait, soit pendant sa vie, soit surtout à l'heure de la mort, abjuré librement ^ son
y dit aussi : « Si un homme travaillé par le doute demande à cette Eglise (catholique) secours et conseil, elle augmentera aussitôt en lui la tranquillité. De ce fait, nous avons eu maint exemple de nos jours ».
I, En parlant ainsi, nous n'avons aucunement la prétention de juger les autres protestants ; juger n'appartient qu'à Dieu, qui connaît l'étendue de la culpabilité d'un chacun. Il y a beaucoup de bons protestants qui, ayant grandi dans l'erreur, s'efforcent sérieusement et dans la mesure de leurs connaissances de vivre chrétiennement ; non pas chrétiennement selon « la pure parole de Dieu », c'est-à-dire selon « la doctrine évangélique » de Luther : ils ne la connaissent pas plus que la doctrine catholique ; mais chrétiennement selon les intuitions et les tendances d'une âme naturellement chrétienne, c'est-à-dire catholique, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer. (Ci-dessus, t. II, p. 1/12-1/16).
3. Entre autres faits, G. Wicel nous raconte que, dans les premiers temps du luthéranisme, nombre de prédicants couraient chez les catholiques malades, afin de les attirer à eux avant leur mort : « Numquam potui satis mirari frendentem istam ac manifestissimam phrenesin quorundam concionatorum discurrentium et penetrantium domos aliénas, ubi lecto decumbere catholicos audierunt, nec agentium aliud quam ut in suam massam aegrotos ante illectent, quam moriantur. Nemo illos rogat, nemo vocat, nemo illorum operam vel desiderat vel expectat. Irrumpunt tamen subito, non sine terriculamentis pavidae paucitatis, cui videtur lupus irruere, non venire pastor. Pu tant hujusmodi sibi licere, posteaquam tolum pêne populum subjugarunt. yEgrotus variis tentamentis circumagitur ; tandem perspecta confidentia prœdicatorum incipit fluctuare, mox prœda fit, desciscens ab ecclesia, quum jam animam efflaturus est. Quo perfecto agone illi statim
44 LA DOCTRINE DE LUTHER ET LA PAIX DE l'aME
Eglise pour passer au protestantisme ou à toute autre secte, et cela en vue d'assurer son salut éternel K Plus un catholique s'est pénétré de l'esprit catholique, pendant sa vie, plus aussi il montre de calme et de confiance au moment de la mort. Ce sont précisément les sommets de la vie catholique, c'est-à-dire les saints, qui sont les modèles d'une mort vraiment chrétienne et selon Dieu ; aussi, en parlant de ces prédicateurs (( qui après avoir atteint les sommets ne prêchent que d'une vie sévère et nous présentent les grands exemples des saints, les grandes et admirables œuvres qu'ils ont accomplies 2 », Luther lui-même n'ose aller contre leur affirmation que « ces saints sont morts le sourire sur les lèvres^. » Servir Dieu, c'est régner, disait avec joie et confiance saint Antonin au moment où il sentit que son âme allait se séparer de son corps *.
Avec des nuances diverses, c'est là l'attitude de tous les vrais catholiques sur leur lit de mort, et cela aujourd'hui comme autrefois; de là le proverbe : « Il
erumpunt, triumphantes atque vociférantes : hune cepimus, hune fecimus Ghristianum ante suum obitum ; benedictus Deus, divites facti sumus ». Libellas de moribus veterum hsereticorum (Lipsiae, iSSy), fol. Ev. sqq. On trouvera ce passage cité plus longuement dans Dôlli^ger, Die Reformation, I (a* édit.), pp. 126-128. [Traduction Perrot, I, 18^48, p. 116-117].
1. Pour plus de détails, voir J. Perrone, S. J., Der Protestantismus und die Glaubensregel, trad. allemande dt, Maier, Ratisbonne, 1867, III, liSi et suiv.
2. Voir les Acta Sanctorum, ou simplement Gvérits, Les petits Bollandistes. Table générale alphabético -analytique, i885, XVII» 705-70G.