‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 266 sur 278 · LES ÉCOLES PRIMAIRES PROTESTANTES · texte numérisé non relu

LES ÉCOLES PRIMAIRES PROTESTANTES

désire que je garde le silence à son endroit, qu'il se retire donc dans le domaine de l'ancienne littérature chrétienne, qui lui est plus familier, et qu'il n'écrive plus un mot sur la scolastique, et notamment sur saint Thomas 1

Nous sommes loin d'avoir épuisé ce qu'il y aurait à dire sur les critiques de Harnack. En voici une encore plus révoltante. 11 termine sa discussion cauteleuse par un procédé évidemment fort commode pour exciter contre moi des esprits protestants, même de sang rassis : il mutile ma préface ; il arrache de son contexte la phrase suivante : « Alors même que les protestants ne tapageraient pas contre l'EgUse catholique, comme ils l'ont fait dans les dernières années, et qu'ils ne provoqueraient pas formellement à la lutte, ils resteraient pourtant les éternels troublepaix ; par leur enseignement de l'histoire et de la religion dans les écoles, ils s'engendreraient des successeurs de génération en génération ». Harnack interrompt ici brusquement la citation. Naturellement, le lecteur doit avoir l'impression que je voulais réellement en arriver à la conclusion qu'il en tire, et dont il souligne les termes : « Ainsi donc, à elle seule, notre existence est une provocation pour l'Eglise catholique ».

La conscience de Harnack aurait dû lui défendre de passer sous silence l'explication dont je fais suivre immédiatement les paroles qu'il cite : « Là (dans les écoles protestantes), on inocule aux enfants des préjugés en foule contre l'unité, contre l'Eghse cathoHque. Pendant de longues années, au lieu des vraies doctrines catholiques, l'enfant, porté à tout croire, y entend à peu près uniquement des inventions grossières, des caricatures qui vont jusqu'à l'anti-christianisme ; sur l'Eglise catholique, ce ne sont presque que des mensonges haineux, ce dont chacun peut se convaincre soit en conversant avec des protestants, soit

lOO LA. CRITIQUE DE HARNACK : BAGATELLES

en lisant leurs ouvrages ». N'avais-je pas raison de protester contre un tel enseignement ? En demandant qu'à l'avenir, dans les écoles protestantes, on exposât la doctrine catholique sans la falsifier, est-ce qu'en réalité je ne travaillais pas dans Vintérêtde la paix confessionnelle ^ ?

La remarque que Harnack rattache à cette altération de ma pensée montre bien qui est celui qui par tous les moyens désirerait provoquer un orage confessionnel : « Nous voulons en prendre bonne note ». Pour échapper au devoir d'une réfutation objective, c'est un moyen fort commode que de se placer devant l'adversaire le knout ou le bâton de police à la main, surtout dans notre monde de savants, si enclin à ce genre de preuves. Un dernier avertissement met le comble à ces agissements inexcusables : « Si l'on veut que mon ouvrage ne soit pas entendu dans le sens d'une nouvelle déclaration de guerre », il faut, nous dit-il, qu'il soit rejeté « d'une manière moins amphibologique » que dans la Germania^. Ce qui veut dire : S'ils ne veulent pas être dénoncés comme troublant la paix confessionnelle, les catholiques doivent repousser l'auteur avec son livre, comme un instigateur dépourvu de science. Arrivé là, Harnack naturellement n'a i^lus rien à dire ; il s'esl dérobé avec un rare bonheur à une réponse raisonnée, qui l'aurait forcé d'accepter mes conclusions.

Mais qui donc donne à ce professeur le droit de mêler d'une manière si violente et, disons-le hardiment, d'une manière si indigne deux domaines absolument séparés, le droit de porter sur le terrain de la politique une discussion

1. Gomme nous l'avons dit plus haut (t. 1, p. XIV), Denillc a supprimé cette préface dans sa seconde édition. Le passage cité ici se trouve à la p. XV (N. d. T.).

2. Sur ce point, voir en outre, ci-dessous, p. 117-122, mes remarques

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