‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 268 sur 278 · GRA.NDEUR DEMONIAQUE DE LUTHER IO · texte numérisé non relu

GRA.NDEUR DEMONIAQUE DE LUTHER IO

célèbre en lui et que nous-même nous lui reconnaissons volontiers jusqu'à un certain degré, son œuvre n'est qu'une imposture ; il n'est lui-même qu'un menteur et un trompeur.

(( Telles sont, dit Seeberg à la fin du portrait qu'il ébauche de son héros, les qualités de ce grand homme et de ce grand chrétien )>. u De ce grand homme», dans an certain sens, soit ; « de ce grand chrétien », impossible d'aller jusque-là ! Seebergaime à comparer Luther à saint Paul. Eh bien ! qu'il essaie donc de mettre l'apôtre des nations dans le cadre de la vie de Luther ! Dans la vie et la doctrine de saint Paul, qu'il essaie de trouver cette brutalité et cette injustice, cette luxure et cette sensualité qui, nous croyons l'avoir rigoureusement prouvé dans notre premier volume, se montrent chez le Réformateur, et nullement comme des « atomes isolés ». Ldi grandeur démoniaque dont Seeberg nous parle dans sa brochure, et plus explicitement encore dans son Histoire des dogmes ^, nous semble fournir une comparaison autrement plus juste. Car le démon lui aussi (et ici nous parlons vraiment le langage chrétien), car Lucifer lui aussi est grand d'une grandeur surhumaine ; il a déjà entraîné dans sa perte des millions d'hommes ; le caractère de ses défectuo-

I. Il écrit dans sa Doginengeschichte, II, 2o4 : « Luther a passé à travers son siècle comme un démon, foulant aux pieds ce que dix siècles avaient révéré. » Plus haut [p. 28, 67], sans en nommer l'auteur, j'ai cité ce mot comme l'expression la plus prenante pour juger Luther. Dans sa brochure (p. aG), Seeberg ne nous donne qu'une seule explication du « miracle » de la création opérée par Luther : « En Luther agissaient des puissances surhumaines (?) et démoniaques ».

Io8 LE POINT DE VUE DE SEEBERG

sites, OU, pour mieux dire, de ses vices, est « héroïque », ou, plus exactement, « démoniaque ».

Aussi, Seeberg se condamne-t-il lui-même lorsque avec une apparence de condescendance il clôt la discussion par ces mots : « Mais, évidemment, il y a un endroit où les chemins se séparent. Le catholique, même le plus modéré, en arrive à un point où il ne peut aller plus loin. Nous ne devons pas lui en tenir rancune. Il s'agit de savoir si Luther avait raison oui ou non )). Mais c'est précisément cette question qu'il faut examiner ; elle doit l'être, à moins que nous ne voulions douter à tout jamais d'une réconciliation entre catholiques et protestants. Mais elle ne peut l'être si nous n'étudions jusque dans le détail les atomes moraux du a grand homme ».

Pour trancher la controverse au sujet de la réalité de la mission divine de Luther, question vers laquelle tout converge, il importe de voir, ainsi que nous l'avons déjà montré, premièrement s'il a opéré des signes extraordinaires, secondement, si dans sa vie il a montré une vertu et une sainteté exceptionnelles ; et pour nous permettre de nous en rendre compte, // n'y a de décisif que les traits que Seeberg appelle secondaires ; ces traits ont des u ombres » formidables ; devant elles s'évanouit la a lumière » que Seeberg semble contempler comme ravi en extase.

Il en prend à son aise avec la nécessité des miracles : pour lui, le seul fait que Luther a réussi dans son entreprise de bouleversement, et qu'il a montré le le chemin à des nations entières et à des siècles, est

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