‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 269 sur 278 · LE SUCCÈS DE LUTHER EST-IL UN MIRACLE ? IO · texte numérisé non relu

LE SUCCÈS DE LUTHER EST-IL UN MIRACLE ? IO

un (( miracle » à la force duquel un catholique ne saurait se soustraire. Mais, pour en rester à la comparaison de Seeberg, le démon lui aussi n'a-t-il réussi dans son bouleversement, et cela à travers des milliers d'années et dans tous les pays, et ce bouleversement n'a-t-il pas été incomparablement plus profond que celui de Luther ?

Quel dommage que Luther n'ait pas prévu le « miracle )) du succès de son œuvre ! 11 aurait été si heureux d'y recourir dans ses embarras ! Dans ce succès de l'œuvre de Luther, si étonnant qu'il puisse paraître aux yeux d'un protestant, nous ne voyons simplement qu'une preuve de la puissance des idées de négation et de destruction, telle qu'elle s'est aussi manifestée dans.le mahométisme ; à cette partie destructive se sont ajoutés du reste les éléments positifs que le luthéranisme avait en partie conservés de l'Eglise ancienne, et en partie puisés dans la force vitale du peuple allemand. Dans le second volume, nous verrons que la durée du protestantisme (je ne parle pas de sa naissance) se ramène avant tout à un problème politique ^ ; nous verrons les causes qui expliquent cette

I. Je veux ici rappeler simplement aux lecteurs protestants ce qu'il y a plus de trente ans disait le comte d'Eulenbourg- au premier Reichstag- allemand : « Où est l'Eglise protcstanle ? Je ne la connais que dans les inslitutions de l'Elat. Je serais vraiment heureux de savoir où se trouve l'Eglise protestante en dehors de l'Etat. Je ne C ai jamais rencontrée. Toutes les institutions ecclésiastiques se fondent uniquement sur les institutions civiles ; et les autorités civiles y attachent à bon droit l'intérêt le plus sacré ». Depuis que Luther et les « Réformateurs » ont mis le gouvernement de l'Eglise entre les mains des princes séculiers, 1' « Eglise évangélique » ne peut subsister en dehors de l'Etat sans se diviser

IIO LE POOT DE VUE DE SEEBERG

durée. Ici, je veux simplement faire remarquer que l'intolérance, la puissance presque toujours brutale des princes et des villes ont frayé la voie à la parole de Luther ^ et que ses premiers et plus enthousiastes apôtres furent partout les nombreux prêtres et moines déchus qui couraient après une vie plus libre et après une femme. De même que Luther avait flatté leurs passions et leurs menées, ainsi dans leurs entreliens et dans leurs sermons firent-ils eux-mêmes à l'égard des foules. Comme Mahomet, ils s'adressèrent aux hommes sensuels et leur permirent de lâcher la bride à leurs instincts. La situation incontestablement triste de r Eglise d'Allemagne à cette époque forme l' arrièreplan, ou, si l'on veut, la scène sur laquelle le drame luthérien s'est déroulé^.

en une multitude de sectes et s'anéantir elle-même. Seule, l'Eglise catholique peut résister à la séparation d'avec l'Etat. Pourquoi ?

1. C'est contredire absolument la vérité historique que de prétendre, comme le font si souvent les protestants, que l'unique arme qui ait été donnée à (( l'Eglise évangélique » lors de la (( Réforme », ce fut la (( vérité » et la <( pure parole de Dieu ».

2. Pour ne pas se tromper dans l'appréciation de faits de ce genre et dans la position des facteurs décisifs, il est nécessaire de considérer la situation religieuse dans les autres pays et de la comparer avec celle de l'Allemagne. Si comme l'a fait le dominicain W. Hammer en ce qui concerne les évèques et les chanoines (dans Paulls, Die deustchen Doiidnikaner im Kampfe gegen Luther, p. i85), on voit la situation religieuse de l'Allemagne à cette époque absolument en noir en comparaison de celle des autres pays, il devient par trop facile d'expliquer la révolution du XVI' siècle. Je reviendrai sur cette conception dans le second volume ; ici je veux me borner à relater un témoignage qui concerne la France (où par parenthèse, pendant tout le xv° siècle et le commencement du xvi% on fut beaucoup plus anti-romain

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