‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 27 sur 278 · LA MORT DES VRAIS CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

LA MORT DES VRAIS CATHOLIQUES

céleste héritage qu'il m'a acquis par ses mérites. Dieu veuille donc avoir pitié de moi, et qu'il lui plaise de hâter l'issue de cette maladie i ».

Tels étaient aussi les sentiments des cinquante martyrs anglais, laïques, prêtres et religieux qui furent mis à mort sous Henri YllI : en témoignage de leur foi catholique, ces contemporains de Luther u allèrent à la mort en souriant 2 ».

§ 2. — La doctrine de Luther et la vie morale.

Un fait indéniable, c'est que, sous le règne de r « Evangile », au début et depuis lors, les adeptes de Luther furent au point de vue moral pires et plus dépravés que ne le fut jamais la société sous la papauté. Luther et ses complices, témoins peu suspects, n'ont à ce sujet qu'une seule voix, en sorte que Dôllinger a pu dire : u Remarquons d'abord que les descriptions de l'état moral et religieux après le changement de religion, descriptions que nous avons puisées dans les écrits de tout un siècle, émanent presque en totalité d'hommes qui avaient à la fois le plus grand intérêt et les dispositions les plus marquées à présenter la situation de la nouvelle Eglise sous un jour favorable, à cacher la vérité à eux-mêmes, au public, et surtout à leurs adversaires. Ce qui peut nous arriver de plus

1. Dans A. Mûller, J. Keppler, Der Gesetzgeber der neueren Astronomie (Suppléments aux Stimmen aus Maria-Laach, 83), Fribourg, igoS, p, i53.

2. Voir J. Spillmann, Die englischen Mariyrer unter Heinrich VIII (Suppléments aux Stimmen aus Maria-Laach, 38), Fribourg, 1887.

pénible, c'est assurément d'être forcé de porter nousmêmes un jugement défavorable sur l'œuvre à laquelle nous avons consacré toute notre vie et notre activité. Or, c'est là précisément le cas où se trouvaient les Réformateurs et leurs successeurs immédiats ^ ».

Tous sont unanimes à dire que, sous 1' « Evangile», les vices et la perversité s'étaient tellement accrus que la mesure était comble ; on regardait le péché comme une vertu, et il n'y avait plus qu'à attendre le jugement dernier ; d'après toutes les prophéties antérieures, disaient-ils, les années qui devaient précéder immédiatement la fin du monde seraient une époque de corruption morale universelle et de dépravation effrénée ; on venait d'entrer dans cette période.

Il n'est pas difficile de trouver les causes de cette corruption. Lorsque les foules apprirent que 1' u Evangile )) annoncé par Luther n'avait rien de commun avec la loi, qui n'avait d'autre but que de nous rendre pécheurs 2; que dans le royaume du Christ le péché n'existait plus, mais seulement la justice ; que fenfer lui-même devait être complètement fermé ^ ; que non seulement le Christ avait satisfait pour nous, mais qu'il l'avait fait à notre place ; qu'à notre place aussi, il avait accompli la loi ; que pour nous, nous ne saurions l'accomplir, si bien que, de notre côté, nous n'avions désormais rien à faire sinon à nous imputer

1. Die Reformation, II, 698 [traduction Perrot, II, iB/jg, 678]. Cet ouvrage contient de nombreuses constatations des Réformateurs sur la dépravation sans cesse croissante du peuple sous le luthéranisme.

Page 1