‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 276 sur 278 · LES DEUX CONCEPTIONS RELIGIEUSES MODERNES · texte numérisé non relu

LES DEUX CONCEPTIONS RELIGIEUSES MODERNES

d'un Harnack et d'un Seeberg. C'est un fait trop connu que parmi ceux qui se disent catholiques il y a des gens qui ne peuvent abandonner l'idée de la grandeur de Luther. Maint catholique est fortement teinté de rationalisme. Mais les vrais représentants de la science catholique n'en sauront pas moins manifester ouvertement ce qu'ils pensent, comme catholiques et comme hommes de science; alors même qu'au nom de l'opportunité ou pour d'autres raisons, ils trouveraient beaucoup à critiquer dans le ton et dans la forme de mon ouvrage, ils sauront reconnaître avec une sereine objectivité la valeur des données que je leur présente. Si mon œuvre contribue à bien définir les positions, ce lui sera déjà un assez beau mérite.

Deux conceptions religieuses diamétralement opposées se disputent le monde moderne : l'une considère le christianisme comme une institution divine, l'autre comme un simple produit passager de l'évolution humaine. Le catholicisme, non plus que la théologie catholique, ne sauraient se trouver dans les deux camps à la fois. Tôt ou tard, la théologie catholique devra rejeter les éléments étrangers qui tentent de s'introduire en elle. C'est pour moi une énigme qu'entre ces deux conceptions, un catholique puisse balancer un instant, et je ne puis comprendre davantage que l'on A^oulût chercher entre l'une et l'autre une position

876 ; Gommer, Hermann Schell iind der fortschriUliche Katholizismus, 1908, pp. 217-331 ; Kûbel (pasteur protestant), Geschichte des katholischen Modernismus, Tûbingen, 190g, p. 61-74 ; Albert Houtin, Histoire du modernisme colholique (igiS), p. io5, etc. — Sur le périodique Renaissance, voir, ci-dessus, t. I, p. XXVIII (N. d. T.).

intermédiaire. Et qu'on ne me dise pas que je m'aventure en dehors de mon sujet : V attitude que l'on aura à l'égard de Luther servira en même temps à caractériser celle que l'on prendra à l'égard de ces deux conceptions fondamentales i.

Nous sommes déjà au 18 février [190à]. Jusqu'à aujourd'hui, c'est-à-dire depuis près de quatre mois, qu'est-ce que la critique protestante a apporté de précis contre moi ? Après ce déploiement de forces gigantesque, qu'ai-je à modifier dans mon gros in-8° de 900 pages ? En toute loyauté et honneur, deux endroits seulement : à moitié l'histoire du cochon, c'est-à-dire à peine une demi-page, et mon étude sur la physionomie de Luther, que j'avais donnée moi-même comme une opinion personnelle ^. En vérité, de la part du camp luthérien, je m'étais attendu à des critiques autrement pénétrantes : tant de savants hommes allaient fouiller dans mon livre avec des yeux d'Argus, se prononcer sur une question capitale pour eux, une question qui les avait occupés toute leur vie ! Evidemment, je n'avais qu'à me disposer de bon cœur à faire çà et là d'importantes suppressions.

Ma défense a été trop facile : les attaques de Harnack, de Seeberg et autres marquent la banqueroute de la science protestante '■^.

1. Que, d'ailleurs, les hérésies produisent indirectement du bien, voir, ci dessus, p. loO et t. I, p. xxxiv, etc.

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