‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 3 sur 278 · LE PRÉTENDU DESESPOIR DES SAINTS · texte numérisé non relu

LE PRÉTENDU DESESPOIR DES SAINTS

Sur le même plan que ces altérations et ce creux bavardage se placent les propos calculés qu'à partir de i53o Luther tint sur le désespoir qui aurait régné dans les cloîtres et dont lui-même il aurait été la victime : les pauvres moines traînaient la désespérance pendant toute leur vie ; à l'agonie, dans les affres de la mort, ils se consumaient sans espérance, sans conseil, sans secours. Alors, beaucoup d'entre eux s'étaient écriés dans leur désespoir : « Ah! au lieu de me faire moine, que n'ai-je été gardeur de cochons ^ ! » Assurément des moines mauvais, qui ressemblaient comme deux gouttes d'eau à ceux qui avaient suivi Luther, ont pu et de fait ont dû mourir ainsi. Mais d'après Luther, il ne s'agirait pas du rebut de l'Eglise catholique, il s'agirait de ceux qui, après avoir passé toute leur vie au service de Dieu, meurent en catholiques fidèles, en

jusqu'à dire qu'à l'heure de la mort, Hilarion est tombé dans le désespoir. — Dans Erl., 5o, 186 (i53o), après avoir cité inexactement les paroles ci-dessus, il écrit : « S'il est mort avec les sentiments que trahissent ces paroles, il a certainement été par le mauvais chemin. » Pourquoi ? Parce que celui qui dit qu'il a servi le Christ pendant soixante-dix ans, met sa confiance en ses propres œuvres et non dans le Christ ! Dans un autre endroit (Erl., 47, 826 : iBSa), où par parenthèse il le fait servir Dieu pendant quatre-vingt-trois ans, il trouve qu^Hiiarion, ou plutôt le cœur d'Hilarion était troublé: les paroles qu'Hilarion s'adressait n'avaient pu le consoler.

I. In Galatas, II, 204 (i535) : « In agone plerique desperabundi has miserabiles voces emiserunt : « Me miserum, non observavi ordinem meum, quo fugiara a conspectu irati judicis Ghristi ? Utinam fuissem subulcus aut homo omnium vilissimus ! » Voir aussi Opéra exeg. lat., I, 227 (i535): n'y aurait-il que ce motif, dit-il, il faudrait détruire d'un seul coup, si c'était possible, le papisme et les couvents ! [Voir par contre des faits réels sur la mort de religieux dans Weiss, Apologie des Christenlums, lïl, 3* édition, iaAi-12/12].

vrais religieux *. Parmi ces bons religieux, y en a-t-il eu un seul qui, à l'heure de l'agonie, tourmenté par le désespoir, ait regretté de n'avoir pas été porcher plutôt que moine ?

Chez Luther, c'était toutefois une amabilité que de mettre dans la bouche des moines mourants le regret de n'avoir pas été gardeurs de cochons. Pour lui, il y a pis encore : dans les épouvantes de la mort, on pouvait en arriver à désirer non pas d'être porcher, mais pourceau. Ce désir était réservé uniquement et exclusivement à l'inventeur de la certitude du salut !

En i543, trois ans donc avant sa niort, après qu'en 1627 et en i537 il avait déjà vu la mort de près et qu'il avait pressenti ce que c'est que mourir, il décrit ainsi les expériences qu'il a faites des terreurs de la mort :

« Je sais que si jamais quelqu'un a senti l'épouvante et le poids de la mort, il aimerait beaucoup mieux être pourceau que d'être sans cesse en proie à un tel accablement. Dans la rue ou sur son fumier, le pourceau se croit sur un lit de plume ; il repose tranquille-

I. Souvent déjà, j'ai fait remarquer que Luther recourait à la

tactique, d'ailleurs assez habile, de présenter les mauvais catholiques comme le type de tous les catholiques. C'est ce qu'il fait tout particulièrement pour ceux qui prétendent avec orgueil se justifier par leurs œuvres ; alors, aucune allégation ne lui paraît trop extravagante. Dans Erlangen, 5, Zi3o-43i (i532), il dit par exemple : « Les religieuses qui peuplent les couvents ont été particulièrement maudites à cause de leur orgueil ; elles ont eu la vanité de dire: Le Christ est notre époux, nous sommes ses fiancées ; les autres femmes sont des riens du tout! » En réalité, combien y a-t il eu de religieuses à avoir ces pensées, sans parler de les manifester !

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