‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 41 sur 278 · Dans Râss, Convertitenbilder, 1, i · texte numérisé non relu

Dans Râss, Convertitenbilder, 1, i

DÉCADENCE MORALE CHEZ LES PROTESTANTS 6l

pèche comme s'il n'y avait pas d'enfer, on passe ici-bas comme des animaux sans raison i ». C'est ce que Luther lui-même disait plusieurs années auparavant : (( Nous autres Allemands, nous sommes en grande partie des pourceaux si ignobles et si inguérissables que nous n'avons ni mœurs ni raison ; lorsqu'on nous parle de Dieu, nous n'y prêtons pas plus d'attention que si c'étaient des contes de bateleur ^ », « Se targuant de l'Evangile, écrit encore Wicel, ils ont opprimé l'Evangile d'une manière lamentable ^ ». « ils s'en vont criant : « Nous croyons à l'Evangile », dit Werstemius, et ils n'en vivent pas moins comme s'ils étaient convaincus de la fausseté de l'Evangile. Si vous cherchez la raison de leurs mœurs corrompues, de leur mauvaise vie, ils vous donneront eux-mêmes la réponse : a Tout cela n'a pas d'importance; la foi suffit à faire de nous des chrétiens très purs '^ ». —

1. Homil. orthod. Postill oder Prediytbuch, Cologne, iBSg, fol. xgG.

2. Weimar, XXÏII, i/|8 ; Erlangen, 3o, 68 (1527). Dans une autre occasion, il lance calomnieusement la même accusation contre le pape et les cardinaux. Voir ci-dessus, p. 3o.

3. Wicelii epistolariim libri quatuor (Lipsia3, 1637), fol. Dd. i : « Evangelium profitentes Evangelium oppresserunt miserandis modis )).

[\. De purgatorio (ibaS), folio Bi] : « Evangelio, clamitant, credimus Evangelio. Et tamen nihilosecius vivunt, quam si de falsitate Evangelii non dubitarent. Quere, si placet, cur tam inversos habeant mores, cur in tantum vivant perdite, et audies : « Non refert; sola fide sumus purissimi christiani ». Et rêvera, quos ego hactenus addictos vidi Lutherano senatui, nisifîdem egregiam habeant, quid tum habeant, prorsus ignoro. Contemplatus su m mores : vidi corruptissimos. Annotavi dicta : nihil unquam audivi, quod esset virulentius. Rogavi totius vitae periodum : agnovi vanam et futilem et ex omni propemodum parte illecebrosam peccati et in expugnanda semper virtute positam ».

Fidèles à la doctrine de Luther, ils limitaient tout leur Evangile au seul pardon des péchés, oubliant, rejetant même la sanctification intérieure, qui est la fin suprême du christianisme ^. C'était là leur vie morale, surtout chez ceux de Wittenberg, à tel point que, dès 1624, on écrivait à Luther : a Plus on approche de Wittenberg, plus les chrétiens sont mauvais ^ ». Et Luther ne trouva rien à répondre.

Dans ses jours de calme, par exemple en 1629, il convenait lui-même que ses évangéliques ((devenaient sept fois plus mauvais qu'ils ne l'avaient jamais été au-

1. C'est aussi ce dont se plaint Jean Haner, au début partisan enthousiaste de Luther, dans la préface de Prophetia vêtus ac nova (Lipsiae, i534). Lui, enfant de Nuremberg, il A^oit avec épouvante la moralité de sa ville natale baisser tous les jours ; la raison en est, dit-il, « dans la théorie de la justification par la foi seule, qui est l'alpha et l'oméga de leur impiété. » (Epistolœ duœ Johan. Haneri et G. Wicelii de causa Luther ana^ iBS/j, fol. A. 3). A la même époque, S. Egr.vnus, l'un des principaux promoteurs de la doctrine luthérienne (si bien que Jean Eck avait d'abord fait mettre son nom dans la bulle d'excommunication de Luther) (i5 juin i52o), lait entendre des plaintes semblables : la prédication de la doctrine de la justification par la foi seule a avait fait un peuple impénitent, et qui au milieu de vices de tout genre, s'accordait et se promettait faussement la grâce et la faveur de Dieu ». Les prédicants « rendent le peuple indifférent et impie; il ne peut être que très agréable à la chair de s'entendre dire que le Christ a tout fait à notre place, que les bonnes œuvres ne sont devant Dieu que de purs péchés, et autres choses semblables. Si on lit les récits et histoires des anciens, depuis huit cents ans, depuis l'époque où les Allemands ont embrasse le christianisme, on ne trouve en aucun temps un peuple aussi mal élevé, aussi mauvais, aussi digne de correction que de nos jours. La cause en est surtout dans cette doctrine qui méprise et rejette les bonnes œuvres )>. (Ein christitcher Unterricht von der Gerechtigkeit des Glaubens und von guten Werken, Leipzig, i543, fol. G. 2. 3).

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