ÉLOGE DE LUTHER
Par contre, quelques mois auparavant, Luther écrivait déjà à Staupitz : « Je ne suis qu'un homme, sujet à me laisser entraîner par la société, par l'ivrognerie, les mouvements de la chair, la négligence, et autres importunités. » Il savait déjà par expérience ce que c'était que l'incendie de la passion i. Mais cet état échappait en partie aux yeux des humanistes, et, du reste, il n'était pas complètement de nature à rabaisser quelqu'un dans leur esprit. On sait que leurs exigences sur ce point n'allaient pas très loin. Dans leur milieu, la vie d'un prêtre et d'un religieux passait pour pure et irréprochable dès qu'il n'entretenait pas de concubine. En ce sens, il n'y avait encore, à cette époque, rien à redire à la conduite de Luther. Mais pour ce qui est de l'imitation de Jésus-Christ par le renoncement à soimême, par l'humilité, l'obéissance et l'amour de Dieu, les humanistes l'ignoraient aussi bien que Luther ; aussi, ne remarquaient-ils pas en lui l'absence de cette pierre de touche de toute vie chrétienne. Son orgueil indomptable, son obstination, sa morgue, ses outrances étaient à leurs yeux mâle énergie et fidélité à ses convictions. Dès lors, quoi d'étonnant que, même à partir de 1620, Mélanchthon ne sache comment louer assez le « pieux )) et « saint » Martin ^ ? Et tous ses pareils lui fai-