‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 52 sur 278 · ELOGE DE LUTHER 7I · texte numérisé non relu

ELOGE DE LUTHER 7I

tique, mais de cette tactique ressort toutefois fort clairement la pensée qu'un réformateur religieux doit confirmer son enseignement par une vie de piété. De même que les premiers adeptes de Luther tenaient beaucoup à le représenter comme exempt de toute erreur et même infaillible ^ à mettre sa doctrine à

citations dans le même sens. Personne n'ignore qu'à partir de i52o, on publia des portraits de Luther, séparément ou dans ses ouvrages, où on le représentait comme un saint, avec un grand nimbe en forme de soleil, et avec l'Esprit-Saint au-dessus de sa tête, sous la forme d'une colombe. Dans Brieger (Aleander iind Luther, 1898, p. /lo-Zn), [Paquier, Jérôme Aléandre, 1900, p. i85], on peut voir ce qu'écrivait Aléandre à ce sujet. Voir aussi Dommer, Lutherdriicke auf der Hamburger Stadtbiblioihek, i5i6-i523 (1888), p. 2i3, n. 3.

[Un portrait du même genre se trouve dans Weisltwger, Friss Vogel (2° éd.), 453, et avec quelques différences dans G, Buchwald, D^ Martin Luther (ï ^02), 208. Il est tiré de l'édition des sermons de Luther, publiée à Strasbourg en 1623, qui est sans doute la même que celle dont parle Kuczynski, p. i42-i43, n" i553. Mais ce portrait semble représenter un Dominicain plutôt qu'un Augustin ; on n'y trouve pas la moindre trace de ressemblance avec Luther. C'est probablement la copie d'un ancien portrait de saint Thomas d'Aquin. Luther se moquait de ce portrait ; le prétendu Saint-Esprit que Ton y voyait parlant à l'oreille de saint Thomas devait, disait-il, être quelque « diablotin ». (Erl., i5, p. 5ic; i522). En prenant précisément ce portrait pour le représenter, ses propres adorateurs l'ont curieusement puni de cette moquerie. Ses adversaires étaient plus modérés dans leurs paroles : ils se contentaient de dire de lui : «Celui que l'on représente avec une oie blanche sur la tête ». Voir H. Wedewer, J. Dietenberg (18&S), p. 8/19. Note du P. Weiss].

I. Par son aveugle admiration pour Luther et par son influence sur les humanistes de Nuremberg, Staupitz ne contribua que trop à cette apothéose. C'est de là que vient ce jugement de ScHEURL, dans une lettre du 10 avril 1019 : « Id fastigii apud Germanos conscendit Martinus noster cumWittembergiaî immortali gloria, ut vel a quovis errore putetur excusari posse, si modo errare possit )i (Briefbuch, édit. Knaake, II, 85). Peu à peu, Luther

l'abri de toute méfiance i, ils eurent recours aussi à tous les moyens, bons ou même mauvais, pour exalter sa vie : sa conduite était d'une excellence incomparable, son caractère, parfaitement chrétien ; dans toute cette vie, il n'y avait pas l'ombre d'une tache 2. Mais tous leurs efforts ont été vains : Luther s'est trahi lui-même, et de la façon la plus grossière.

devint l'homme rempli de l'Esprit-Saint. C'est en ce sens que le 3 février i52i s'exprimait Mélanchthon en faisant allusion aune brochure d'Emser contre Luther : « 0 hominis inauditam amentiam, qui cum Hercule nostro, viro pleno divini Spiritus, ausit congredi » (Corpus Reform., I, 1282)! Le franciscain apostat et mal élevé J. Briesmann adresse des reproches semblables au vaillant Schatzgeyer, du même Ordre : « Miror profecto hebetudinem tuam, quomodo te sic ignores, ut cum tanto viro, quantus Lutherus est, certamen de literis sanctis inire ausus sis, et sus cum Minerva, ut aiunt, decertare. Videsne quid effecerunt Sylvester et Eccius ? quid promoverant Latomus et Gatharinus, ut reliquos obscuriores nunc sileam ? Nonne omnes vivacissimo Verbo Del jugulati sunt ? » (Joannis Briesmanni ad Caspari Schatzgeyri Minoritse plicas responsio pro Lutherano lihello de Votis monasticis, i523, fol. 16). L'augustin apostat Lonicer fait aussi le même reproche au franciscain A. d'Alfeld. (Voir Lemmens» P. Augustin von Alfeld, p. 28). Aux yeux de ses partisans, Luther était infaillible ; il ne fallait pas l'attaquer ; si l'on s'aventurait à le faire, ils jetaient les hauts cris, et d'avance ils vous proclamaient vaincu.

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