Erlangen, db, 400 (i537-i
ti. Voir t. III, p. 371, 458, n. 2.
l6 LA DOCTRINE DE LUTHER ET LA PAIX DE l'aME
Dieu^. Or, dit saint Bernard, il n'y a que deux choses à produire en nous une bonne conscience : « la pénitence, qui expie les fautes commises, et la persévérance qui évite désormais ce qui mérite une punition 2. » Ces deux choses, Luther les a rejetées ; le point de départ et le point d'arrivée de son évolution l'obligeaient à les rejeter.
Harnack n'en aura pas moins le courage d'écrire que la pure grâce de Dieu en Jésus-Christ telle que l'a prêchée Luther a donne Joie et salut à l'homme coupable et désespéré », et que « l'expérience de Luther a consisté précisément dans la certitude de cette grâce ». « Au sens où les prenait Luther, ces deux points, ajoute-t-il, peuvent s'exprimer dans une formule unique : la foi assurée d'avoir un Dieu miséricordieux. Par là se trouve apaisée dans l'homme la discorde inté-
I. Saint Jean a dit : « Si cor nostrum non reprehenderit nos, fîduciam habemusad Deum ; et quidquid petierimus, accipiemus ab eo, quoniam mandata ejus custodimus, et ea, qiiœ sunt placita coram eo, facimus » (I Joan. III, ai). Au chapitre précédent (t. III, p. l\!iî), libS) nous avons vu que le sentiment d'une conscience pure est précisément un signe de la présence de la grâce dans une âme. Dans la doctrine catholique tout s'enchaîne. Aussi, un moine contemporain de saint Bernard nous dit : « Nihil est jucundius, nihil tutius, nihil diutius bona conscientia. Premat corpus, trahat mundus, terreat diabolus, et illa eril secura. Bona conscientia secura erit, cuni corpus morietur, secura, eu m anima coram Deo praesenlabitur, secura, cum utrumque in die judicii ante tribunal terrificum justi judicis statuetur. Futurse beatitudinis non est utilius remedium nec certius testimonium bona conscientia)). Migne, Patr, lat., t. 18^, c. 017, n. 18.
3. « Conscientiam bonam faciunt in nobis duo : pœnitentia et continentia, quando scil, per pœnitentiam peccata commissa punimus, et per continentiam deinceps punienda non committimus». Migne, Patr. lat., t. i83, c. 668, n. 5.
LA. MORT d'après LA NOUVELLE DOCTRINE I7
rieure, vaincu tout l'effort du mal, effacé le sentiment (la péché, et, malgré l'insuffisance de toutes les œuvres propres, conquise la certitude d'être indissolublement uni au Dieu saint. Telle fut l'expérience, telle fut la prédication de Luther ^. »
Il faut pourtant bien reconnaître que chez Luther lui-même u la grâce de Dieu telle qu'il l'a prêchée », que (( sa foi assurée d'avoir un Dieu miséricordieux » n'ont pas montré une grande efficacité, et cela précisément au moment où elles l'auraient dû. Bien loin de le rendre Jojeax et /î^ureax dans les moments critiques, cette foi lui fit envier le bonheur du pourceau, sa vie joyeuse et heureuse. Dans les terreurs de la mort, c'est le pourceau qui lui parut être le type, l'idéal de la vie heureuse. Car le pourceau ne sent alors aucun déchirement intérieur, ni même la venue de la mort ; la vie lui a toujours semblé éternelle. Ce qui rendait précisément la mort épouvantable aux yeux de Luther, le sentiment de ses péchés, sentiment que sa doctrine d'un Dieu miséricordieux ne pouvait détruire, le pourceau ne le connaît pas : voilà pourquoi il ne craint ni la mort, ni l'enfer, ni la colère de Dieu.
Luther avait si peu confiance en sa « consolante doctrine » qu'au contraire, il redoutait d'en arriver, à l'heure de la mort ou dans les tentations, à renoncer à sa foi : si un jour, il en venait là, ce serait une défaillance dont il ne faudrait pas tenir compte 2.
1. Das Wesen des Christentums, 4' édit., p. 169, [L'essence du christianisme, 1907, p. 322]. C'est moi en partie qui souligne. Puis Harnack s'enfonce dans la même direction, avec des mots sur des mots.
2. Voir cette affreuse parole ci-après, à la fin du chapitre vu.
l8 LA DOCTRINE DE LUTHER ET LA PAIX DE l'amE
(( La certitude d'être indissolublement uni au Dieu saint », ou comme dit Kirn, a la ferme certitude du salut personnel », « le témoignage de l'esprit, c'est-àdire, l'union vécue intérieurement avec le Christ et avec Dieu ^ c'est précisément tout cela que chez Luther on vit n'être qu'un pur fantôme, non seulement dans les angoisses de la mort, mais d'une manière générale dans les tentations, surtout dans les tentations de tristesse. Pour s'en convaincre, il suffît de voir comment il combat le diable, qu'il rend responsable de tout. « Le diable, dit-il dans un sermon, rôde partout autour de nous ; parfois il se déguise : je Val vu moi-même sous la forme d'un pourceau, d'une torche de paille en flammes et de bien d'autres manières 2, » Ici, du moins, Luther assigne au pourceau et au diable la place qui leur revient ; il y fait allusion au passage de saint Matthieu où on lit qu'après avoir été chassés du corps d'un possédé, les démons demandèrent à entrer dans un troupeau de pourceaux 3.
Mais comment Luther chasse-t-il cet esprit impur, ce démon déguisé en pourceau ? Il va nous le dire ! (( Lorsque, la nuit, le diable vient me tourmenter, racontait-il au mois de mai i532. voici ce que je lui réponds : « Diable, je dois maintenant dormir, car c'est le commandement de Dieu : travailler le jour et dormir la nuit. » Et s'il continue de m'ennuyer, en me montrant mes péchés, je lui réponds : « Cher diable,
1. Realencyklopàdie fur proies tantische Théologie und Kirche, 3«édit., Vï, 683.