COMMENT LUTHER CHASSE LE DIABLE TQ
j'ai tout entendu ; mais j'en ai encore commis d'autres qui ne sont pas dans ton registre. Ecris donc : a J'ai chié dans ma culotte et dans mes braies ; pends-le à ton cou et frotte-t'en la gueule avec. » Et s'il veut continuer encore à m'accuser d'être pécheur, alors je lui dis par mépris : « Saint Satan, prie pour moi ; car, toi, tu ne t'es jamais mal conduit; il n'y a que toi de saint; va invoquer Dieu, et obtiens grâce pour toi. Et quand tu me parleras de devenir bon, je te répondrai toujours ; (( Médecin, guéris-toi toi-même^. »
Naturellement, les admirateurs de Luther eurent vite fait de se familiariser avec ce genre d'exorcismes ; Bugenhagen, le plus débraillé, en même temps que le plus intime de ses collaborateurs, vint à son aide dans ce délicat entretien : «Et moi aussi, ajouta-t-il, je dirais au diable : a Cher diable, j'ai commis un gros péché ; le pape et les évêques m'ont frotté les mains avec de l'huile, et moi, en me torchant le cul 2, j'ai mis de la merde dessus. Voilà encore un gros péché 3. » On le voit : afin de mieux montrer à quel point l'Esprit de Dieu les possédait, « le vase d'élection » de la Providence, et ce Bugenhagen qui a été tout particulièrement méritant dans <( l'organisation de l'Eglise luthé-
1. Tischreden Luthers aus den Jahren 1531 und 1532 nach den Aufzeichnungen von Schlaginhaufen, édités par W. Preger, 1888, p. 88-89.
[Sur la valeur des Propos de Table, voir, ci-après, p. 180].
2. (( Arsch ». Dans ce passage et dans les nombreux autres où nous allons retrouver ce mot, nous avions d'abord pensé prendre le s^yie no6/e, et traduire par le mot derrière. Mais c'est Minier qui veut dire derrière. Nous sommes un traducteur I (N. d. T.).