‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 78 sur 278 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

N. d. T. Sched est un mot hébreu qui veut dire idole ou démon, ce qui pour les Hébreux était tout un.

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la Courte profession de foi sur le saint Sacrement, il écrira dans le même style : « Le pape s'est fait le chef de la chrétienté, c'est-à-dire le sous-trou et l'arrièretrou du diable ; c'est par là qu'ont été chiées dans le monde ces nombreuses abominations des messes, des moines, de la moinerie et de toute sorte de débauches, tant que par leurs capuces remplis de poux, les moines ont prétendu suppléer à la mort du Christ ^ ». N'est-ce pas là un délicat Réformateur et homme de Dieu ? Et ce sont des paroles du soir de sa vie.

C'est précisément au soir de sa vie, en i545, qu'il fut le plus scandaleux ; il se surpassa alors lui-même en trivialités et obscénités! Je veux parler de son livre : a Contre la papauté romaine, fondée par le diable - ». C'est son dernier écrit contre la papauté ; il

1. Erl., 32, Im'j. L'opuscule fut écrit, en i544. (Erl., Sa, 896), et publié en i5/i5 : le 21 avril i5/i5, Luther en annonce l'apparition comme imminente (De Wette, V, 6h^).

2. Dans le récit de la diète de Spire, du 10 juin i5/i4, Charles- Quint avait beaucoup accordé aux protestants : il leur avait assuré la paix jusqu'à la réunion « d'un concile général, chrétien et libre en pays allemand ; » jusque-là, personne ne devait être inquiété à cause de sa religion ; « dans ce recès, dit Janssen, le point de vue catholique avait été censément sacrifié », d'autant plus qu'à côté de ce concile, on y faisait prévoir une nouvelle diète qui déciderait sur les points en litige. Dans tout l'acte, le pape n'était pas une seule fois mentionné.

Paul III écrivit à Charles pour protester. Il y avait déjà longtemps, lui disait-il, qu'un concile était convoqué ; et c'était uniquement la guerre qui en avait retardé la réunion. Il n'appartenait pas aux laïques, pas même à l'empereur, de décider des choses de la foi (24 août i544). Voir Raynaldus, Annales, à l'année i5/i4; J. Janssen, Geschichte der deiitschen Volkes, T. III, i7'-i8* éd., revue par Pastor (1899), p. 679.

Luther fut exaspéré des revendications du pape : de là le

vit le jour le 26 mars i545. Luther était né le 10 novembre 1483 ; il avait donc alors près de soixante-

présent écrit (Erl., 26, p. 110-228). En A^oici le début: «Comme s'il était évêquc de l'Eglise romaine, le très satané saint Paul III a envoyé deux brefs à Charles-Quint notre empereur ». Puis il a convoqué un concile à Trente. C'est de ces faits que Luther veut parler. Le pape s'estime au-dessus des Conciles ; à quoi sert-il donc d'en convoquer un ? Du reste, il n'a pas réellement l'intention de le faire ; pour lui, les trois mots « libre, chrétien, allemand » veulent dire (( poison, mort, diable et enfer». II est hanté par le souvenir des conciles de Constance et de Bâle. Pour éviter ce concile, tous les subterfuges lui sont bons ; le plus habile est d'exciter constamment la France contre l'empereur ; alors il peut s'écrier : c. Ah I Seigneur Dieu, combien ardemment désirerions-nous tenir un concile, mais parce que nos deux chers fils, l'empereur et le roi de France, sont en désaccord, nous ne pouvons y parvenir ». (P. 11 3). En réalité, c'est pour la crapule de Rome qu'un Concile serait utile ; les Allemands n'en ont pas besoin.

Après ces préliminaires, Luther déclare qu'il développera trois points (P. i36). 1° « S'il est vrai que le pape de Rome soit la tête de la chrétienté, placé, comme il le prétend, au-dessus des Conciles, des empereurs, des anges, etc. » 2° S'il est vrai, comme il le braille si haut, que personne ne peut le juger, prononcer sur lui une sentence, le déposer, » 3° S'il est vrai, comme il s'en vante à tort et à travers, qu'il a tranféré l'empire des Grecs à nous autres Allemands ».

De ces trois parties, la première est de beaucoup la plus développée. (P. 137-210). Le pape n'est pas le chef de la chrétienté: Luther essaie de le prouver par des textes des premiers siècles de l'Eglise, Tout au plus peut-on lui reconnaître une primauté d'honneur. (P. i/|o). Le premier qui ait osé vouloir être pape, c'est-à-dire avoir un pouvoir universel est Boniface III, au temps de Phocas (606-607). (P. i38). Les considérations théologiques sont entremêlées de longues digressions, et notamment d'attaques contre les procédés financiers de la papauté, surtout contre les annales et le droit do pallium (p. i/ii), contre la politique des papes, les guerres, qu'ils auraient suscitées entre les rois, contre leurs alliances avec la France et leurs luttes avec l'Allemagne (voir surtout p. 182 ; il y revient p. 227, etc.).

Ensuite, Luther étudie les deux autres points qu'il' avait

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deux ans, et il devait mourir moins d'un an après (i8 février i546).

Il est impossible de rapporter ici toutes les grossièretés qu'on y trouve. Du reste, pour caractériser le genre, quelques citations suffiront. Les papistes « sont pleins des pires diables de l'enfer ; pleins, pleins, et si pleins que ce qu'ils crachent, ce qu'ils chient et ce qu'ils mouchent ne peut jamais être que des diables... Ils vous font voir dans leur derrière, si bien que nous pouvons arriver à les connaître ^ »... Luther dit au pape Paul III : (( Allons, mon petit Paul, cher petit âne, ne t'emporte pas comme ça ! Ah ! cher amour, petit âne de pape, ne t'emporte pas ; petite ânesse de mon cœur, ne le fais pas, je t'en prie. Cette année, comme il ne fait pas de vent, il a gelé très dur ; tu pourrais tomber

annoncés : le pape peut-il être juge et déposé ? A-t-11 transféré l'empire des Grecs aux Allemands ? Sur ces deux points, il n'a que dix-huit pages (p. 210-228); il se proposait d'y revenir. Du reste, dit-il, la réponse à ces deux questions est facile : le pape fait les œuvres du démon. Or, au baptême, on renonce au démon, à ses pompes et à ses œuvres, Donc tout enfant baptisé est établi fils du pape : « il doit le juger, le condamner, l'éviter, le fuir et le fouler aux pieds». (P. 211 ; allusion au Ps. 90, i3, qu'on chante le dimanche à compiles).

Mais ce n'est là que l'ossature de l'écrit. A chaque page, Luther y abonde en grossièretés et en obscénités, comme Déni lie le dit dans les pages qui suivent.

En réalité, on sent dans cet écrit la désespérance morne de riiomme qui souffre, qui sent qu'il va mourir sans avoir anéanti son ennemi, qui voit au contraire cet ennemi se rétablir tous les jours. Volontiers, je comparerais les invectives de ce pamphlet à l'affaissement et au sourire désenchanté de Renan, dans la statue que Combes est allé lui élever à Tréguier. Dans cet affaissement et ce sourire, dans ce désenchantement amer, il y a quelque chose de poignant, de quoi provoquer les larmes. (N. d. T.).

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