L ANE-PAPE
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LE VEA.U-MOINE
I l8 GRAVURES ET VERS OBSCENES
Mais ce que Luther a fait en ce sens de plus scandaleux est l'Image de la Papauté. 11 la fit paraître en collaboration de Lucas Granach, au commencement du mois de mai i545, donc moins de deux mois après son pamphlet Contre la papauté romaine fondée par le diable^. (( Aux points culminants de sa vie, nous dit Har-
guerre de Trente Ans, 1' « âne-pape » fut très populaire parmi les partisans et les dévots admirateurs de Lutlier. Voir Lange, ouv. cité, 189 1 ; Wéim., XI, 867 et suiv., Janssen-Pastor, Geschichte des deutschen Volkes, t. II, 17 éd., 1897, p. 3o2 et suiv.
N. d. T. A partir de i523, 1' « âne-pape » fut l'une des expressions favorites de Luther pour désigner le pape; elle revient avec une fréquence toute particulière dans sa Papauté romaine fondée par le diable. Voir aussi Grisar, Luther, II, 122-12/1.
Il fît reproduire ce sujet dans V Image de la Papauté (ci-Après p. 125). Mais à l'opposé de la gravure du pape porté en enfer, ce n'est pas la même planche qui a servi dans les deux cas : la gravure de 162 3 est de dimensions plus petites (Gh. Schuchardt Lucas Cranach, II, i85i, p. 2/19, note). Entre la gravure de i523 et celle de Vlmage de la Papauté (ci- après, appendice II, gravure II), il est facile de constater d'autres différences ; voir notamment l'étendard placé sur le château Saint-Ange, les mâchicoulis des tours, les oreilles de l'âne, des détails plus réalistes dans le corps du monstre en i5i!|5. Mais l'effet d'ensemble est absolument le même.
I. Le 7 mai i5/i5, Luther écrivait à Amsdorf : « Ego meditor alterum librum contra Papatum ; seddiffert me capitis valetudo ». (De Wette, V, 787). Toutefois, cet autre livre n'est pas Vlmage de la Papauté, simple appendice de la Papauté romaine fondée par le diable, mais un autre, un ouvrage de plus d'ampleur, qu'il annonçait à la fin de ce premier pamphlet. Le 8 mai, au contraire, il parle en termes précis de la IX° gravure : Ortus et Origo Papse ; ce qu'il dit montre même qu'Amsdorf l'avait déjà vue ; il explique la signification des trois furies (De Wette, V, 7/10). Voir, ci-après, p. i36.
Le 3 et le i5 juin, dans deux autres lettres au même Amsdorf (De Wette, V, 7/4 1-743), il dit que dans une gravure, la femme, est représentée d'une manière trop réaliste : « Poterat (Lucas)
nack, Luther a parlé comme un prophète et un évangéliste 1. )) Or, il était alors au point qui dans la vie d'un chrétien est le point culminant par excellence : il allait bientôt mourir, et il le sentait. Voyons donc quel a été le chant du cygne du grand envoyé de Dieu, son dernier livre prophétique, son dernier Evangile.
sexui feminino parcere propter creaturam Dei et maires nostras. Alias formas Papa? dignas pingere poterat, nempe magis diabolicas; sed tu judicabis. » (3 juin). D'après Fôrstemann (Serapeum, i84i, p. Ao), il s'agirait d'une gravure qui aurait été détruite. D'après Schuchart (ouv. cité, II, p. 253), ce devait être le monstre trouvé dans le Tibre ; de fait, dans Vlmage de la Papauté, cette gravure a des détails plus réalistes que celle de i523. Mais il s'agit bien plutôt de VOrtus et Origo Papse. Toutefois, pourquoi le 8 mai précédent Luther ne s'en montraitil aucunement scandalisé ? Pour répondre à cette difficulté, on a supposé qu'il avait donné à Cranach quelques indications générales, notamment sur les fonctions des trois furies auprès du pape ; dans la scène de l'enfantement, le peintre aurait outrepassé sa pensée. (G. Wendeler, M. Luthers Bilderpolemik gegen das Papstum von 15^5, dans Archiv fur Litteraturgeschichte, XIV, 1886, p. 20-24 : jusqu'à présent, c'est peut-être l'article le plus complet qui ait été publié sur ce pamphlet ; mais le style, comme les conclusions, en sont alambiqués).
Mais le premier de ses vers devait pourtant répondre à quelque chose : « Ici est enfanté, ou mieux, ici s'enfante l'Antéchrist, en ce moment se fait l'acte d'enfantement de l'Antéchrist : Hie ivird geborn der Widerchrist. » Il est donc plus vraisemblable que postérieurement à la lettre du 8 mai, des amis lui firent remarquer le cynisme de cette scène, où d'abord lui-même il n'avait rien trouvé de choquant. Dès lors il travailla à la faire supprimer. De fait, elle manque dans la reproduction de 1617. (Schuchardt, III, 23 1- 2 35 ; ci-après, p. 124). Schuchardt dit que cette reproduction a dû être faite d'après les planches originales ; peu après la première édition, on aurait donc détruit la planche, ou les différentes planches, de cette gravure. (N. d. T.).
I. Lehrbuch der Dogmengeschichte, III (3° édit.), p. 729, note. Ci-dessus, t. III, p. 487, note.
11 s'agit de neuf ou dix gravures sur bois. A la partie supérieure de chacune, on lit un titre en latin, à la partie inférieure, un quatrain en allemand. Ces gravures devaient être son testament. Il l'a dit lui-même au pasteur Mathias Wanckel, de Halle, qui lui demandait pourquoi il avait fait paraître ces images : a Je sais que je n'ai plus longtemps à vivre, lui répondit-il, et pourtant j'ai encore à faire connaître au monde des milliers de choses 5ur le pape et son royaume. Voilà pourquoi j'ai publié ces gravures, dont chacune représente tout un livre à écrire contre le pape et son royaume ; j'ai voulu ainsi témoigner à la face du monde entier ce que je pense du pape et de son royaume diabolique. Que ces gravures soient mon testament ! Voilà pourquoi j'ai mis mon nom au bas, afin qu'on ne puisse pas dire que ce ne sont que des libelles diffamatoires. Si aujourd'hui ou dans l'avenir, quelqu'un s'offusque de ces images, je suis prêt à répondre de cette publication devant tout l'Empire ^ )>
Nous avons de i538 un exemple de ce qu'aurait pu être le plaidoyer de Luther : « Le vendredi saint, on lui apporta une gravure représentant le pape, un cardinal et un moine. Luther y ajouta des détails qui rappelaient les actes odieux des papes ; puis il dit avec un soupir : ({ Ah ! qui pourrait se taire et rester calme à la vue
I. Unschiildige Nachrichten von alten und neiien theologischen Sachen, aiif das Jahr 1712 (Leipzig), p. gBi. [C. Wendeler, art. cité, dans Archiv... 1886, p. 18. — Mathias Wanckel ajoute : « Haec respondebat mihi interroganti ex parte Liitherus primo Vitenbergae in suo hypocausto, Idibus Maii, deinde Merscnburgi, Nonis Augusti, etc. An. i545. » Aux ides de mai c'est-à-dire le 10 mai iblib, les gravures avaient donc déjà paru].
d'une si grande perversité. Si on veut honorer le sang du Christ, comment s'empêcher de maudire ce pape qui en est le profanateur I On ne peut avoir assez de haine contre ce dragon infernal, surtout si on aime vraiment le Christ. Car désormais c'est sciemment qu'il pêche, et non par erreur et de bonne foi^. »
C'est dans le même sens qu'au sujet des gravures de i545, {( l'homme de Dieu )> disait peu de temps avant sa mort : « Avec ces diablesses d'images, le pape va entrer dans une belle colère. Ah, le cochon ! c'est là qu'il va tortiller de la queue ! Et ils auront beau me tuer, ils n'en mangeront pas moins la merde que le pape a dans sa main 2. J'ai mis au pape un plat d'or dans la main ; il faudra qu'il y goûte avant de le servir. J'ai un grand avantage : Mon maître s'appelle Schehlimini^; il dit : a Je vous ressusciterai au dernier jour », et il dira ; « Docteur Martin, Docteur Jonas, Monsieur
1. Lauterbachs Tagebuch, p. 6/j (le vcndrcdi-saint (!), 19 avril i538). On y lit : « Papa, cardinalis et monachus in charta depictns afFerebatur, quae simulacra sculpta ex Ispruck missa sunt. Sed Lutherus addidit technas veraces et odiosas,cum singultu dicens : Ach wer soit da schweigen und gedult haben in tanta malitia et cognito errore. Quicunque sanguinen Christi venerari vult, non potest non in papam conturbatorem illius debaccbari. Man kan diesem Heltrach nicht genug feindt sein, praecipue illi, qui Christum vere diligunt : nam ipsc nunc scienter, non erranler peccat». Voir aussi les Propos de Table, édit. Fôrstemann, III, 1846, ao8.