Weini,, XXVII, /i/i
84 s VIXT BERNARD ET L.V VIE MONASTIQUE
pourquoi je piie ta majesté d'ell'acer mon iiii([uité'. » Il aura peine à croire aussi que d'après le Manuel du prêtre, selon le rite de la sainte Eglise romaine-, le prêtre doit parler ainsi au malade: « Si le Seigneur veut te juger selon tes péchés, dis-lui : Seigneur, je mets la mort de mon Seigneur Jésus-Christ entre ton jugement et moi, et quoique par mes péchés j'aie mérité la mort éternelle, je substitue pourtant les mérites de sa passion à ceux que je devrais avoir, mais que, dans ma misère, je n'ai pas; et je remets. Seigneur, mon àme entre tes mains. »
Si un laïque, obligé qu'il est, comme le prêtre et les religieux, à observer les commandements, s'écrie avec saint Bernard : « J'ai mal vécu », pend-il pour cela les commandements de Dieu à un clou; les abolit-il et les condamne-t-il? C'est lui qu'il condamne de n'avoir pas vécu conformément à ces commandements. Et si un religieux en dit autant, lui qui, en outre, s'est obligé à garder les vanix faits à Dieu, est-ce donc qu'il rétracte et qu'il condamne les vœux ') Au contraire, c'est lui qu'il condamne, pour ne les avoir pas observés comme il l'aurait dû ; il confesse qu'il a mal porté le nom de moine. C'était la pensée du saint abbé Antoine quand, après sa visite à Paul qui venait de mourir, et dont il avait vu la sainte vie, de retour auprès de ses frères il s'écriait : «. ^lalheur à moi,
1. Df inèiiH; aussi dans le brrviairt' dos Ermilcs de saiiil Aiifrnsliii. Je nie suis servi du Ms. Val. lot., 35i5, du xv° siècle, fol. ',,^1'' .
■t. SaccnloUde ad coiisuctiidincm S. fioman,T Ecclesisc, fol. ii/i et 1 1 'i '■ (('ilition de i5'i8, f. 117). \<>ir ci-dessus, p. 77, u. i.
péclieiir, qui porte faussement le nom de moine'. » C'est là un jugement sur soi-même, un jugement qui n'a pas trait aux devoirs imposés ou assumés, mais à sa propre vie, qui ne correspond pas à ces devoirs. C'est ce qu'a en vue saint Bernard dans un autre passage : a Dieu, dit-il, aime l'âme qui en sa présence se juge continuellement et sans fausses excuses. Si nous nous jugeons nous-mêmes, nous ne serons pas jugés par Dieu 2. » Mais il est inutile de continuer à perdre son temps sur ce point ■^.
1. \ilii s. Failli. Ojip. IliiTonymi, Mig>e, l'atr. lai., t. 20, col. ^7, 11. i3.
2. Mi(;>E, Pair, lat., t. i83, c. /I7. Dans le Sermo 30 in Cant. (Mignc, l. i83, p. 98O, n. 6, 7), S. Bernard expose d'une façon 1res claire, d'un côté, le rapport de sa vie religieuse avec sa vie sécvilièro antérieure, d'autre part, la douleur qu'il ressent de sa conduite dans l'état religieux, surtout depuis cju'il a dû assiuiier la dignité d'aiibé, la charge {de supérieur, parce qu'il est ainsi exposé à beaucoup de dangers et qu'il a moins de temps pour prier. Il se lamente sur sa sécheresse, et de nouveau il offre à Dieu le sacrifice de son cœur contrit. C'est précisément le contraire de la falsification de Luther.
8. L'aveu de Bernard, placé au moment où il se croyait près de mourir, et mes explications contre la manière dont Luther en a faussé le sens reçoivent une grande lumière de V Admonition au mouranL (.idnwnitio morienti), d'A>SELME de Ca>torbért, mort un peu moins de trente ans (i 109) avant le sermon de saint Bernard dont il s'agit ici. On doit dire au moine mourant : « Etes-vous heureux (le mourir dans l'habit monastique ? » Il doit répondre : « J'en suis heureux». — a fieconnaisscz-vous avoir mal vécu, et avoir mérité par là les peines éternelles)) — n. ie le reconnais». — k Nous en repentez-vous.^ — Avez-vous la volonté de vous en corriger, si vous en aviez le loisir .'... — Croyez-vous que vous ne iiouvez être sauvé que par la mort de Jésus-Christ.!* ... — Eh bien donc, tandis que vous vivez encore, placez uniquement toute votre conliance dans cette mort (du (^hristj ; n'ayez de confiance qu'en elle)), etc.
MiG.NE, Pair. lat.. t. i58. 085. Voir à ce sujet A. Fra>z, Das
86 SAINT ber:^ard et la vie monastique
Et quand saint Bernard a-t-il prononcé cette première et si importante pai'ole ? Quand a-t-il donné le vingtième sermon sur le Cantique des Cantiques ? C'est en 1 135 qu'il a commencé ses prédications sur ce sujet ; les vingt-trois premières étaient déjà terminées en 1187, c'est-à-dire avant son troisième voyage en Italie, en février 1 187 1. Par conséquent, la vingtième doit-être de ii3G ou 1187, soit de seize années avant sa mort (7 iiôaV Or, puisqu'au dire du Réformateur, par les paroles: « J'ai mal vécu », saint Bernard a condamné et retracté ses vœux de religion, qu'il a répudié la vie monastique et pendu son froc à un clou, a-t-il cessé, après ce vingtième sermon, de fonder des monastères? Tout au contraire. Dans chacune des années qui suivirent son retour d'Italie (été de ii38j, nous le voyons faire de nouvelles fondations 2. Et Bernard a écrit à plusieurs des abbés des nouveaux monastères, par exemple, dès 1 1 38-1 189, au nouvel abbé de Dunes 3. Relativement au monastère de Mellifont, qu'en ii^a vinrent occuper des religieux formés à Clairvaux *,
Bituale von Sankt Florian aus dem 12. Jahrh. (igoi), p. iç)i(Note tirée de l'Erratum).
1. Voir les remarques des Bénédictins de Saint-Manr, dans Migne, t. i83,col. 782 ; /f(S<. litt. de la France, XIII, 187. Hist. lut. de S. Bernard et de Pierre le Véitérahle, Paris 1778, p. 349, 35 d ; E. Vacandard, Vie de saint Bernard de Clairvaux, Paris, 1895, I. '171, note 1. Les premiers disent que saint Bernard prononça deux fois le sermon 2^, en 1187 et en 1188.
2. A'oir le catalogue, dans Migne, loc. cit., col. io8i, n. 2 ; mais surtout Janauscher, Orig. Cisterc. (à la fin .4r6or geneahgica abbatiarum Cisterc); et Vaca>dard, loc. cit., 11, 898 et suiv.