‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 133 sur 290 · LES VŒUX XE PRODUISENT PAS LA JUSTIFICATION J.S · texte numérisé non relu

LES VŒUX XE PRODUISENT PAS LA JUSTIFICATION J.S

Yoilà les l)ases de la réforme de Luther ! Ce farceur savait bien que s'il s'en était tenu à la vérité, à ce que l'on trouve dans la doctrine catholique et les constitutions des ordres, il aurait perdu la partie. Aussi en appelle-t-il à un fait que pour un profane, il était absolument impossible de contrôler avec précision, à savoir la conduite du plus grand nombre : devant cette affirmation le lecteur n'avait qu'à s'incliner

Toutefois, lui qui en appelle à ce fait, l'a-t-il vraiment contrôlé ? Mais, de son propre aveu, il ne savait dans quel état d'àme il avait lui-même prononcé ses vœux ' : comment pouvait-il donc coimaitre les sentiments intérieurs de chaque membre de cette grande multitude de moines ? S'il était incertain sur ses propres dispositions intérieures, les autres pouvaient en dire autant d'eux-mêmes, u Or, si, eux-mêmes, ils ne se connaissent pas, remarquait saint Augustin, comment, toi, veux-tu les connaître 2? » De fait, Luther confesse cette impossibilité, lorsqu'il écrit dans la même lettre : d Pour les autres (il les oppose à certains Galates, dont il venait de parler), on ne peut

esse impia, sacrilega, idcoqnc prorsus rcscindcnda et in anathema pononda». Enders, III, aa'i.

1. Dans la même lettre (Enders, III, 220): « Qiianquam incerlus sim quo animo voverim». Ensuite il dit qu'alors il a été plus saisi qu'attiré. Mais cela pourrait se soutenir s'il se fût agi de la Aeture et non déjà de la profession, à laquelle il s'était préparé par luie année entière. Et toutefois l'assertion do Luther peut être vraie, dans la mesure où il était agité par cette idée de désespérance ([u'il ne pouvait faire son salut en deliors de l'état religieux.

2. Enarr. in Ps. 99, n. 11 : ((Qui iutraturi sunt, ij^si se non noverunt : quanto minus tu ?... Quomodo ergo cognoscis eum, qui sibi ipse adliuc ignotus ? »

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donner ici aucune règle pour discerner quels sont ceux qui ont fait leurs vœux dans cet esprit sacrilège ; c'est une question à débattre entre eux et leur conscience, comme il doit en être pour toute autre bonne œuvre. En efîet, en dehors de l'esprit de l'homme qui est en lui, qui peut savoir dans quelles dispositions il fait un vœu ou accomplit une bonne œuvre ^? » etc. Dans ce passage, Luther a en vue la grande majorité des moines. C'est donc de sa propre main qu'il renverse l'assertion de la mineure de son syllogisme, que déjà, du reste, par les mots « à peu près », et « presque tous » 2, il avait trouvé bon de limiter avec une certaine timidité. A la même époque, il écrit encore: « Il est à craindre qu'en ces temps d'incrédulité, il n'y en ait à peine un sur mille qui fasse ses vœux avec les dispositions voulues^ ». Quelques mois après, cette crainte s'était déjà changée pour lui en « certitude absolue * ». Pourquoi cette assurance ? Dans l'intervalle, avait-il donc fait de minutieuses recherches, lui qui alors, loin de la foule, restait solitaire à la Wartbourg ? Puis, quelques années encore, et il avancera que, dans le monde entier-', les religieux prononçaient leurs

1. Eiidcrs, IIF, 223 : «Porro aliis (alias?) nulla régula hic dari potest, qua sciamiis, qui hoc animo sacrilego voverint, scd eorum conscicnliip relinquendum est, siciit et in omni alio opère bono lleri oportct. Quis enim pra^ter spiritiuii hominis qui est in ipso nosse possit, quo animo vovct aut facit opus bonum ? »

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