LUTHER ET LES CONSEILS EVANGELIQUES
il n'appelle personne ; il se borne à indiquer'. » Il n'y a donc là aucun conseil ? Quelle impiété ! Pour Luther il y a un conseil. Lequel donc ? « Le conseil de la continence ; il n'en existe du reste pas d'autre 2. » Ainsi donc, le célibat est conseillé dans TEcriture sainte ? Pas le moins du monde, car Luther ajoute : (( Il est vrai que Paul dit : « Je donne le conseil » ; mais lui non plus il n'invite pas ; au contraire, il éloigne et il déconseille plutôt, lorsqu'il dit : « Chacun reçoit de Dievi son don propre 3. » Ainsi, d'après cette nouvelle logique : (( Je donne le conseil » est l'équivalent de : « Je détourne, je déconseille » ; absolument comme si : « Je te fais cadeau 0 n'était pas le mot de quelqu'un qui donne un objet, mais au contraire de quelqu'un qui ne veut pas qu'on l'accepte*. Et voilà pourtant sans conteste ce que signifient les paroles de Luther. Et toutefois non, pas encore tout à fait, mais plutôt : (( Je ne conseille pas, je ne déconseille pas; je ne décide rien ^. » Finalement, voici donc ce qu'il nous faut retenir : « Je donne le conseil » est
1. VIII, 583, 3o : (( Christus (virginitatem et cœlibatum) plane non consiiluit, sed potins deterrnit... dum memoratis cunuchis dixit : Qui polost capcrc capiat ; et iterum : non omnes capiunt hoc vcrbuui. Xonnc lu'PC verba simt potius avocantis et deterrentis ? Neminem enim invitât et vocat, sed ostendit solum. »
2. (( Consilium illud contincntiaî — noqnc est ulluni aliud consilium — est infra pneccptum sniim. » VIII, 585, 5.
3. (( Paiilus tamen dixit : « Consilium do », sed nec ipse invitât, quin magis deterret et avocat, dum dixit: « Unusquisque proprium donum habet a Dco » ; 583, 3/i.
'i. Voir Judoci Ciichtovei, ^ln/(7u//u"rus(CoIonia?, i525), fol. i56'' . 5. <( Neque suadet, neque dissnadet, sed in medio relinq'uil». Weim., 583, 3(3.
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l'équivalent de : (( Je ne conseille pas, je ne décide rien. »
C'est là aussi la logique de kawerau, car il ne trouve rien à redire à tout cela, et il n'a pas même une syllabe pour attirer l'attention sur les sophismes de Luther dans un ouvrage qui est pour ainsi dire le symbole du luthéranisme ; il se contente de ricaner sur les travaux de Dietenberger et de Schatzgeyer contre Luther. Wolfang Maver objecte pourtant avec bon sens' : « Oui ou non, est-il contradictoire de dire : u 11 conseille » et : u II ne conseille pas '.' » Si enfin le Christ a loué la virginité, comment a-t-il donc pu en même temps la déconseiller et en éloigner? Si Paul « ne conseille pas », pourquoi dit-il: « Je donne le conseil » ? Pourquoi dit-il : « Je voudrais que tous fussent comme moi. Il est bon à un homme d'être ainsi » (dans la virginité-j. Et : « Celui qui ne marie pas sa fille fait mieux » (que celui c[ui la marie 3). Si, par ces paroles, l'apôtre ne conseille pas la continence, je ne sais ce que conseiller veut
1. Tiilor, fol. l 't : « Piiiiiiaiilnc intcr se : consuliiit et non consuluil ? Dcnique si ClirisUis virginilatera laudavit, quomodo ab ipsa avocavit et dclcrruit .■' Et si soliim nionstravit. qiiomoilo etiani laudavit? Similitcr... si non siiadel Paulus, ni qiiid dicit, consilitim do ? et : volim omnes homines esse ut ipse snm ; et : bonum est liomini sic esse ; et: qni non elocat virgincm snani nuptnm, mclius facit. Si islis apostohis castitatem non consiilit et suadet, ncscio tandem qnid consulere sit. Si vcro non dissviadel, quomodo igitur avocat et delerret a[)Ostolus.^ Aut si non dissuadet Paulus cœlibatum. qua tandem tenieritate Luiherus apostolo se majorcm facicns sic dissuaderc presumit ? »