‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 153 sur 290 · I. Wfitn,, VIII, G.^o · texte numérisé non relu

I. Wfitn,, VIII, G.^o

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condilionnelle ou dans le sens qu'il donne ici; tous au contraire les avaient faits « pour la vie i. » Donc, à eux, il ne pouvait servir de rien de donner après coup à leurs vœux l'interprétation que proposait le Réformateur, même dans le cas où elle eut été exacte ; c'était toujours une rupture de vœux, le plus grand des sacrilèges, selon le mot fort juste dont Luther l'avait encore stigmatisée en i5i8. Mais que faut-il penser de son interprétation et de la comparaison dont il se sert ? C'est ce que nous allons examiner de plus près.

Pour Luther, tout vœu, même celui de célibat, ne lie plus dès que survient l'impossibilité de l'observer ; et, comme comparaison, il allègue le vœu d'un pèlerinage à Compostelle. Mais il n'arrive à cette conclusion que par un sophisme. En effet, de quelle nature est donc l'impossibilité qui empêche le pèlerin de Compostelle d'accomplir son vœu ? Ou, (pour citer encore une autre comparaison de Luther) 2 de ciuellc nature était l'impossibilité qui, lorsque les princes des apôtres PieiTe et Paul et les martyrs étaient en prison, les empêchaient d'accomplir le précepte de la charité

i. K Usque ad mortem ».

2. Liitlicr écrit en effet (AVcim., A lil, (J3o) : « Ij^sa divina mandata cum sint cilra omnem controvcrsiam immiilabilia, tamen quoad opéra extcrna exceptam habent impossilîilitatem. Xeque enini daninabis S. Petrum, quod vinctus ab Herode non pra-dicavit, non servivit proximo suo, sicut habet iirœceiitinn charitatis, scd beata hnpossibilitas eum excusât. Nec Pauhmi faciès reum omissie charilalis, qiiod siepins voluit venire ad Romanos, et tamen proliibebatur... (nec) et martyres in carceribus impios dicemus, nisi opéra oniitlerc poluerunt, impossibililatc urgente. Voir ci-après, p. iS'i et suiv., à propos de la prière.

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envers le prochain? C'était une impossibilité exclusivement extérieure, imposée par la force, et de celles (jiii ne dépendent pas de nous. Vu contraire, l'impossibilité alléguée par Lutlier à l'endroit du vœu de chasteté est intérieure, et elle ne vient que de nousmêmes. Elle n'arrive pas à l'improviste ; il y a un chemin qui y conduit, et un chemin souvent assez long. De ce chemin, Luther ne parle plus en i52i, mais seulement du point d'arrivée, je veux dire de l'mcendie, du feu de la chair. Il a bientôt fait alors de trouver une parole de l'Ecriture : (i 11 vaut mieux se marier que de brûler» •. Pour l'interprétation de cette parole, il n'était pas embarrassé : c'était un maître en la matière.

Mais qui est responsable de cet état ? Celui-là seul qui s'y trouve : il ne s'y est pas toujours trouvé. A oilà ce c[ue Luther et tous ses prosélytes auraient été contraints de reconnaître pour ce qui les concernaient eux-mêmes. Peu à peu ils en arrivèrent à Ijrùler parce que, par leur propre faute, ils n'avaient pas opposé de résistance aux tentations et au.v désirs de la chair ; c'était d'eux-mêmes qu'ils s'étaient jetés dans le péril, et, contrairement à leur devoir, ils n'avaient pas eu recours aux moyens nécessaires pour garder leurs résolutions. Etre assailli par les tentations de la chair, de la concupiscence, sentir en soi des désirs mauvais : tout cela, selon la doctrine universelle de l'Eglise, des Pères et des scolastiques, n'est pas un péché : car les désirs, les instincts sensuels ne sont pas le péché. La faute ne vient qu'après le consentement de la

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