Melius est nviberc qiiam uri, I Cor
iGG LE CAS d'impossibilité et le vœl de chasteté
volonté, quand on succombe à l'attaque, à la tentation, c'est-à-dire quand on consent anx désirs mauvais i. C'est alors qu'on est prêt à brûler-. En i5a3, Luther lui-mènic disait : « Il n'y a pas de doute que ceux qui ont la grâce de la chasteté ne sentent pourtant quelquefois une délectation mauvaise et qu'ils ne soient tentes; mais ce n'est là chez eux qu'une disposition transitoire : on ne saurait dire qu'ils brûlent'^ •»; au contraire, ajoute-t-il, c'est ce qui arrive à tous ceux à qui le goût et l'amour de la chasteté font défaut'*. Et
1. Voir à ce sujet ce qui s\iivra dans cet onvrag:e, sur le péché originel ; ici je me borne à deux citations. Dans la Qii. U de malo, a. 2, ad lo, saint Thomas enseif^ne : Concupisccntia, secnndiiiu quod est aliquid peccati originalis, non nominal necessitatem consenliendi motibiis concupiscenti;c inordinalis, sed nominal necessitatem sentiendi ». Longtemps avant lui, saint Augustin, aidé de sa propre expérience, enseigne la même doctrine en plusieurs endroits de ses écrits. Une seule citation suffira. Dans le Sernio 128, c. lo, n. 12 : «Facile quod poteslis, quod ait ipse apostolus : non regnet peccatum in vestro inortali corpore ad obediendum desideriis ejus... Mala desideria surgiint ; si'd noli obedire. Arma le, sume instrumenta bellorum... Quid est, non regnet? Id est ad obediendum desideriis ejus. Si cœperilis obedire, régnât. Et quid est obedire, nisi nt exhiheatis rnemhru vestra urina iniquitalis peccato ? y.
2. Voici par exemple ce que dit Aimon (In Epist I ad Cor., 7, 9) : ((Uri est proprio calore corporis cogente libidinem explere el quocumque modo nel'as perpetrare. » Pierre Lombard, Collect. in ep. 1 ad Cor., loc. cit.): <(Urienim est desideriis agi vel vinci». S. Thomas d'Aqlin (Ibid., lect. /') : « Uri, i. e. concupisccntia superari ». Au temps de Luther, Diete.nberger, Contra lemerariuin M. Lutheri de votis inonaslicis judiciurn libri duo (Colonia?, lôaô), fol. 2.38 : « Uri enim est desideriis agi el vinci. Cum enim voluntas calori carnis consentit, uritur. Oui concupiscenlite impugnatur, calescil quidcm, sed non uritur».
.S. Weim., XII, 11 5, 11.
.'i. Ibid. : <( Brûler vient de l'ardeur de la chair, qui ne cesse ses élans sauvages; c"cst rinclination de chaque jour vers la femme
LE CV> d'impossibilité ET LE VOEC DE CHASTETÉ 167
parmi les plus grands et les plus monstrueux péchés mortels, il énumère l'ardeur de la chair au même titre que la fornication '.
Tout cela émut l'àme compatissante du Rél'ormateur : aussi voulut-il « venir en aide aux moines et aux religieuses » ; il avait si grande pitié de ces pauvres malheureux «jeunes gens et jeunes filles tourmentés par les pertes et les démangeaisons- » ; il voulut les tirer d'un si triste état 3. Fort bien ; mais comment y parvenir? Par un péché plus grave encore, en leur tenant à peu près ce langage : Vous voici arrivés au point 011 il vous est impossible de vous contenir davantage ; dès lors le vœu ne vous lie plus : « Prenez une femme et il vous sera facile d'obéir à la loi de la chasteté*. » La vie avec une femme sera votre remède, votre délivrance 1 — Voilà le sens de toutes les dissertations de Luther ; ainsi le compatissant Réformateur chasse un diable par un autre.
Si encore le premier avait été chassé ! Mais, après leur mariage, la situation.de ces u libérés » redevenait assez vite ce qu'elle était auparavant. « La satisfaction des
ou vers l'iionime, qui se trome partout où le goût et l'amour do la chasteté font défaut. »
1. Erl., 3, i32. Bien plus, en lô.'iO, Tannée même de sa mort: Erl., 1(5, 1/42.
2. a PoUutionibus et uredinibus vexatorum juvenum et pucllarum. » Enders, III, 207 (Août 1321).
3. Il écrit le 11 novembre de la même année: (iVj(d.,p. 2!i~): « Jam enim et religiosorum vota aggredi statuo et adolescentes liberare ex isto inferno cœlibatus uredinc et lluxibus immundissimi et damnatissimi. Parlim b.ec tentatus. parlini indignatus scribo».
'1. Weim., VIII, 682, 22.
ibO LE CAS D IMPOSSIBILITE ET LE VŒU DE CHASTETE
appétits charnels, écrit Luther en i5i4, n'éteint pas les désirs ; elle les enflamme au contraire'. » Les prêtres et les religieux apostats avaient eu la témérité criminelle de rejeter gaiement la grâce que Dieu leur avait donnée pour être fidèles à leurs vœux : ils ne pouvaient prétendre à une autre grâce pour observer la chasteté et la fidélité « conjugale. » Après son apostasie. Luther, en songeant aussi aux gens du monde qui avaient adhéré à sa doctrine, était obligé de reconnaître que le penchant à la luxure ne trouvait de remède nulle part, pas même dans le mariage, puisque la majeure partie des gens mariés vivait dans l'adultère ; ceux-là mêmes qui étaient a pieux » en arrivaient à se lasser de leur femme pour aimer celle qui leur était défendue 2. A plus forte raison en était-il ainsi des prêtres parjures. CzECAxovius, autrement dit le converti Staphy- Lus, peut affirmer que le« mariage » des prêtres devenus luthériens n'éteint pas en eux le désir des amours libres 3. Quelques mois après son mariage, Luther luimême en fit l'expérience personnelle. Autrement, comment expliquer ce qu'il dit dans son commentaire sur le sixième commandement : « Tu ne commettras point