‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 156 sur 290 · LE CAS D IMPOSSIBILITE ET LE VŒU DE CHASTETE · texte numérisé non relu

LE CAS D IMPOSSIBILITE ET LE VŒU DE CHASTETE

Tout cela se vérifia à la lettre chez ceux que Luther entraîna à l'apostasie ; l'on commença à constater qu'il avait raison lorsque son enseignement eut pénétré la chair et le sang de ceux qu'il avait trompés, les prêtres et les moines apostats se distinguant au premier rang. En i563, Staphylus, que je viens de citer, faisait les réflexions suivantes au sujet des mariages des prédicants protestants : Si les prédicants n'avaient pas la possibilité de cacher leur honte plus facilement que les prélats catholiques, sur lesquels tous les yeux étaient tournés, tandis que l'on ne faisait pas attention à eux, la situation conjugale de la plus grande partie d'entre eux apparaîtrait bientôt plus scandaleuse et plus souillée que le célibat des prélats. Quelques années auparavant, dans un voyage à travers la Thuringe, il avait rencontré à Neubourg des visiteurs luthériens qui inspectaient les églises : dans leurs comptes-rendus il avait trouvé, à la charge des prédicants évangéliques mariés, des fautes et des adultères plus nombreux et plus honteux que tous les oublis contre les mœurs que l'on pourrait jamais trouver chez les catholiques pour un territoire aussi restreint. Les divorces qui se produisaient alors chez les Evangéliques étaient en nombre infini. La fausse interprétation du mot de saint Paul : « Il vaut mieux se marier que de brûler », avait déjà produit beaucoup de mal, et l'on pouvait prévoir la situation la plus lamentable pour un avenir prochain'. Ce que dit cet

I. .Sylvesteu Czec\>ovius, De corrujttis moribiis utriusqiie partis, pontificiorum videlicet et evangelicorum (voir ci-dcssn?, p. iG8 ;) et D(JLLi>GEK, Die Reformation, II, V'io, n. 20. — Voici ce que rapporte le chroniqueur Freiberg (dans Meckelboirg, Die Kônigs-

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auteur est conrirnié par d'autres, sans compter ^Vigel, qui peut sembler partial à quelques-uns.

Ainsi donc, en leur conseillant de rompre leurs vœux et de recourir au remède du <( mariage )), Luther n'a pas délivré de l'obsession du dial^le les prêtres et les religieux apostats ; au contraire, le diable n'en fut que plus fort et plus insolent : cette constatation devint même de tradition dans la corporation des prédicants. En fait d'explications, d'échappatoires et d'excuses, encore qu'elles fussent absolument hors de propos. Luther ne se trouvait jamais à court, et en toute circonstance il sut merveilleusement faire demitour : il mit donc l'adultère sur le compte de l'hérédité que nous a transmise Adam. Mais cela est-il vrai au sens où il l'entend ? Est-il exact qu'à tout le moins dans leur cœur, tous sont adultères et que c'est à cause

berger Chroniken, iSGô, p. i(J5) : Au temps où pour la iircmicro fois l'Evangile fut prêché par ici (dans la Prusse des chevaliers teutoniques, en lôaô et suiv.) on n'entendait parler que de mariages; les prêtres et les moines étaient très rcchercliés ; an commencement ils avaient l'argent des fondations do messes, et l'on se portait >ers eux en masse. Mais l'argent se consiunait : quand il n'y en avait plus, on se séparait aussi facilement qu'on s'était vmi. 11 n'y avait poiir ainsi dire pas île jour où il n'y eût des moines, des prêtres et des religieuses, ainsi que d'autres jcimes lilles, à se marier; et tous les Jours il y avait un festin». Erasme, pour ne plus citer que lui, ('crivait en i')!;): « Ninic circinnspicc milii sodalitalem istam cvangelicam, quot habet adulteros, quot temulentos, quot aleatores, qviot decoctorcs, quot aliis vitiis infâmes... Circumspice num castioia sint eorum conjugia, quani aliorum, quos ducunl pro ethnicis .^ Agnoscis, opinor, q\ias hic fabulas tibi possim referre si libeat. Nequo enim necesse est, ut notissima referam, qna^ vel magistratns vel plèbes reclamante aut connivente magistratu publicitus designavit » (Opéra, t. X, Lugd. Hala\., i7o(), p. 1079.)

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