LE CAS D IMPOSSIBILITE ET LE VCEU DE CHASTETE
d'empêchements qu'on ne l'est pas en réalité ? Alors le monde entier ne serait qu'un mauvais lieu.
La concupiscence est absolument invincible : comme je le prouverai dans la seconde Partie, voilà depuis i5i5 le point de départ de la « conversion » de Luther ; voilà qui explique tout. Peu à peu, il parvint à un état d'àme dans lequel il n'était même plus question de lutter ou de résister contre les tentations et les désir.s de la chair, plus question de dompter la chair ; qu'un désir vint à se montrer, et le consentement suivait aussitôt*. Peu à peu, Luther pensa, parla et écrivit sous l'influence et la poussée d'une délectation luxurieuse ; c'est de là que sortirent ces écrits, dont on ne saurait trouver les pareils, — et encore sont-ils rares — que chez les auteurs les plus dépravés. Un mois seulement après s'être exprimé sur les adultères de la manière que nous avons vue, il écrivait, par exemple, une lettre d'un latin intraduisible à un prêtre de ses amis, marié depuis peu, à cet infortuné Spalativ qu'il avait entraîné à l'apostasie 2.
1. Quelquefois, alori et plus lard, par exemple en ij32, et çà et là aussi précédemment, il exif^c, il est ^rai, du moins d'autres hommes mariés qu'ils opposent de la résistance aux pensées et aux désirs concernant une autre femme que la leur ; car le Christ dit clairement : « Si tu regardes une femme jiour la désirer, tu as déjà rompu ton mariage dans ton cœur. » Erl. /|3, io8 et suiv.
2. Saluta tuam conjugem suavissime, verum ut id tum facias cum in thoro suavissimis amplexibus et osculis Catharinara tenueris, ac sic cogitaveris : en hune hominem, optimam crealurulam Dci mei, donavit mihi Christus, sit illi laus et gloria. Ego quoque cum divinavero diem, qua lias acceperis, ea nocte simili opère meam [Catliarinam] amabo in tni mcmoriam, et tibi par pjri referwn ! » Lettre du (3 décembre lôaS. Endcrs, v, 279.
LE CAS d'impossibilité ET LE XOEU DE CHASTETÉ 178
Que pourrait alléguer Luther pour sa défense ? Cela même qu'il allègue au sujet des moines dépravés qui étaient dans les couvcnls, pour prouver l'impossilDilité du célibat: (( Qui ne sait, écrit-il, que ce tyran domestique et intérieur qui est dans nos membres n'est pas plus sous notre dépendance que la volonté mauvaise d'un tyran extérieur à nous ? Et encore lu peux adoucir celui-ci par des paroles flatteuses et l'amener à ta manière de voir; tandis que le tyran que tu as en toi, ni les belles paroles, ni des efforts plus pénibles ne sauraient l'apprivoiser. Qu'objecteras-tu aux paroles de Paul ? Quand il disait : « Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas * », n'avaitil pas une volonté ferme et énergique? Pourquoi ne fait-il pas ce qu'il dit pourtant qu'il veut de toute son âme? Que disais-tu donc qu'il n'y a point d'obstacle intérieur capable de rendre im})ossible ce qu'une volonté ferme a décidé ? (( La chair a des désirs contraires à ceux de l'esprit, et l'esprit en a de contraires à ceux de la chair » ; chair et csjnit sont opposés, c'est pourquoi vous ne faites pas ce que vous voulez 2. »
Mais en affirmant que de nous-mêmes nous ne pouvons surmonter le tyran que nous avons en nous, Luther avance-t-il quelque chose de nouveau ? Avant lui, ignorail-on que, par nous-mêmes, nous ne pouvons accomplir nos vœux ? « Personne, écrit saint Augustin, ne doit s'imaginer que par ses propres
Aurifaber, et après lui ilc Wctlc ont omis comme trop graveleuse, toute la plirasc qui coiuuiencc par Etjo quoque.