‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 164 sur 290 · INTEMPÉRANCE · texte numérisé non relu

INTEMPÉRANCE

Chez Luther, el chez le très grand nombre de ses jeunes adeptes, à la fièvre de la chair vint s'ajouter un nouvel aliment : le penchant à la boisson, l'ivrognerie. Pour vaincre ce vice, alors même qu'il serait seul, non moins que pour triompher du tyran intérieur, il faut un effort soutemi de la prière. Et si ces deux vices se rencontrent, qu'arrivera-t-il ? «Ne vous enivrez pas », dit saint Paul, (( c'est la souice de la débauche^ ». Luther le savait fort bien et c'est pourquoi comme remède, il conseillait la prière du soir 2. En i5i6 il écrit : « L'excès dans le manger et l'ivresse sont les alimenls de l'impudicité. C'est pourquoi à celui qui veut servir Dieu les saints Pères ont prescrit de combattre avant tout la gourmandise ; et cette recommandation, qu'ils nous donnent en premier lieu, est aussi la plus difficile à suivre ». Quoique ce vice ne mène pas toujours aux derniers dérèglements, par exemple peutêtre chez les vieillards, du moins est-il qu'il enlève toujours à rame l'aptitude à vaquer aux choses de Dieu ^.

minia et confnsione saltus de excelso in abyssum, de pavimento in stcrquilinium, de solio in cloacam, de cœlo in c:rnum, de clausiro in stpculum, de paradisoin infernnni ».

1. Eplies. ■), 18 : (( Nolite inebriari vino in quo est laxuria'» (àffwT'a). Lnther a traduit : « Ne vous enivrez pas, car il s'ensuit une vie désordonnée ». Il donne déjà ce sens dans le Commentaire sur l'Epître aux Romains, fol. 270'' (Ficker, II, 3 10). Du reste, Tcrence avait déjà écrit le mot bien connu : « Sine Cererc et Libero (Bacchus) friget Venus ». (Eun. 'i, 5, G). Cf. aussi Prov., 20, i.

2. Weim., III, 3G2 (i5ï3-i5i4): «Quia super stratum otiosis ac maxime iis qui sunt potati, solet carnis vexatio tilillatioque excitari, idco memoria opus est et non perfunctoria recordalio Dei, sed fixe in meditatione Dei manendum ».

3. Epilre aux Romains, cli. i3, fol. 271 (Ficker, II, 3io) • « Comessatio et ebrietas fomenta sunt impudicitiir... Ideo sancti patres

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Or, en lôig, nous entendons précisément Luther se plaindre déjà d'être sujet à l'ivrognerie', et, comme conséquence, aux élans de la volupté. On prétend que cette confidence ne doit pas être prise au pied de la lettre; mais elle se trouve dans un passage où il n'y a rien pour la plaisanterie. Luther demande à Staupitz de prier pour lui ; il a la ferme espérance que Dieu inspirera au cœur de Staupitz de s'intéresser à lui. Comme cause des faiblesses qu'il avoue, il dit qu'il est sujet à se laisser entraîner par la société, etc. Pour peu que l'on connaisse la nature humaine, on comprend la phrase de Luther. Le légat pontifical à Worms, Aléandke, qui lui non plus n'était pas irréprochable, écrit: «Je ne dis rien de l'ivrognerie, à laquelle Luther est très adonné 2 ». Est-ce que ces mots, eux non plus, ne doivent pas être pris au pied de la lettre? Mais d'après quelles règles de critique faut-il donc juger Luther? Voyons néanmoins d'autres témoignages. 11 écrit de la Wartbourg : « Je suis ici du matin au soir inoccupé et ivre^ ». Et l'année suivante (i522), il dit que les lignes qu'il écrit dans l'instant même, il les

statuerunt, quod volenti Deo servirc anlc omnia vitiuin giilœ expuo-nandum, quod sicut primuni, ita ol diffîcilimiim. Eo antem non extirpato, eliainsi ad cubilia et lascivias non pcrducal, iit forte in senibus, tamen animuui incptum reddit divinis ». Voir ausï-i Weim., I, 020.

1. Crapulœ : Voir ci-dessus, p. 177. — In Gai. (Weim., II, âyi, année 1019), en se fondant sur Luc. 21, 3'), il dit : « Sicul ebrietas nimium bibendo, ita crapula nimium comedcndo gravât corda ». Mais dans Weim., III, 55ij, b()6 crapulatus est pour lui le synonyme d'ebrhis.

2. Aléandre écrit : « Lasso a parte la ebrielà, alla quale detto Luther è dedilissimo ». Brieger, Aleander und Luther, p. 170.

3. (( Ego oliosus et crapulosus scdco tola dio ». Endcrs, lïl, i5i.

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écrit à jeun, dans la matinée. Plus lard on l'entend dire : «Je ne suis pas ivre en ce moment ^ ».

Luther suivait les usages et les coutumes de son pays. (( Dieu notre Maître, disait-il un jour, doit nous compter l'abus de la boisson parmi les petits péchés quotidiens ; car nous ne pouvons y renoncer... Boire un bon coup est tolérable, mais non s'enivrer, se griser^. » Le 19 octobre i522, Luther était venu à Erfurt avec quelques amis. Mélanchthon, qui était présent, résume ainsi ce que l'on fit dans la soirée : (( On a bu, on a crié comme de coutume* ». Quoi d'étonnant? N'y avait-il pas là le fameux buveur Eob.vn Hesse, l'ami de Luther. Du reste, Luther se reconnaît cette passion, mais s'il cède, dit-il, c'est dans une noble intention. En i53o, il écrivait à Weller dans une lettre de consolation : « Quel motif penses-tu que j'aie de m'entraîner à boire sans eau, à parler sans retenue, à festiner fréquemment, sinon de me moquer du diable et de le tourmenter, lui qui s'apprêtait à me tourmenter et à se moquer de moi ^ ». A ceux qui sont

I. Ainsi, déjà le 19 mars lôaa : <( Sobrius hyec scribo et mane, pise plcniliulinc fiduci.T cordis » (Enders, III, 817). «Je ne suis pas ivre en ce moment, et j'ai mes pensées à moi. » Erl., 3o, 363. — On sent combien on serait peu autorisé à m'opposer ces derniers mots : « Je ne suis pas ivre en ce moment ». Ce ne sont pas euv qui innocenteront Luther de la faiblesse que je sipnale ici. (Note de ['Erratum).

2-3. <( Ebrietudo est fercnda, non ebriositas ». Matliesius, dans G. Losche, Anal. Lutlierana et Melanchthoniana (Gotha, 1892), p. 100, n° 100.

'i. Potatum est, clamatum est, quod solct. Corpus Beformatorum, I, 079.

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