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Tout cela, nous le lui avons déjà entendu dire. Mais il va plus loin encore. Selon lui : en abandonnant les travaux et les fatigues des vocations séculières, les moines et les religieuses avaient abandonné la voie du salut que Dieu leur avait tracée dans ces vocations ; ils tenaient ces travaux pour des œuvres méprisables, et ils en recherchaient de jilus diflîciles en apparence. « Mais par là, dit Luther, ils ont renié leur foi et ils ont désobéi à Dieu, d De même, a le pape a abandonné la voie du salut, la foi au Christ, pour prendre d'autres voies : le sacrifice de la messe, les vœux », etc '. Les religieux avaient cru trouver une voie supérieure à celle du Christ : par leurs œuvres, ils pensaient apaiser Dieu. Mais alors quel besoin y aurait-il encore du sang du Christ - 1' De plus, les moines avaient mis les conseils au-dessus des préceptes ■*.
Nous allons donner d'abord un coup d'œil rapide à la période antérieure à saint Thomas et à celle qui précède immédiatement Luther, afin de voir en quoi, jusqu'alors, les docteurs avaient fait consister la
1. Op exe(j.. n', lof) : «Papa cuin suis hiiic tentationi (de ne pas se contenter de vivre selon sa vocation et de s'occuper indiscrètement de celle des autres) siiccubuit. Ilaljuit propositam salutis viani, tldem in Christum ; eam dcseruit et delegit sibi alias vias, sacrificium uiissie, vota et similia... Hanc certam pietatis \iam deseruerunt monachi et nonnic seu monachœ ; judicabant enim nimis exilia esse opéra, et qu.-nrebant alia in specic graviora ; ita simul et a fidc discesserunt et Deo sunt facti inobedientes ».
2. Enders IV, aa'i (lâaS). Cf. Iii Galntas, I, 307 et, ci-dessus, p. 119.
,^. Weini., VIII, 585, 3: « Error et insignis ignorantia est, stattim perfectionis metiri consiliis, et non pra?ceptis. >on enim, ut ipsi fingunt, consilia sunt supra pr;«'cei)ia ».
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perfection, et si Lullier trouve en eux un point d'appui.
C'est un principe catholique bien connu de tout temps que la perfection est accessible non seulement aux moines, mais à tous les hommes, et que tous les hommes sont obligés d'y tendre. Saint Jeax Chrvsos- TOME expose longuement que le moine et le laïque doivent atteindre le même sommet ; il n'y a qu'une différence, dit-il : c'est que pour le laïque qui est plus chargé que le religieux, l'ascension est plus difficile K Le synode d'Aix-la-Chapelle (8i6) dit expressément que sans doute les laïques n'ont point à quitter le monde et à suivre le Christ dans la pauvreté, mais qu'ils doivent le faire en esprit : moines et laïques doivent marcher par la voie étroite, et par la porte étroite entrer dans la Vie. car c'est à tous les chrétiens que le Sauveur l'a dit. Tous doivent avoir constamment devant les yeux l'alliance que nous avons conclue avec Dieu par le baptême, alliance par laquelle nous renonçons à Satan, à ses pomjîes et à ses œuvres. Bien que par des voies diverses, tous nous avons le même but à atteindre 2. Beaucoup, dit Rlpert de Deutz, (i i3ô), possèdent la perfection évangélique, qui ne sont pas moines ; ceux-ci n'ont donc point à s'enorgueillir 3.
Cette doctrine est fondée sur les paroles du Christ
I. Adv. oppiKjnatorcs viLr mon. 1. 3, n. l'i, iJ. Miiiiic. Pair. <jr., t. '17, col. .S73 et siiiv.
■>.. Concil. gênerai, cd. Alansi, t. XIV, p. 327, cor. ii.'i, avOc de Irès beaux passages de l'Evangile et des épîtres dos apôtres.
3. De vita vera ufiost., 1. 2, c. I, Migne, Patr. L, t. 170, col. Gji.
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lui-même : (( Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ^. » Grands et petits, riches et pauvres, savants et ignorants, jeunes et vieux, hommes et femmes, tous ont le devoir de considérer cette parole comme s'adressant à eux-mêmes-. On pourrait parcourir presque tous les ouvrages de celte époque, et l'on arriverait toujours à la même conclusion. Il est juste d'ajouter que dans certains écrits composés pour des religieux, par exemple dans saint Pierre Damien, on rencontre /)ar exception des expressions que l'on pourrait interpréter en un sens abusif ; mais en règle générale, ce que l'on y trouve c'est la doctrine chrétienne universelle.
Selon cette doctrine, et généralement selon la pensée des anciens, eu quoi consiste donc la perfection ? Ici, la définition de Cassien (435 environ) est devenue classique : « Ce n'est pas seulement à la privation des biens de la terre, au renoncement à ces biens ou à l'abandon de toute dignité qu'estattachée la perfection ; il faut qu'en même temps l'on possède la charité décrite par l'Apôtre"'', et qui consiste dans la pureté du cœ\ir. n Toutes les qualités énumérées par saint Paul n'ont d'autre but que ((d'offrir constamment à Dieu un cœur parfait et très pur, et de le tenir à l'abri de toutes les perturbations*. » Ainsi donc, continue Cassien, tous les exercices monastiques ne sont que des instru-