DELIQUESCENCE DANS LE CATHOLICISME ALLEM VND XXXI
péril est d'autant plus grand que, depuis l'apparilion de cet arlicle, l'auteur a été non seulement proné comme « savant catholique », mais encore pris comme collaborateur dans des journaux et des périodiques catholiques.
Ce fait prouve une parenté d'idées entre M. Spahn et ces milieux catholiques qui le courtisenl ou le favorisent. Effectivement, en septembre dernier, dans un journal catholique de son clan, j'ai trouvé au sujet du protestantisme et du catholicisme des phrases du genre de celles que je viens de rapporter. Que ce soit en raison de la formation universiiaire actuelle ou pour obtenir des avantages pratiques : que ce soit pour ralfermir la paix entre catholiques et protestants dans le commerce de la vie, ou enfin pour tout autre motif, toujours est-il qu'il existe un certain courant qui ne sait pas résister à la tentation sinon de sacrifier, du moins d'atténuer les principes catholiques : l'on veut jeter un pont sur l'abîme histoiique et dogmatique qui doit toujours séparer l'Eglise catholique et le Luthéranisme. A ce point de vue de conciliation à outrance, et spécialement au point de vue de Spahn. c'est naturellement se tromper du tout au tout, c'est faire fausse route et sortir de l'objectivité historique, cestdénigrer Luther et son œuvic que de parler en catholique comme je l'ai fait, que
:îX\II PREFACE DE LA SECONDE EDITION
d'appeler le luthéranisme une hérésie et Luther un hérésiarque. Une fois admis que le protestantisme et le catholicisme sont deux convictions religieuses également autorisées, deux convictions qui se complètent dans leur vie intime et qui représentent fout au plus deux côtés difTérents de la vie chrétienne, si l'un de ces côtés est hérétique, l'autre doit l'être aussi, et inversement. Finalement, ils ne le seront ni l'un ni l'aulrel Eh hicn, non 1 Et nous n'avons ici qu'un mariage mixte conclu dans le cerveau nuageux de certains historiens d'un catholicisme trop moderne, qui se laissent influencer par ces « deux religions chrétiennes », et, naturellement, surtout par le protestantisme. Le catholicisme qui possède « un caractère éminemment/e/^imm^ » s'allie avec le protestantisme, qui le complète (et qui, par conséquent, doit otï'rir un caractère éminemment îmisculin !) Cette conception ne peut g-ermer que chez un historien moderne qui sait respecter l'ohjectivité des faits ! Ces idées, ahsolument erronées et confuses, doivent nécessairement influer sur le jugement
I. Spahn, p. /i. — An mois de juillet de 1910, le D' Kaufmann, de Cologne, qui s'attache à dénoncer les modernistes, a de nouveau relevé cette expression {Apologetisclw [iuiubrliaii, n" 10). .Spalin a répondu que par ces mots ce n'était pas l'attitude de l'Eglise catholique en l'ace du protestantisme qu'il avait voulu caractériser, mais ses relations avec Home. (Apologetische Rundscliau, août 1910, p. 3g3.) (N. d. T.)
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que l'on porte sur Luther et sur le protestantisme ; par suite, elles doivent influer aussi sur la manière dont on jugera mon œuvre. Dans mon travail, d'après de tels principes, « le subjectivisme se livre à un sabbat que ne saurait vraiment permettre la méthode scientifique ' ». De ce point de vue, Luther devient le plus grand Allemand de son temps, — suivant l'expression de Spahn dès 1898, — et, d'une manière universelle, le grand homme par excellence, ])uisque c'est lui, oui, lui, qui, le premier, comme père « de la Réforme évangélique », a complété le catholicisme et découvert cet autre côté, jusque-là caché et pourtant également autorisé, de l'unique christianisme. Dominé par ces idées fausses, on se perd en admiration sur la u grandeur » de Luther et sur les gigantesques avantages dont nous sommes redevables au protestantisme. D'une culture uniquement historique, sans formation philosophique sérieuse, — je ne veux pas parler de formation théologique, puisque certains d'entre eux vont jusqu'à se vanter de n'être pas théolo-
1. C'est ce qu'en un pompeux article du périodique « Hocliland » (i" ann , p. 221), a écrit un jeune historien catholique, A. Meister, qui pourtant, du moins dans l'expression, n'est pas allé aussi loin que Spahn. Parmi d'indignes flagorneries à l'adresse de Ranke, ce chef nullement impartial des historiens protestants, et, à côté d'une invective, tirée parles cheveux, contre l'historien Michael, Meister parle de mon « déraillement. »