‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 226 sur 290 · Status perfectionis acquircnda · texte numérisé non relu

Status perfectionis acquircnda

8. Tractalus de ori.yinc et protj^ressu Ord. fratr. Heremit. etvero ac proprio tilulo ejusdem, compilatus per i'rat. He>ricum de Alv- MAM.v, sacre pagine prolessorem, pro direclione simplicium non habentium plenam notitiam predictorum {Ms. l'irdun., n. 'n, fol. t'\-j: « Licet status religionis communiter sit statUfi pcrJWtionis acquirende, status lamen anaclioritariun sicut et episcoporum est status perfectionis acquisite. Quodpatet j)er hoc, quod ille status non congruit cuilibet homini, sed soluni homini perfecto ; nec ad illum slatum assumcndum liomines moventur ev hnmano consilio, vel eliam ex proprio arbitrio, sicut moventur ad siunendum slatum relisionis, sed solum ad hoc moventur et; spirituali instinctn Spiritus Sancti. Et ideo Jeronymus in cpisloia ad Demetriadcm virginem et eliam Rusticum monachum dissuadet istum statum heremiticum assumerc a convolantibus immédiate a seculo, nisi jirius in reliiiione sint benc exercitati in aclibus virluosis, et hoc propter excellentiam status solitarii, qui non conpruil hominibus iniperfeclis, co quod solitarii vehcmentius per insidias diabolicas tcnii)lentur et per consequens cillas preci-

§ 2. — Les mystiques allemands et Luther.

Tauler, pour qui Luther avait tant de prrdilection, aurait-il professé une doctrine difTérente de celle de saint Thomas!' Nullement. Pour lui aussi, il n'y a pas d'autre idéal de vie que l'amour de Dieu : à la poursuite de cet idéal, chacun s'oblige par le sf^-rment du liaptême. C'est à faire atteindre plus parfaitement ce but que tendent toutes les règles des ordres religieux ; les fondateurs d'ordres n'ont pas eu d'autre objectif '. « Chères filles, dit-il dans un sermon à des religieuses, nous avons tous promis et juré à Dieu de l'aimer et de le préférer à tout, quand, après avoir renoncé solennellement au monde-, nous lui avons juré de le servir et de l'aimer et de le préférer à tout, et de le servir jusqu'à la mort. De ce serment, ni prêtres, ni évcques, qui aient jamais existé, ne sauraient nous délier, et il nous lie plus que tout autre serment... Voilà ce qu'enseignent et ce que signifient notre ordre et toutes nos règles ». Ne s'agit-il ici que de l'ordre dominicain } Non : « Tous les ordres, dit Tauler, et toutes les vies spirituelles, et la discipline et les règles

pitarontiir, nisi es?ent perfecte in virtuosis exercitiis solidati ». Le traité se termine par cette indication (f. i5o) : « Compilatus fuit iste tractatus anno Dom. MCCCXXXIIII. » Sur les divers Henri de Friemar, voir Charlularium L'niversitatis Paris., Il, p. 536, note 5.

I. Dans notre traduction des passages de Tauler, nous avons «ssayé de garder la tournure de l'original, avec son aimable laissoraller et ses répétitions.

Nous avons aussi complété les indications bibliograpliiques rjuc donne Dcnille sur Tauler (N. d. T.).

. 2. « Do wir die welt allererst verswuorent und verlobent. »

TALLEU. l'idéal DE L.V VIE ET LES CONSEILS 265

de tous les monastères, et les clôtures diverses, et les vies de toute sorte, quels qu'en soient les dehors et quel qu'en soit le nom, toutes nos règles ont été faites et disposées à seule fin... » Quelle est cette unique fin? « A seule fin que nous mettions toujours Dieu avant tout, et qu'il s'unisse à nous par un mariage spirituel, et que nous ayons avec lui mi lieu de repos, ovi nous ne trouvions que lui seul. Et plus les œuvres et les différents moyens servent à atteindre ce but, plus ils sont louables, et saints et utiles. » Telle fut aussi, dit-il, la réponse de saint Dominique quand, à l'approche de sa mort, on lui demanda pourquoi il avait donné toutes les règles. « Et il dit que c'était pour qu'il y eût un véritable amour de Dieu, et l'humilité, et la pauvreté de l'esprit, et aussi celle des biens. Voilà le fondement : aimer Dieu sincèrement de tout son cœur, et rien en dehors de lui, et que nous nous aimions les uns les autres d'un amour fraternel comme nous-mêmes, et dans un esprit d'humilité et de soumission à Dieu », etc. C'est là le fondement et l'essence de fous les ordres, continue Tauler : « C'est là l'idée et le fondement, et c'est aussi ce qu'avant tout nous avons promis et juré à Dieu et à quoi nous sommes olîligés ; si nous ne gardons pas cet ordre, nous sommes certainement infidèles à notre ordre ; mais si nous lui gardons ce vœu que nous avons fait d'aimer Dieu ', alors nous possédons cet ordre, ce fondement,

I. Mot à mot : « Si nous ne gardons pas cet ordre, nous le violons (détruisons) certainement; mais si nous Ivii gardons cela, alors nous possédons cet ordre, ce fondement... », etc.

Grammaticalement, ce ])assage est é\idemment fort obscur, mais

aG() LES MASTIQUES ALLEMANDS ET LUTHER

cet ordre essentiel que notre Père a eu en vue, et tous les Pelles, que ce soit saint Benoît, saint Augustin, saint Bernard, saint François ; tous ont en vue cetordre essentiel, et c'est là que tendent toutes les pratiques extériejires et les règles '. » Aussi l'on comprend que, pour Tauler, malgré toutes ces pratiques et ces règles, ou plutôt précisément à cause d'elles, (( notre règle et notre exemplaire » c'est Jésus-Christ -.

Pour Tauler, lui aussi, l'état religieux est en soi plus élevé que l'état séculier, non pas toutefois en raison d'un idéal de vie différent (comme on l'a vu, cet idéal est le même pour tous : aimer Dieu par-dessus toutes choses et son prochain comme soi-même) ; mais parce

par le contexte, il s'explique assez facilement. Tauler y oppose, ou pour iiiieux dire, il y compare un ordre intérieur et un ordre extérieur. L'ordre intérieur, c'est celui qu'il vient d'indiquer : « Aimer Dieu sincèrement de tout son cœur, et rien en dehors de lui... », etc. En d'autres termes, cet ordre intérieur, c'est la (( hiérarchie de l'être », l'ondement de la religion et de la morale (Voir M. d'Hulst. Conférences de I\'olre-Dame de Paris, \" année (1891), ji. 102). L'ordre extérieur, c'est l'ordre religieux, dans l'occurrence celui des dominicains. Cet ordre religieux n'est un un ordre que parce qu'il est un signe de l'ordre intérieur, un moyen d'y parvenir. Dès lors, si nous ne gardons pas l'ordre intérieur, par là même nous sommes infidèles aussi à l'ordre religieux auquel nous appartenons; si, au contraire, nous gardons à cet ordre religieux son vrai sens, qui est d'aimer Dieu, alors nous liossédons aussi l'ordre intérieur. (N. il. T.)

I. D'après une copie du manuscrit brûlé de Strasbourg. Le sermon est dans l'édition de Francfort, 1, aay. — |Johann Tauler's Prediijten, nach den besteii Aiifrjahen in die jelzige SdiriJ'tsiiraclie iiherlraijcn. — Zweile Aujl(i(j.\ neue Bearheilunij der Aiisiiabe von JiS'2(l. von Julius Hamberger (Frankfurt am Main, iSO/i). 3 volumes. L'on n'a pas encore d'édition critique de Tauler]. (N. d. T.).

a. D'après le Codex Vindnbon. 2739, fol. 121. Edition de Francfort, I, 233.

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que dans l'élat religieux la voie qui luène vers cet idéal est plus élevée, à savoir, (( les voies des vertus, comme la chasteté du corps, la pauvreté et l'obéissance')). Ainsi, c'est absolument la pensée de saint Bernard, de saint Thomas, et de Luther lui-même avant son apostasie -. Dieu en appelle quelques-uns dans cette voie, et c'est (( par libre et pur amour, en dehors de tout mérite ^. » u Et pour que l'on suive bien et convenablement le conseil de Dieu quand il appelle ainsi, la sainte Eglise, par le conseil du Saint-Esprit, a institué des sociétés spirituelles et des ordres où l'on puisse suivre le conseil de Dieu. Et ces ordres ont beaucoup de règles et ces règles tendent toutes à cette fin ^. » « Certes, ceux qui entrent au couvent dans un ordre recommandable vont àl'endroitle plus sur, bien supérieur à ce que l'on peut se prescrire soi-même •''. » Toutefois Tauler n'oublie pas cette recommandation : (( Que chacun veille bien à marcher d'un pas ferme dans celte voie, et qu'il réponde si bien à l'appel de Dieu, qu'il ne soit pas lrou^é sans la robe nuptiale au jour de la visite de Dieu, alin de netre pas jeté dans les ténèbres extérieures*^. )> « Cette robe nuptiale est le vrai, le pur amour de Dieu, c'est de mettre vraiment Dieu à sa place. Elle exclut tout amour propre et étranger, et toute pensée qui n'est pas pour

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