IbkL, II, 2J
Dieu I. » Avec tous les docteurs, Tauler dit notammenl aussi qu'il ne suffît pas de porter l'habit et de faire partie d'un ordre. « Dieu nous a donné toutes choses pour qu'elles conduisent à lui ; et Lui seul doit être la fin, et rien en dehors de lui, ni ceci, ni cela. Vous croyez sans doute que c'est une plaisanterie ? Non, certes ! L'Ordre ne vous fait pas saints ; mon habit, ni ma tonsure, ni mon couvent, ni mes pieux compagnons, tout cela ne me fait pas saint : si je veux devenir saint, c'est mon fond qui doit être saint, affranchi, sans possesseur. Que je dise souvent : « Seigneur, Seigneur, que je prie beaucoup, que je lise beaucoup : belles paroles, grande science, bonne apparence ; — non, non, cela ne peut pas aller ainsi; ici, il faut autre chose. Si tu te trompes, le dommage est pour toi, il n'est pas pour moi, avec vos cœurs mondains, vos âmes mondaines, et votre vanité sous des dehors spirituels- ». Pourquoi ces objurgations? Parce que tous les fuoyens que fournit l'ordre religieux doivent avoir pour fondement le vrai, le pur sentiment intérieur, le sincère et total abaïidon à Dieu, la poursuite unique de l'idéal que tous doivent avoir en vue :
1. Ibid., II, 287. D'après le nian>iscrit de Strasbonri;, ainsi que le passage suivant.
2. Ibid.. III. 10^. Une autre fois, II, 2o3 : (c Tu aile die cappen und habit an die du Avilt : du tucgest denne das du von relile tuon soit, es enhillTet dich nùt. » « Prends toutes les tuniques et tous les habits ([ue tu voudras ; si tu fais ce que tu dois, cela [ces habits] n'y ajoutera rien. » De même dans I, 287 : « Lasse dich fausendmal taufen und ziehe dir hundert K.ippcn an : es hilli dir nichts, so lange du tua nillst, vas nicht redit ist. » « Fais-toi baptiser mille fois, et couvre-toi de cent frocs; tant que lu M)utlras faiie ce qu'il ne faut pas, cela ne te servira de rien. »
TALLER, l'idéal DE LA VIE ET LES CONSEILS 2G(>
autrement tout n'est que vanité et tromperie, fantôme sans ivalité.
C'est pourquoi Tauler reprend les religieux qui se négligent, qui de leur état n'ont que l'apparence ; il les met en opposition avec de pauvres et simples gens, avec des artisans qui, s'ils suivent /(';//■ vocation, font beaucoup plus de progrès qu'eux • ; et d il y a des personnes mariées, et des veuves qui devancent de beaucoup ces religieux de façade - »,
C'est bien là la doctrine catholique, et à la fin du xii' siècle nous entendons cette déclaration : (( Ce n'est
1. /6((/., I[. 20/1, d'après le ms. de Strasbourg: « Wissent, das manig mensclie mitlen in der A\elte ist nnd man und kint, und sitzent etteliche niensclien und niachet sine sclniclie, nnd ist siii meinnnge ze pottc, sich nnd sine kint genercn : und ettelich arni mensclie in einie dorlTe get mistcn, und sin bnJtelin mit grosser arbeil go^vinnc {sic); und disen niag also gcschehen : sie sùllent liundert \\erbe Ijas gevarn, und volgent einveltikliche irme ruofTe. Und daz ist docii eine kleglich dinge I Dise stont in der vortlie gotz, in dcmûtikcit, in irmo arninte und volgent iniic ruojj'e einvaltiklichen. Armer, blinder, geislliclier menschc, sicli fiirdich nnd nim dines rufTcs «ar >on innen mit allem (lisse, Mar dich gol haljen nelle und \olgedeme, und gang nûtirrc in dem irege. »
« Sachez qu'au milieu du monde il y a des gens de tout âge qui s'assujétissent au travail, qui font leurs souliers, qui désireni pourvoir chr(Hi(Mincment à leur subsistance et à celle de leurs enfants ; dans iui'\ iliagc, des pauvres gens vont fumer les terres, et gagnent avec beaucoup de peine leur pain de chaque jour. Et il se peut très bien <[u^ils marchent cent fois mieux, en siiivant ainsi simplement leur vocation. Et c'est x^ourtant une chose lamentable ! Ils vivent dans la crainte de Dieu, dans l'iiumilité, dans leur pauvreté, et ils suivent leur vocation avec simplicité. Pauvre, aveugle homme d'Eglise, fais attention à toi. prends grand soin de faire ce que demande ta vocation, ce r[ue Dieu vent de toi, et suis cette route, et ne l'égaré pas dans le chemin. »
■2. Jhid.. 11. 7.
pas l'haljit qui fait le moine, mais c'est la profession ' n. c'esl-à-diie, suivant les paroles qui se trouvaient alors dans la formule de profession, c'est l'obligation à un vrai et réel changement de vie -. C'est pourquoi S. Beknaud dit qu'un changement uniquement extérieur n'a aucune valeur ; c'est une attitude fausse, où manque la vertu, et qui de la piété, n'a que l'apparence ■^. Et, avant lui, S. Benoît disait des faux moines qu'ils mentaient à Dieu avec leur tonsure '^. Il fallait Aéritablement toute la haine de Luther contre l'Eglise pour dire sans exception de tous les religieux et de toutes les religieuses : (( Leur petite routine leur suffit; et ils prétendent être sauvés par leurs ordres, leur froc et leur tonsure, et obtenir ainsi la rémission de leurs péchés"' ». Dès le début de sa lutte contre les ordres, Luther proféra desf accusations de ce genre ; elles furent reproduites par les siens, surtout par les religieux apostats, et, aujourd'hui encore, on ajoute foi à ce mensonge t^. Qu'il y ait eu des religieux qui. de leur
1. (( Vlonacliiiin non i'acit liabitus, scd professio rc-sfularis. » Décret. III, .'ii, i3. 1 11 siècle auparavant, le af» juin 1080, le synode tle Brixen reprochait ïi Gréiïoire VII : « Habitu monacluis videri, et prol'essione non esse. » Mon. (jerm. Iiist., Leg. sect. IV, t. I, p. II.), 8.
:>. « Convcrsio nioriun. »
3. In cap. Jfjunii serm. 2, n. 2. (Micne, Pair. l. t. i85, c. 172.^ ![. Reer. c. 1 : (( Jlentiri Deo per tonsuram noscuntur. » f). Erl. 3G, 2()9. Ci-dessus, p. i35. Reproche scnililaljlf iKuis \Veim., X\", 7C5 (de lôa/i).
G. Ainsi, par exemple, dans un opuscule où le franciscain apostat .Ican Schwan ne fait ([uc rapporter les calomnies de Luther contre les ordres et en particulier l'alléj^ation que d'après les religieux la justilication s'obtiendrait par les vœux, les frocs, les tonsures, la corde ou la ceinture, Ciemcn trouve « une intcl-
MENSONGES DE LUTHEU 27 I
état, n'avaient que l'habil, la tonsure et la corde, qui se contentaient de ces dehors, et par-dessous cachaient un cœur mondain et coupable, qui songe à le nier ? Souvent déjà, j'eu ai fait la remarque. Autrement, il faudrait nier tout le luthéranisme, car à son origine. il s'est précisément recruté parmi ces religieux corrompus. Et de ses premiers apôtres. Luther lui-même n'avait-il pas dit que c'était par amour de leur ventre et de la liberté de la chair qu'ils étaient entrés dans les monastères, et que s'ils en étaient sortis ce n'était pas pour un autre motifs ? Des hommes de cette espèce, qui n'avaient de religieux que le nom. il y en avait dans tous les ordres ; et ils ont été un appoint pour le luthéranisme. Ils formaient cette tourbe dont le franciscain Alfeld écrit que Dieu en a délivré les ordres-. Le 8 juin lôaa, le dernier chapitre des ermites qui eut lieu en Allemagne reconnaissait publiquement qu'ils « envahissaient le pays comme des animaux sans raison ou des plantes sauvages ; serviteurs de leur ventre, indisciplinés et paresseux, se recherchant eux-mêmes au lieu de Dieu ; disciples de la chair et non de l'esprit^ i>.
Si quelqu'un eût dû être circonspect avant de lancer de telles accusations, c'était bien Luther, dont les coups frappaient si durement ses compagnons et
ligonce rctnarquable des pensées fonilamentalcs de la Réforme » ; et naturellement, il les approuve. ((). Clcmen, BtiUrwje zur Reformationsiji'schiclUe, I, 1900, p. .")5).