‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 228 sur 290 · I. Aoir ci-dessus, l'introduction, p. 3n · texte numérisé non relu

I. Aoir ci-dessus, l'introduction, p. 3n

■A. Ibid., p. 17.

3. Dans W. Ueindeli,. DoUlor We:iccshius Linck ans Colditz, Marbourg, 1892, I, 281, 7°.

adeptes, tandis qu'ils n'atteignaient en aucune façon les religieux honnêtes, quoique ce fût à eux qu'il en voulait. C'est pourquoi, lorsque l'ex-prieur des Augustins, Jean La?jg, qui avait déjà eu deux femmes avant que Luther prît sa Catau, se mit à prêcher que selon la doctrine catholique la tonsure et le froc justifiaient, son ancien confrère Usingex lui répondit : (( Qui peut s'empêcher de rire en entendant dire que le froc et la tonsure font le moine ? ^ » Il axait parfaitement raison, et il savait bien, avec S. Jérôme- et t(Mis les docteurs de l'Eglise, que l'habit n'est qu'un sif/ne des dispositions intérieures 3.

1. iJans le Serino « ijuein fecit in nupciis Culsanwri sacerdotis fin l'y2.j, L.vNc; disait notamment : « Si legis opéra, per Deiim mandata, non juslificant, quid cucullus et rasura pra-stabit ? » L"si>GE>" répond : (( Qiiis sibi a risu temperare poterit, quando audit, cucuilum et rasuram facere monachum ? » Barttiolomaciis de UsiNGEX, De falsis prophetis... Contra fuctionein Liillierrinant. Erpliurdie, 1025, fol. H. iij.

2. Ep. 120 (ad fiusticuni), n. 7 : « Sordid;o vestes candida- mentis indiciel sint ; vilis tunica contemptum sipculi probet. »

3. Le changement de vêtements et le nouvel liabit ne sont qu'un si<jne, un symbole de ce qui a lieu ou doit avoir lieu dans l'âme de celui qui entre au couvent, ou plutôt de celui qui t'ait profession : voilà ce que dans tous les ordres l'on déclare au moment de la vèture ou de la profession ; chez les ermites, au moment de la profession. Quitter son ancien lialùt signifie se dépouiller du \ieil homme; se revêtir du nouveau veut dire que l'on revêt l'iiomme nouveau, qui est formé selon Dieu. Au chapitre :8 des constitutions des ermites de S' Augustin, dans la prière qui se récite à la bénédiction de l'habit religieux, on dit ([ue les Pères l'ont port.é comme a indicium innoccntiie et liumilitatis. » Ensuite « prior c\uat novitium habitum novitialem, dicendo hune versum : Exital te Dominus veterem liominem ciini actibus suis. Amen. Consequcnter induat eum veste professorum dicens : Induat te Dominus novum hominem, qui secundum Deuni creatus est in jnsticin et snnrlitale verilalis. Amen. » D'une manière plus

MENSONGES DE LUTHER 'i-'d

Mais Luther va plus loin encore ; il en arrive à dire : « Consulte les livres des théologiens récents, et tu verras que pour eux, servir Dieu n'est rien autre chose que de s'enfuir au désert ou dans la solitude, abandonner la Aie publique et la vie de famille et se cacher dans un couvent ' ». Pour le service de Dieu, les moines et les autres docteurs du pape ne savaient pas ce que

ou moins expressive, cet usage existait dans tous les ordres. S. Thomvs d'Aqlin (2" 2", qu. 187, a. (i, ad 3) appelle l'iiablt religieuv siijnnin profcs-iionis, signe de la profession. De même, pour son contemporain Bernard 1, abbé du Mont-Cassin. l'iiabit et la tonsure ne sont que des signes et des ombres de la vie religieuse et non cette vie elle-même. (Spéculum inonarliorum, éd. Walter, p. 58;. Que s'il se trouvait des religieux assez bornés et assez vicieux pour croire « cucuUatiin se non passe daninari » (voir A. Dressel, Vier Dokuniente ans Roniischen Archiven, Leipzig. i8/|.^, p. 74 : Censure du dominicain Kleindienst, à Dillingen), c'étaient eux seuls qui en étaient responsables, et leur Ordre les en reprenait rigoureusement. Cette prétention n'était pas plus imputable à l'Eglise et aux ordres que la proposition de l'exalté Bartliéleniy de Pise dans son Liber conforniitatum : (( Nullus frater in babitn fraliiiir. minoriun est damnatus. )> Déjà Gaspard Schatzgeyer répondait au dissolu François Lambert que les franciscains tenaient ce livre pour apocryphe, et il concluait : « Tu ergo toluni Ordinem o'o nonnullorum sive indiscretioneni. sive insipientiani pra'cipitabis in ruinam? Si hoc licet, quis in ecclesia status eril a calumnia immunis? » {De vita christiana, tr. 3'% 10' impostura). Dans la suite, il aurait pu beaucoup mieux encore en appeler à Luther lui-même, qui en i52;!i, disait contre les Orlamondois : Si en raison des aijus l'on devait supprimer ce qui en est l'occasion, « alors à cause des abus, tu devrais tuer les femmes et jeter le vin. » Weim. XV, 3/|5. Voir ci-dessus, p. 121. Les protestants feraient bien de se rappeler cette parole de leur Réformateur.

I. Enarr. in Ps. II, dans 0pp. exeg. lat. XVIII, p. 98 : u Consula recentium theologorum libros, et videbis servire Deo eis niliil esse aliud quani fugere in eremum, deserere politica aul œconomica officia, cl sese abdere in ntonnslerium. »

a 74 LES AITSTIQUES ALLEMANDS ET LUTHER

c'était; aulremcnt, ils n'auraient pas com/»^//î(/t' d'entrer dans un monastère et de renoncer à la vie publique et à la vie de famille '. Selon la doctrine du pape, pour être justifié il est absolument nécessaire de se faire religieux 2. Est-ce exact } Jusque-là, personne, pas même Luther, n'avait osé faire ce reproche aux grands théologiens. Son affirmation est-elle du moins confirmée pas la conduite de ceux qui ont eu sur le peuple une influence immédiate et qui étaient en même temps de bons religieux et de bons prêtres ? C'est ce que nous allons examiner.

Que dit ici Taller? « \e te règle pas sur celui-ci ou celui-là : ce serait un véritable aveuglement. Aillant les hommes diffèrent entre eux, autant sont diverses les voies (jui conduisent à Dieu : ce qui pour l'un serait la vie, pour un autre serait la mort, et souvent la grâce est départie à chacun suivant sa complexion et sa nature... Avant tout, cherche quelle est ta vocation et va où Dieu t'a appelé-' », Même du dépouillement de toutes choses, de la pauvreté volontaire, Tauler dit : u L'homme doit s'y porter dans la mesure où ily trouve

1. Enarr. in Ps. II, p. 100. Voir, à ce sujet, ci-après, ch. \, 5 I.

2. ((Si tu veux échapper à l'enfer, au pL-ché, à la colère de Dieu, à la loi et à tout cela, n'agis pas selon renseignement du jiape qu'il faut se faire religieux et être pieuv: » (c'est à-dire obtenir la justilicalioii par les (euvres). Erl. .'18, /|.

3. Ed. de Francfort, II, 281, d'après le ms. de Strasbourg. — Au sujet de ce passage IvJhler écrit : u Même la haute estime de la connaissance de la Aocation de Dieu, que l'on trouve ici et qui a une teinte bien spécifiquement ('.) luthérienne,' cette estime n'est pas étrangère à Tauler. » (IvJhler, Luther iind die Kirchenijeschichte (Erlangen, Kjon), I, 2G7). Tout ce que Lutlier a tiré de l'Eglise, les prolestants nous le représentent comme spéciliquement luthérien.

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