‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 232 sur 290 · SUSO ET L IDEAL DE LA YIE · texte numérisé non relu

SUSO ET L IDEAL DE LA YIE

Henri Snso est complètement du même avis. « A mon sens, pour une âme qui cherche Dieu, il n'y a rien de si désirable à savoir que la très chère volonté de Dieu sur elle ». <( Dieu meut sans être mu : il est l'amour vers qui l'amour s'empresse; il donne aux cœurs leur ardeur et aux désirs leur rapidité; et il se tient comme un but immobile, vers lequel tous les êtres tendent et soupirent. Mais [pour l'atteindre] leur allure et leurs voies ne sont pas les mêmes ^ », etc. Suso, lui non plus, ne se contente pas de l'extérieur sans l'intérieur. Il reconnaît, il est vrai, que la condition de ceux qui vivent dans le monde est difficile, à cause des soucis qui les assiègent ; « car il est difficile de ne pas s'enfariner au moulin et de ne pas se brûler au milieu du feu » ; toutefois, il crie aux religieux : « Sachez-le bien : j'ai rencontré [dans le monde] des gens qui.au milieu de toutes leurs préoccupations, vivaient dans un degré de pureté et de perfection à faire rougir des hommes adonnés à la vie spirituelle-»; c'est-à-dire ces religieux qui sous l'habit de leur ordre cachent des cœurs pleins des pensées du siècle. Ils sont le plus grand nombre, bien que ceux qui resplendissent comme de brillantes étoiles dans les ténèbres « se trouvent en grand nombre aussi dans Ions les élats, dans tous les ordres, à tout âge et dans les deux sexes -^ ». Et cette maxime d'Henri Suso s'ap-

I. Liber i-pistolariiin dans le Cod. Theol., 67, de la bibliothèque nationale de Stullgard, fol. 53-54. Voir aussi Die SchriJ'teii des sel. Heisrich Selse, herausgeijeben von H. Denijle, 1, 6i5-GiG. — Malgré SCS (|ualités, nous n'avons pas suivi ici la traduction Tliiriot (i8t)(), t. Il, p. 3iO-3i7). (N. d. T.)

■2. D'après le Cod. Vindobon. 2739. Voir aussi l'édition de Diepenbrock, p. l\i\.

3. Horoliiijiiim Sajiicittia', éd. ,1. .Str.\>ge (Goloniae, 1861), p. '18.

plique à tous : « Conforme-toi à la volonté divine en toutes choses, clans la richesse et dans la misère, dans le bien-être et dans l'indigence, dans la consolation ot dans la désolation. Mais fais que l'exemplaire bienaimé (Jésus-Christ) te soit toujours présent au fond de ton cœur et de ton ârae^. »

Pour RuusBROEK comme pour tous les autres docteurs chrétiens, la vie et la règle du Christ est le fondement de tous les ordres, de la Aie de tous les saints, de toutes les pratiques de la sainte Eglise, dans les sacrifices, dans les sacrements et dans tous les genres de vie convenables. La foi chrétienne, dit-il plus loin, est fondée sur le Christ et sur sa vie, et sa vie est sa règle, et sans sa règle personne ne peut persévérer 2. Cette règle prescrit à tous d'observer les commandements de Dieu avec l'obéissance voulue, et de faire en toutes choses sa très aimable volonté. Aimer Dieu cl l'avoir en vue, le bénir, le remercier et le louer, l'honorer, te prier et l'adorer en esprit et en vcrilc, voilà ta règle de tous les lio?nmes^ ».

^ oilà aussi ce que, peu après, dans sa règle pour les laïques, TheodoricE.NGELuus donne comme la première des vertus : d Aime, loue, sers, et remercie Celui qui t'a créé pour sa gloire et qui t'a donné ton âme et ton corps », etc. *. C'est le fondement que, cent ans plus tard, i^resque dans les mêmes termes, S. Ignace met

1. Cod. cilû, et DiEPEMUiocK, p. /|io. — ^". aussi Tliiriot, II, 3(15.

2. Werkeii van J\y \\y Rllsrroek, t. V (Gent, i8G3), Dat bocc van den twaelf bcghinen, c. (jcj, p. 2o5.

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