‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 236 sur 290 · I. 2' 2", qu. i84, a · texte numérisé non relu

I. 2' 2", qu. i84, a

a. De Simoitia ad begullus, tlans R. L\Nc;ENnEnG. Oui'lU'ii iind Forscluvigeii :ur Geschiclilc der dcutgcheii Mystili, i). 27-^8, 01-02 i voir aussi p. 4ç)-5i.

.S. HuralfKjiuin Saitifiili.T.

ti82 DES AIYSTIQUES AI.I.EM.V>'DS V LLTHEK

religieux que rapparciice, mais dont le cœur est très loin de Dieu.

A quelque auteur de ce temps que l'on se reporte, l'on trouve toujours la même doctrine. Groote a i-abaissé plutôt qu'exalté la conception de l'état religieux ; il est donc inutile de s'étendre plus longuement à son sujet.

Le chartreux Henri de Coesfeld, contemporain de <ïroote, ne donne que la doctrine de ses prédécesseurs. « La racine, la forme, le couronnement et le lien de la perfection, c'est l'amour. ... A la perfection de l'amour appartiennent essentiellement les préceptes de l'amour; les trois conseils de pauvreté, de chasteté et d'obéissance ne sont que des //î,s7/*«/?îc/?/.s pour atteindre cette perfection ; » de là les degrés qui existent dans la perfection de l'amour '. L'idéal de la vie demeure le même pour tous.

Oui Lutherpeut-il donc avoiren vuequand il alTirme qu'au dire « des moines -) quiconque « prend le froc devient par là môme aussi pur et aussi innocent que s'il venait de recevoir le baptême 2 »? Ses autorités ne

1. \'nir ce passage et (fan 1res en latin dans Lvndmann. Das Prc-

di(jtive.<rii in West/filcn in dcr lcl:h'n Zeil des Mittelallers (if)oo),

2. Erl. /|o, iiiô. Dans les Proijos de Table, (édition Furstcmann, II, 187, n. 53), il y a un passage qui est du pur Luther : a Comment on doit devenir pieux, (c'est-k-dire obtenir la justification): Ln déchaussé dit : Prends un froc gris, porte une Cijrde et une tonsure. Un prêcheur dit : Prends un manteau noir. Ln papiste : Fais cette œuvre-ci ou celle-là, entends la messe, prie, jeûne, lais desanmùnes ; et ainsi chacun prune ce ([ui lui semide bon pour être sauve. Mais un clirétien dit : Ce n"est que par la loi au Christ que tu deviendras pieux, juste et ])ienheurcu\ ; par pure grâce, sans toutes tes u-uvres et mérites. Et mainlejiant compare bien tout cela pour voir où est la vraie justice ».

IIENKI DE COESFELD 'aS'S

peuvent être que les moines les plus dépravés, ou les plus simples d'esprit, des difformilés que, dans sa haine contre l'Eglise, il avait l'audace de représenter comme le type vrai et unique du religieux. Mais dans leurs propres monastères et leurs propres ordres' on s'élevait aussitôt contre ces ditlormités qui étaient leur croix et leur ruine, comme on le vit au commencement du mouvement luthérien.

Et maintenant, si tous les fondateurs d'ordres, ainsi que ceux qui ont enseigné dans l'Eglise, ont regardé les dispositions intérieures comme la partie essentielle lors de l'entrée dans la vie religieuse, de la prise d'hahit et de la profession, dispositions sans lesquelles l'hahit à lui seul ne saurait, pendant le cours de la vie, sanctifier personne au monde, faut-il croire que dans leur pensée, pour les moribonds et pour les morts, le même habit devait pourtant avoir cette vertu - ?

1. Pour moi, l'un des exemples les plus intéressants a toujours été ici le franciscain Alv-vri s Pela.(;ils (De planctu ccclesia' ; cod. Val. lai. fi-i8o, pars a', c. 1G7, loi. 322, 325''-32G ; dans l'éd. Venetiis lôGo, lib. 2, c. 78, fol. 2i4''-2i5) ; il y prend vigoureusement à partie les religieux hypocrites, surtout les mendiants et, nommément, les franciscains. ,Ie reviendrai sur tout cela dans l'introduction aux origines du luthéranisme, au commencement du second volume.

2. Ici. l'on retrouve chez Luther ses procédés habituels. 11 reproche aux moines d'avoir souvent revêtu les g'ens de l'habit monastique sur leur lit de mort, pour les ensevelir avec. Cf. par ex. Erl. .'lO, iG5 , mais il supprime la condition préliminaire : ces personnes devaient se tourner vers Dieu avec des sentiments de repentir. Si des abus se présentaient, et il s'en présentait en efîet, Lutiier devait simplement se souvenir de ses propres réllexions sur les abus, et se taire. Du reste ces abus étaient d'un genre assez l^rosaïque et ils n'avaient rien à voir avec la foi. Ainsi, nous trouvrons çà et là des moines mendiants qui ne voyaient pas d'un

Mais avançons d'un pas et, parmi les docteurs de cette époque, étudions ceux qui n'étaient rien moins que 1res favorables aux religieux, du moins aux ordres mendiants.

Pierre d'Viixi est loin d'avoir manifesté pour eux une sympathie excessive, et. pour l'entrée dans les ordres, il était d'une extrême sévérité ; toutefois, dans ses idées sur l'idéal de la vie et les rapports de la vie monastique avec cet idéal, il n'a pas un mot qui difTère de la doctrine de S. Thomas. Pour lui aussi, la perfection de la religion chrétienne réside essentiellement dans le précepte de l'amour de Dieu et du prochain ; au contraire, ce qui appartient en propre à la vie monastique n'est qu'un moyen pour parvenir à cet amour. Du reste, ici encore, tout dépend du sentiment intérieur ; car, dans beaucoup d'ordres, on oublie Vesse/itieL pour ne songer qu'à l'observance des constitutions ; ou l'on ne donne pas à l'essentiel toute l'attention qu'il faudrait. 11 arrive souvent que dans un état moins parfait, l'on acquiert une plus grande perfection, et inversement : des religieux, par exemple, pourront être plus parfaits que beaucoup de prélats et d'ermites '. Ces ol)servations elles-mêmes nous

iiiavivais ii'il le désir des mourants de se l'aire enterrer avec riialjit de leur ordre et qui y poussaient même, parce qu'alors ces morts étaient enterrés dans le cimetière de l'Ordre, ce qui n'était pas sans utilité pour le couvent. Mais l'idée que l'habit sauvait n'y était pour rien. Les gens simples et niais ne sauraient ici faire la règle ; et pourtant c'était à eux seuls que Luther pouvait en appeler.

I . De ingressu reVujionis, du Cod. Bnixell. 2 1 . i oG. dans Tscuackert, Peter von .4/7// (1877), p. [Sa] : « Attendalur libertas relijrionis siib abbalf Clirislo, et qui[a] in en st;it salus, sine transferendo se ad

PtEURE d'aILLI, JEAN GERSON -îSÔ

montrent que Pierre u'Ailli maintient la distinction des degrés de perfection.

Gerson s'occupe beaucoup plus longuement de la question ; dès l'abord, il s'accorde avec Pierre d'Ailli, son maître, et avec S. Thomas, sur ce principe fondamental que c( la perfection de la vie humaine réside dans la charité : nul chrétien ne peut le nier' ». (( C'est la charité et les préceptes de la charité qui constituent et qui parfont la vie chrétienne- ». L'amour

jngtim coiislilutioiium additonim, propter qiias in niultis religionibus fil irrilum mnndntum Dci de dilectinne Dei et proxiini, in quo stat essentialiler reliiiionis chrisiianœ peifeclio, in aliis sohini instranientaliter; aut saltem hoc mandalum non ita qiiiotc ab aliquibus et cxcellenter iinplotnr x^ropler cxcrcilLuni corporalis sorvilii et similium. Stat cnim fréquenter, quod aliquis de imperfection statu fit perfectior et e contra, sicnt cpiidam rcligiosi perl'ectiores sunt miiltis in statu pra^latune existentibiis aut multis solitariis. » L'éditeur de cet ouvrage nous montre combien, dans le protestantisme, l'on a peu l'intelligence de ces questions : au mot instrnnientaliter il met un point d'interrogation !

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