De rcligionis perfeclione, consider. 5". 0pp. Il, G8/i
2. Dans lin sormon de Nider sur les dix commandcmonts. Voir H. ScHiEi.En, Mag. Johanncs Xidcr. p. ^07.
• 3. « Ver;n religiones ».
ti. Voir SCS propositions dans opp. Gerson, I, /173. Sur ce point,, et sur ce qui amena l'écrit de Graljow, voir Schwab, jj. 768 ; S\LEMniEn. Petrtis de Alliaco (iSSli), p. ii3.
On s'explique comment Gerson, juslcmenl indigné, se montra sévère, au point qu'un lecteur distrait pourrait croire qu'il rétractait quelque peu ses premières idées sur la vie religieuse. Mais il avait à lutter contre les vues erronées de Grabow, à établir qu'un moine, par cela seul qu'il est moine, n'est pas encore parfait, mais qu'il fait seulement profession de tendre vers la perfection; à démontrer que sans les vœux il est possible d'atteindre la perfection, que la religion proprement dite est la religion chrétienne, à laquelle les religieux ne sont pas seuls à appartenir. Dès lors, l'oji s'explique fort bien les expressions mordantes de Gerson. Pour éviter les abus et les malentendus', il voudrait voir mise de côté l'expression cVétal de perfection pour désigner l'état religieux. Toutefois, même en attaquant celte expression, Gerson est un témoin du sens que lui avaient attribué ceux qui. jusque-là, l'avaient enqoloyée : par là, ils n'avaient pas prétendu q\ie les relif/ieiix eussent déjà alleint la perfection, meus bien (/u'ils cherchaient à l'ailcindre. Or, c'est précisément ce que nous avons entendu dire à S. Thomas et aux autres maîtres avant Gerson : tous, ils présentaient les conseils, et, avec les conseils, l'état de perfection, comme des voies, des instruments pour atteindre la perfection, mais non comme la perfection elle-même-. Gerson ne fait que reproduire celle ancienne doctrine quand, pour désignerl'état religictix,
1. Malentendus iiui existent encore aujourd'hui cbcz les théologiens protestants.
2. Voir àce sujet Sl\kkz, iJe statu perfcciionis, lib. i, c. l'i, n. i», spécialement contre (Icrson.
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il propose de l'appeler : une voie, un instrument, une institution pour arriver à la perfection 1. Malgré son indignation, il fut contraint de confirmer la tradition établie. Rien d'étonnant, dès lors, que son ouvrage postérieur De la Pcrfeclioii de la Religion se meuve dans le cercle de ces idées qu'il avait précédemment exprimées -.
1. « Religiones luijusmodi facticifr satis improprie et abusive et forsan arroganter ilictin sunt status perfectionis : patet, quia stat, homines imperfectissimos taies Ileligiones profiter], sicut notât Augustinus, quoil nonpejores reperit, quam eos qui in hujusmodi roligioniiius defecerunt. Sed aliunde declaratur turc aljusio val usurpatio nominis; quia sccundum illos, qui noviter post sanctos Doctores usi sunt tali vocabulo status perfectionis, ille status non dicit apud religiosos perfectionem lialjilam vel acquisitam, sicut est de statu pra^latonim ; sod tantummodo dicit perfectionem acquirendani : constat autem, quod pcrfectio acquircnda non est jam acquisita. Et ideo melius nominaretur vi;o quaedam vel instrumenta seii dispositiones ad i)erfcctionem acquirendam, quam dlceretur status perfectionis ; immo et, sicut tiujusmodi status sic dictus dirigit et jtivat quosdam ad perfectiorem observationem verae religionis Christian», sicctmultos impedit atque pra'cipitat quos tutius fuerat in sa^ciilo remansisse, quia displicet Deo stulta et injldelis promissio (Eccle., 5, 3). qu:c scilicet vel indiscrète sumitur, vel non observatur. » {0pp. I, iG8). D'où l'on voit ce qu'il faut Ijenserdece passage de l'article xxviidela confession d'Augsbourg. « Et ante hœc tempora reprehendit Gerson errorem nwnachorum de perfectione, et testatur, suis temporibus novam voceni fuisse, quod vita monastica sitstatusperfectionis. » (Die unvercindcrle Awjshur- (jische Konfession, Kritische Ausyabe von P. Tschackert, Leipzig, igoi, p. i83). Les paroles rapportées ci-dessus n'ont pas besoin de commentaire : (( Noviter post sanctos doctores )> n'est pourtant pas synonyme de : «Suis temporibus novam vocem fuisse. » Ces mots révèlent en même temps chez les rédacteurs une étrange ignorance de l'histoire. Sur cette confession, voir ci-après, ch. \.
2. Op[). II, 682 et suiv. Dans la Consid. 3\ p. 683, non seulement Gerson ne conteste jias le terme reliijio pour désigner l'état religieux, mais il en donne même une excellente explication : « Sicut eccclesia significat principaliter universalem congregationcm
Denis le Chartreux, si réservé, se place absolument au point de vue de S. Thomas 2. H en est de même du pieux évèque de Florence, S. Antomn 3. Mais venons-en aussilùl à la période qui précède immédialement Luther.
Chez les religieux qui, dans les couvents dégénérés, cherchèrent à faire revivre l'antique discipline monastique, l'on pourrait, plus que partout ailleurs, s'attendre à rencontrer des exagérations. On comprend aisément qu'en regard du chrétien ordinaire ils aient été portés à attribuer une trop grande valeur à l'élément monastique, qui avait été négligé et avait fait place à l'élément mondain. De fait, ce fut assez souvent ce qui arriva. Précisément à l'époque de Pierre d'Ailli et de Gerson, eu un mot quand on entreprit de réformer les divers ordres et de les ramener à leur rigueur primitive, il y eut dans les couvents des observants qui, préoccupés tout entiers de l'accom-
fidelinm et inde dicitiir catholica... sic in proposito de rcligionc ctiam est proptcr majorem circa consilia relipationcm. » De même qu'en regard de la « Bcligio christiana » Ini et d'autres appelèrent les ordres « religiones faclitiœ », ainsi le concile de Constance les appela « religiones privatœ ». Les ordres sont appelés religiones, non par synonymie, mais par analogie. Les prolestants de la conlession d'Aiigsbourg traduisent avec malveillance : « Ordres prétendus de vie spirituelle. »
■2. Cela va de soi pour sa Summa fidei orlhodoxœ, qui est un abrégé de la Somme de S' Thomas, mais ailleurs aussi, Denis montre ce souci de suivre S' Tliomas, par ex. dans le Comment, in Ps. 1 18, n. (jG.
3. Siimmœ pars I\ , til. 2. c. 2 : De consiliis. Un de ses contemporains et du même ordre que lui, Jean IIerolt, expose lui aussi sur l'amour et les exercices extérieurs des principes qui ne sont pas différents. Voir PAiLLsdans la Zeitschrifl fiir Katholische Théologie. XW'I (1 9-12). p. .'128, ^3o.
DENIS LE CHARTREUX, S. AXTOMN, JEAN HEUOLT :2f)ï
plissement ponctuel des statuts de leurs Ordres, négligèrent souvent plus ou moins l'essentiel, et surtout la charité envers le prochain. Les gens peu sensés, les difTormités morales ne manqueront jamais, notamment dans la pratitpic de la vie. Mais en revanche, les maîtres de la vie spirituelle et les docteurs, les réformateurs d'ordres aussi bien que les anciens IVmdateurs, tous insistaient constamment et avec une égale vigueur sur l'observance de la partie essentielle. C'est ce que dans leurs bulles aux observants firent aussi les papes du xv" et du wr siècle ; et ce fut aussi le but des efforts des réformateurs d'ordres à cette époque, dont nous allons maintenant nous occuper ^.
Pierre du Mas, nommé par le pape Sixte IV abbé de Chezal-Benoît (i8 août 1479). entreprit de réformer son monastère, et à partir de i/|88 il s'occupa de la rédaction des statuts. Dans l'introduction, il déplore que dans le cours des temps, le nombre s'en soit trop accru : il ne veut pas tomber dans le même défaut, mais, dit-il, (( nods lier à la doctrine de l'amour du Christ par la voie de l'humilité, afin que par le sentier de l'Evangile, nous méritions d'arriver au royaume des cieux, comme on nous l'enseigne dans la préface de la règle 2. Dans la règle, notre saint Père fondateur nous enseigne en détail et avec une grande sagesse ce chemin royal de l'humilité et de la charité^ ». Sa réforme,
1. J'ai recueilli sur ce point des matérinvix importants qui se trouveut utilisés en partie dans l'iutrotluction à l'origine du luthéranisme.