‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 240 sur 290 · Ibid., c · texte numérisé non relu

Ibid., c

2. Ibib., c. ii : c( Cunobitica conditio extirpandorum ^icioriim possidcndaeque charitatis (qiiam c;pterarum virtiitum nniversa seciwilur soboles), i. e. sUidios;r perfectionis paulatim atlinpendip status est... Ad meliora donec vivitur pro virili portione conari, in suo (luemque génère perlici est. »

i. Ibid., c. 22 : « Hrec petendi ca-nobii tola ratio est, nt ope frcli divina quotidie pœnileiido profjue virili nostra (parte) proficiendo ad (pianlum lieri potest perlectionis gradum fœliciter eveliamiir... Omni ctiristiano, maxime tamen monacliis, de congerendis virtutiljus assidua est sedulitate cogitandum. »

i. Ibid., c. 23.

5. Ibid., c. 53 et ses deux ouvrages De animi tranquillitale (Parisiis, lâis), Confabulalioncs inonasticœ. {ParWû^, ijiG).

JEAN RAULIN ^QO

à triompher de uoMs-mêmes et du monde K L'auteur, il est vrai, s'exprime toujours à la manière des humanistes, mais le fond, c'est la doctrine de S. Thomas. Il est bien loin de parler d'idéals de vie différents pour le chrétien ordinaire et pour le religieux. Ce qu'il recommande aux nombreux religieux dégénérés, c'est précisément ce qui est commun à tous les chrétiens, ce à quoi tout chrétien est obligé de tendre, encore que le religieux y ait une obligation plus marquée.

Un autre humaniste français qui n'appartenait pas à cette congrégation, mais quitta l'Unix ersi té de Paris pour entrer dans l'abbaye réformée de Cluny, Jean R.vuLiN, ne s'éloigne pas de ses confrères d'un iota, si bien que l'on est contraint de répétei' toujours les mêmes choses. Ce que plus haut les Allemands nous ont dit, ce Français nous le dit à son tour, à savoir que l'habit ne fait rien par Ini-mème, qu'il est simplement le signe de ce qui doit le précéder à l'intérieur. Si l'intérieur manque, le religieux n'est qu'un hypocrite : l'habit indique qu'il porte la croix du Christ, qu'il est un ami de la croix du Christ, tandis que le mauvais religieux ne l'est pas ; l'habit le convainc de mensonge-.

1. \'oir d(?s dcvcloppeincnts à ce sujet dans les chapitres vi-viii du i)remier livre du Sperulam discipUivi' monastiav.

2. [ici. l'iri frat. Johniiis R\ilin art. ctlheol. profcssoris scicnlissimi epistolaram... opus exiniiuin. Venundatur Lutccia- Paris. (Parisiis, Jean Petit, 1021); fol. 5.') : lettre aux frères de S. Alban à T3àlc ; au fol. .17, il écrit notamment : a Xiliil enim vilius religioso honiini qiiam ventris inixliivies, qui professione et habita mentitur abstinentiam tanquam ypocrita exteriiis mentitus sobrietatem, interius autem picnus omni fotore et spiircitia, nt sepulclirum patens et fctens, sicut guttureorum. Habita ([uidem ferre Christi cnicem mendaciter ostendunt se amicos crucis

396 DES MISTIQUES ALLEMA>DS A LUTHER

En changeant d'habit et d'état, il faut aussi changer d'intérieure

Raulin écrit aux moines de S. Alban, de Bâle : « Que Dieu vous possède entièrement, corps et àme, lui qui a tout créé et qui a tout racheté... Considérez le rocher d'où vous avez été taillés ; et ce rocher était le Christ à qui vous avez été étroitement unis par la foi, par le baptême, par l'amour... ; attendant la bienheureuse espérance et l'apparition glorieuse de notre grand Dieu. Aimez-le donc de tout votre cœur, lui qui vous a aimés le premier ; aimez-le en accomplissant ce que Aous lui avez promis ; devenez dignes de ses promesses et vous obtiendrez ici-bas une récompense au centuple, et dans l'autre vie la gloire éternelle. Cioyezmoi, mes frères, si vous l'aimez de tout cœur en vivant selon les règles légitimes de nos anciens et bienheureux pères, tout vous réussira heureusement », etc. -.

Chrisli simulant, se crucem portare post Jesum fallaces jpocriUf confinfrunt. » \"oir, en outre, ci-dessus, p. aOy et suiv., 278.

1 . Ibid., fol. Qi"" au maître Jean ^'a^anlbon : (( .Si mula\i veslem, mutavi stalum, miitavi animum. »

2. Ibid., fol. 58 : (( Ipse omnia interiora et exteriora vesira possideat, qui omnia fecit, omnia redemit, et cnm placuerit omnia morte consummabit. Atlendite petram unde e\cisi estis, petra autem erat Christns, cui per fidem, per baptisnium, per amorem firmiter juncti estis, et per longanimitatem, patientiam in tribulationibus, angustiis, et lalxjribus ad tempus excisi videmini, expectantes beatam spem et adventum glori.p magni Dei. Itaqne illum amate ex toto corde, qui prior dilexit vos, considérantes, qu.e sibi promisistis, ea adimplendo, si forte et ab eo vobis pollicita quandoque digni eritis snscipere, hic in presenti centuplum, et in fiitiirum gloriam sempiternam. Crédite milii, frafrcs, si eum ex toto corde dilexeritis juxta antiquorum beatissimonini patrtim légitima institula vivcntes, omnia vobis prospère succèdent, et cum moribus optimis mcenia domorum vestraruin alla », etc.

MAHC OE WEID.V, GEILEK DE K VISERSBERG 297

Les lettres de Raulin sont adressées quelques-unes à des prêtres, et la plupart à des religieux : il n'y en a pas une pour des laïques. Celui qui parle aux laïques, au peuple, est amené à toucher à d'autres points, qui entrent aussi dans l'objet du présent chapitre. C'est ce qu'eut l'occasion de faire iin contemporain de Raulin, le dominicain et prédicateur Marc de Weida, de Leipzig. Pendant l'Avent de i5oi, en conformité avec tous les docteurs catholiques, il exposa que travailler de ses mains et gagner son pain à la sueur de son front, « pour ser\"ir Dieu plus efficacement et nourrir sa femme et ses enfants », est une prière continuelle. — « L'homme doit s'attacher constamment à ce que réclament son état et sa condition, à ce qui est bon et juste. S'il le fait, il prie toujours. On rencontre de pauvres paysans, des laboureurs ou des artisans et d'autres encore, qui dans leur travail, dans tout ce qu'ils entreprennent ont en vue Dieu et sa gloire: avec leur travail quotidien ces hommes sont plus agréables au Dieu tout puissant et ils méritent plus à ses yeux que beaucoup de chartreux ou autres moines noirs, gris ou blancs, qui se tiennent tous les jours au chœur, chantant et priant* ». Dans le même sens, Tauler parlait un jour, dans un sermon, de ces religieux qui u avec leur être extérieur supportent les charges de leur ordre : chanteri lire au chœur et aller au réfectoire, et qui avec cela sont de bien tristes serviteurs de Notre-Seigneur» ; et il disaitd'une

I. Das \aWt Unscr, herausgeyeben von V. Hasak, Die leUtc Rose (i883), p. 8-9. Sur la vit; et les œuvres de Marc, voir N. Paills, Marcus von Weida, dans la Zeitschrift fur katholische Théologie, \\M' année (1902), p. 25i.

manière très expressive : « Pensez-vous, mes chers fils, que Dieu vous a faits seulement pour être ses oiseaux ? Bien loin de là ! Il serait aussi très heureux de trouver en vous ses fiancées et ses amis de prédilection ' ».

Pour le prêtre séculier et célèbre prédicateur Geiler DE Kaisersberg, la perfection de la charité est aussi le but où l'on doit tendre, dans le monde comme dans l'état religieux; mais celui-ci dispose de moyens propres à faire atteindre plus facilement cet idéal 2. Après S. Bernard, il compte neuf avantages de l'état religieux 3; et ceux-là en jouissent qui à l'extérieur joignent l'intérieur ; car sans « vie spirituelle dans le cœur », on n'a que le cordon sans le soulier* ».

Nous allons clore la série des témoignages antérieurs à Luther, par un contemporain de Geiler et de Marc de Weida, mais qui était leur aîné, par Gabriel Biel, professeur à Tubiugue, qui a exercé une si grande inlluence sur les théologiens de son époque, et sur Luther lui-même dans sa première phase. Quoique nominaliste comme Pierre d'Ailli, c'est à la manière de ses prédécesseurs qu'il expose le rapport de l'état religieux à l'état conjugal et celui de l'un et de l'autre au but qui leur est commun. Certainement, dit-il, l'état conjugal est bon, mais la perfection virginale est

I. EJ. de Francfort, III, iii, corriij:éo d'après le ms. de Strasbourg:.

■2. Der Ifuse iin Pfejj'cr, Strasbourg', Kiioblocli, iôi(5, fol. b iiij.

3. Jbid,, fol. c. iij. Ses Serinones novein de fnictibus et uUlitatihus vite inoitastice (Xrgcnlimc, iji8) sont consacrés tout entiers à ce sujet. 11 en sera question encore au cours de cet ouvrage.

'1. Ihid., fol. d. iij.

Page 1