‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 241 sur 290 · GABRIEL CIEL, BARTHELEMY D USINGEN 2()C · texte numérisé non relu

GABRIEL CIEL, BARTHELEMY D USINGEN 2()C

beaucoup plus élevée. « ?\éaninoins, on peut cire plus parfait dans le mariage que beaucoup ne le sont dansVétal de perjcclion ». Après avoir fait des citations eu ce sens, il conclut : a Ce n'est pas l'état qui rend la personne parfaite, mais c'est la charité avec laquelle cette personne est unie à Dieu selon son état. L'état religieux n'est pas la perfection, mais une voie qui nous offre de nombreux moyens pour arriver à la perfection n. Il n'est donc pas permis de mépriser l'état religieux : ce serait mépriser les conseils évangéliques *.

Il n'y a pas à s'étonner que ceux qui les premiers se sont élevés contre Luther se soient bornés à rappeler la doctrine des anciens. L'échappatoire consistant à soutenir que ce sont les attaques de Luther qui ont amené ses adversaires à une doctrine plus circonspecte, n'est plus possible aujourd'hui. En 1024, celui à qui Luther

I. Serinoiie.'i doniinicalcs <k' lfinpore,llag\wnim, i.") 20, fol. 2i''(dom. 2 postocl. Epiphan.J : « Xiinc aiitem, quia bona est castilas conjugalis, molior continentia viduaiis, optima pcrrectio virginalis, ad prohanduin oinnem ele:-l;onem gradiuiin, ad discernendiun ([iioqiie nicritum singulornin es. intemeralo Marie virginis iilero nasci dignatus est ; a prophetico Anne vidiie ore niov natus bencdicitur ; a iiupliarum ceiebralionibus jam juvcnis invitatur, et eas SIR' presentie virtide lionorat. Hec Beda. ^'eruni iicet status conjugalis infcrior sit inter très prcdictos : polcst niliiloininui (iH<luis in inatrimonio pcrj'cctior esse muUis in stalu perl'cctioiiis. Sic de Abraham loquitur B. Augustinus et Hieronimus (et ailcgat Magister in I\', dist. \WIII), qui non i^refenint celibatuni .loannis conjugio Alirahe. Unde non stalus perficit pcrsonani, sed chariUts, qiia iiniUir s.'canduni stnlam. L'nde status non est perlectio, sed via cpiedani haijens nudla adjutoria ad perlectii)iieni », etc.

(X. d. T.) : Denille a traduit Via qiisedam par Sicherer Weg. Il est évident cpi'il y a là une inadvertance. Je traduis d'après le lalin

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avait tant vanté l'état religieux, son ancien maître Barthélémy d'Usingen répondait au franciscain apostat Gilles jVIechler : (( Qui donc peut s'empêcher de rire, en entendant dire que les religieux prétendent se sauver par leurs vœux, leur ordre, leur habit, leur nourriture, etc. En tout cela, il n'y a rien de plus qu'un secours et une aide pour conserver la grâce sanctifiante et progresser dans la vertu. Les vœux permettent à l'homme d'avoir plus de tranquillité et de facilité pour vivre dans la loi de Dieu et observer ses commandements 1 ». Donc, pour Usingen, comme pour tous les maîtres avant lui, l'essence de l'état religieux, les vœux, ne sont que des moyens pour arriver à la perfection. Ce n'est pas précisément pour servir Dieu, c'est, dit-il, « pour le servir avec /j/h.^ de tranquillité que je suis entré au couvent-, d L'idéal de la vie est le même pour tous; mais « l'état religieux a pour but de faire servir Dieu et accomplir ses commandements avec plus de tranquillité et de facilité 3. » Telles étaient les idées professées par Luther lui-même, quand il était augustin et qu'il poussait Usingen à entrer dans son ordre. Le très honnête Usingen ne craignit pas de les proclamer publiquement à la face de ses confrères apostats ; il savait qu'ils ne pouvaient le taxer de mensonge. Le provincial des franciscains, Gaspard Schatz-

1. D'après les passages latins que cite N. Paulus dans son ouvrage Der Augustiner Bartholomâiis von Usingen (i8()3), p. ly, note 2, et p. t8, n. i. Voir, ci-dessus, p. 272, n. 1.

2. « Rcligioneni nostrani intravi, ut in illa quietius Deo servirem. » Ibid., p. 17, n. 5.

3. « Monasticic vitie ol)servantia eo tondit, ut quietius et expeditius Deo serviatur in niandatis ejus. » (i325). Ibid., p. 18, n. i.

GASPARD SGHATZGEIER 3oi

GEYER ' agit de même à l'endroit de Luther et de ses confrères apostats. Aux allégations de Luther dans son livre sur les vœux inonastù/aes, que l'on prétendait se sauver par les ordres et tout ce qui s'y rattache, ainsi que par ses propres omvres ; que les religieux se mettaient à la place du Christ comme s'ils pouvaient se sauver eux-mêmes et les autres, Schatzgeyer répond : ((Dans quelle règle monastique as-tu vu cela? Parcours-les toutes et essaie d'en trouver une seule qui le dise. Les religieux répondent tout autrement. Notre état nous enseigne, et notre doctrine nous dit que nous devons honorer Dieu et le servir avec un cœur pur, une bonne conscience et une foi véritable ; nous garder avec soin de toute offense de Dieu ; accomplir avec zèle la volonté divine, aspirer à ressembler à Dieu, demander sans relâche le secours d'en haut; dompter la chair par la mortification, garder la pureté de l'esprit et du corps, fuir le monde et cependant servir le prochain. Regarde si tout cela va contre les commandements de Dieu, contre le Christ, contre l'Evangile, contre la liberté chrétienne, contre tout ce qui est bien 2. »

I. Sur lui et ses œuvres, voir >'. Pxlh:», Kcispar Schat:(jeyei\i8[)8) ; mais Paulus (p. 62 et suiv. : dijfense de la vie relij^ieuse contre Luther et les autres novateurs) ne s'occupe pas du point que je traite ici. .Je me sers surtout de la /{épliiiue et de VExainai do Schatzgeyer.

3. Replica coiUra pericnlosa scripta, elc. (s. 1. et a. ; mais de ijaa), fol. 2 ij : « Obsecro, ubi hec in aliqua nionastica Icgisti régula. Discute singula monastices instituta, si vcl unum ex his iuvenire queas ; aliter respondent monastici. Audi monaslicorum respousa : nostra inslituta docent, nostra doctrina est, Deum puro corde,

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Et d'aprrs Sclialzgevcr. lui aussi, comme d'après tous les docteurs avant lui, l'idéal de la vie proposé à tous consiste dans l'accomplissement du précepte de l'amour de Dieu et du prochain. Ce précepte embrasse « la perfection essentielle de la religion chrétienne, et il n'est pas d'acle de charité qu'il ne renferme ; donc il n'y en a pas (pii tombe sous le conseil ». C'est ce que S. Thomas nous a déjà enseigné : que, dans le précepte de l'amour de Dieu, il n'y a pas lieu de distinguer entre un plus et un moins, le plus tombant sous le conseil et le moins sous le précepte. Pourtant Schatzgeyer n'était pas thomiste, mais scotiste. Avec tous les docteurs chrétiens il écrit ensuite : « Les conseils évangéliques sont au nombre des moyens sans lesquels le simple chrétien peut parvenir à toute la véritable perfection évangélique, autant qu'il est possible en cette vie ; le moine n'a donc aucune raison de s'élever au-dessus des autres, quoique, pour permettre d'atteindre le but do la -véritable vie chrétiennccn celte

conscicntia Ijona et (idc non fîcla colore, ah onini ojns oiTensa studiosins cavcrc, divinani scdiilu iin[)lt'rf Aoluntatcm, ad dcifornicni aspiraro unilatcni, supernuni indefossc iinplorare aiixilhim, dominicam passioncni doplorare, in candcm iinaginem transforniari ; et ni liée oITicacins fiant, docent carncm jcjuniis, vigiliis et laboribus maccrare, carnis lascivias frenarc, indomitos ire motus coliibcrc, mentis et corporis pndicitiam cnstodirc, niundi vanitatcs circumspecle fugicndo dcclinarc, quietcm et silentiiim amare, ])roximis niliilominns pro loco et temporc secundiim l'ratcrnc charitatis cxiireiillam oljseqni dévote. Hec sunt monastices oxercitia. Perpende. si sint fidei consona, si cattiolica, si evangclice et apostolice doctrine qnadrantia, an vero prêter ant supra aut evtra aut vero contra fidem, contra verbum Dei, contra Cliristum, contra evangeliiim, contra Dei précepte, contra cbristianam libertalcm, contra omne Ixinum. )i

JEAN DIETENBERGER 3o3

vie et eu l'aulre, les conseils ne soient pas d'un laible secours, mais qu'ils y aident et qu'ils y poussent fortement'. » Dans la suite, il n'a pas rétracté cette doctrine, encore qu'il l'ail exprimé en d'autres termes ; pour lui, l'état religieux n'a toujours été qu'un moyen, fort efficace sans doute, pour atteindre l'idéal de la vie chrétienne-.

Dans ses deux écrits contre les Proposilions de Luther et son Jugement sur les vœux monasiiques, Jean Diete^berger, dominicain et lecteur en théo-

1. Ibid., fol. c. ij. : (( In ffnocunque irradii qiianluiiiciimquc licroico vcritas liiijus es. illo primo et ina\imo concluditiir prccopto : Dilitres Dominum... qiioil tam arduuni est, ut a millo homine viatore possit constimmate impleri, scd a solis compreliensoriljus hoc modo implet\ir. Hoc autiin, ciiin oinitem cssenlialem clirisliane reli(jionis coniplcctatur perfectionom, et omnibus proposiliim sit obscrcandnm, ex eo([iH' charitas proxiini niaiiare di.irnoscatiir qnantumcuiiique perfecta vcl consummata, infertur, milliim esse cimritalis actiim, qui non in hoc concludatur precepto, ex consequcnti nullam cadere sub consilio. Evanfrelica consilia de liiis siint, sine quibns cliristianns ad omnen essencialem evangelicam ascendere potcst perfcctionem statni vie possibilem, ut monasticis nulla false remaneat g-Ioriatio, ex solis consiliis evangelicis vel Iraditionibus adjectis, ctiniidacioris perfcctionis essencialis super vulgares qnoscjne ; nain lalis ploriacio, cnm sit odiosa et non immerito cui(iue zelatori discrcto displicibilis, convellenda est. Evangrclica consilia de liiis snnt, que non parum, vernni veliementer, hominem promovent et provehunt ad vere clirisliane vite assequendnni finem et in presenli et in futuro. »

2. C'est ce qu'il dit dans VExamen novarum doclrinarum (lôaS), fol. F^ : i( Monasticum instituluni est quidam modus vivendi in unitate sanclte ecclesia^ catliolic:n et aposloliciP compendiosus, quo eflicarius vêtus Adam per crucem mortilicalur, novus homo qui secundum Deum fc>rmatMS est in Juslicia et veritatc sanctitatis induitur, et spirilus humanus in divinunv spiritiuu transformatur. ad irloriam Dei. et hominis salutem, per Spiritum Sanctum ordinatus, evantrelicis et anostolicis inslitulis bcne quadrans. »

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logie à Francfort, marche dans la même voie'. Il s'appuie sur les déclarations qui se trouvent dans les Collations des Pères -, déclarations que j'ai rapportées au chapitre vu, et il conclut que le but des vœux et des autres institutions monastiques n'est pas d'acquérir la justice et le salut « ce que, jusqu'ici, personne n'a avancé •' », mais d'être des instruments et des moyens qui nous aident à faire notre salut ^. La pratique des préceptes est indispensable au salut, mais non celle des conseils ; en elTet, quelque utiles qu'ils soient en tant que secours pour faire son salut, ou plutôt pour atteindre la perfection, encore est-il qu'ils ne sont aucunement nécessaires^.

C'est exactement dans le sens de S. Thomas qu'à Paris le théologien Josse Clightoue traite cette question*^.

1. Johannis Dytenbergii tlieologi contra temerariuin Martini Lutcri de votis monasticis jiidicium liber prinais... (lâa^). Joliaiinis Ditenljergii sacr. litterarum professons de votis moiiasliris liber secundiis, éditas in secunduni de votis monasticis Lutcri judicium... Anno MDWH". A'oir à ce sujet H. Wedewer, Johannes Dietenl)er(jer, sein Leben und ]ilrken (1888), p. ^6/1. Je me sers do. l'édilion clos ilen\ ouvrages en un seul volume : Colonia", Pet. Qucnlell, lôtiS.

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