‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 242 sur 290 · Quod nemo dixeril uncpiani · texte numérisé non relu

Quod nemo dixeril uncpiani

'i. Ibid., fol. bb^ , 50.

5. Ibid., fol. iSC* : « Praecepta de his sunt, quîe ad salutem adeo sunt necessaria, ut non possit cuiquani his non observatis salus contingere. Consilia autem de his sunt, qua^ ad salutem quidem conferunt nonnilul atque utilia sunt, ut tamen nuUi sit dcspcrenda salus, ubi haec non accesserunt... Sunt itaque inEvangelio, praîterChristi prieccpta omnibus necessaria, ad perfectionem Jiaud parum accommoda ([u;edam, qua? consilia dicimus. »

0. Anlilntherus lodoci CUchtovei JS'eoportuensis, doctoris tlieologi, très libros complertens. Parisiis, i52:î|. Le troisième livre traite

JOSSE GLICHTOUE, AYOLFGA>'G MA\EU 3o5

taudis ([lie l'abbé cistercien ^Volfgang Mayer le fait en partie d'ai)iès S. liernard, el çà et là avec quelque confusion '.

Il est inutile de fatiguer le lecteur par des redites continuelles. Pourtant il est impossible de ne pas mentionner une voix sortie d'un monastère de femmes : c'est à tort, disait en i524uue religieuse à ses contemporains, que l'on reproche au monde des couvents de croire que leur ordre, leur habit, leurs prières et leurs jeûnes sulTisent à les sauver. Une telle croyance est loin de leur pensée : jamais on ne la leur avait enseignée. Pour elle, elle sait fort bien que toute la justice humaine est comme un vêtement souillé, et que l'habit religieux ne la justifie pas plus que leur habit séculier ne justifie les bourgeois de Cologne-.

Comme dernière preuve [de tout ce qu'on vient de lire], je rappellerai la fondation et l'institulion de la Compagnie de Jésus par S. Ignace de Loyola. Comment S. Ignace prépare-t-il ses novices à entrer dans l'ordre qu'il a fondé ? Peut-être par des considé-

exckisivcment des vœux et il est dirigé contre l'ouvrage de Luther, Jiigemcnl sur les vœux monastiques. Je reviendrai fréc|uemnicnt sur cet ouvraffc- Je me sers de l'édilion Colonia?. Pet. Quentell, lôaâ.

1. Votornm mouasiicoruin lutor ; dans le C'od. lat. monac. a88G (de 1J26). Sur l'auteur voir N. Paulls, U'olfijang Mayer, einhayerischer Cisier:ienseraht des 16. Jahrlmnderts, dans VHistorisclws Jahrbuch, 189/1, P- ^7^ et suiv. ; mais l'article traite trop brièvement de cet ouvrage (p. 58/i). J'ai déjà cité plusieurs fois Mayer.

2. Dans l'ouvrage : « Ayn Sendbrieff voiin einer andâchtigen J'ruminen Klosterfrawen von Marienslayn au yreii Brader Endris vonn loegen der lutlierischen 1er i) s. 1., ir)i!/|. \oir A. Baur, Deulsckland in den Jahren iSiy-ifjaâ. (Llm, 1872), p. 217.

3o6 LA COMPAGNIE DE JESUS

rations siif un idéal de vie supérieur, d'après lequel ils auraient désormais à se diriger? Pas le moins du monde. Il ne connaît qu'un idéal de \ie, celui qui est commun à tous les hommes. Il commence notamment par demander au futur jésuite quatre semaines d'exercices spirituels', exactement d'après la métliode et la direction qu'il prescrit aux laïques vivant dans le monde et que lui-même avait suivie dans la solitude de Manrèse-, alors qu'il ne songeait à rien moins qu'à entrer dans un ordre ou à en fonder un. Ignace avait cherché cette solitude pour y vivre tout à Dieu, peu après que Luther avait quitté la solitude de laWarthourg où il avait écrit ses pamphlets contre les vœux monastiques et contre la sainte messe. A l'entrée de ses Exercices spirituels, comme un fondement dont personne ne saurait se passer, S. Ignace pose cette maxime, qui forme la substance de tout idéal dévie : « L'iiomme est créé pour louer, honorer et servir Dieu, notre Seigneur, et, par ce moyen, sauver son ànie (c'est-à-dire atteindre sa lin élernelle). Et les autres choses qui sont sur la terre sont créées à cause de l'homme, pour l'aider dans la poursuite de la fin que Dieu lui a

1. Voir Prinuim ac générale examen iis omnibus qui in Socielaleni Jesu admitli pètent, proponendum, c. /i ; dans les Conslitiitioiies Societatis Jesti, latine el Idspanice, cum earam declaraliotiHms (.Matriti, 1892), p. 20.

2. Voir Vita Ignaiii Loiola' et rerum. Societatis Jesu historia, auct. J. Alphoxso de Pol.vsco, I (Matrili, 1836), p. 18, 21, 23, 25, inais spécialement le très sérieux travail de I*. A. Astr\ix, Historia de la compania de Jésus en la assistencia de Espana (Madrid, 1902), p. 3i et suiv. Sur le plan des Excrcioes. voir î7j((/.. p. i .'|0 et suiv. et Handmaxn dans la Ttieol. prakt. Quartalschrift (Linz, 1900). p. 7-'i(> et suiv., 777.

ET l'iDÉ.VL de la vie 807

maixpiéc en le créant », etc J. C'est la même pensée que nous avons entendu exprimer tant de fois dans les pages précédentes.

Mais, si cet idéal de vie doit être aussi celui des religieux, il s'ensuit que pour S. Ignace, l'obligation d'observer les trois conseils ne constitue pas un idéal de vie plus élevé, mais seulement un moyen plus propre à faire atteindre, aussi parfaitement que possible, l'idéal de vie commun à tous. Cela est tellement vrai que, dans les Exercices, S. Ignace ne propose que cet idéal, cet unique fondement que je viens de rappeler ; et l'on doit s'appliquer à le méditer pendant une semaine entière ; pour les religieux, il n'indique aucun idéal de vie particulier. Les méditations suivantes sur le règne, la vie et les vertus de Jésus-Christ à qui toute la chrétienté obéit et qui veut conquérir tous les pays infidèles, ces méditations ne parlent pas d'un nouvel idéal de vie, mais, pour tout chrétien qui veut atteindre sa fin, de la nécessité de se vaincre soi-même, de se réconcilier avec Dieu, de mettre de l'ordre dans sa vie. de se modeler sur Jésus-Christ par la pratique des vertus. Ainsi, pour tous, Jésus-Christ est la voie qui mène au Père, à la fin éternelle.

Une prescription des supérieurs venvis après S. Ignace est aussi en conformité parfaite avec l'esprit du fondateur : pour leur renouvellement annuel dans la vie spirituelle, tous les membres de la Compagnie, qu'ils

I. Excrcitia spiritualia S. P. Ljiialli de Loyola, ciim versione lilcrali ex Aulhoçjrapho hispanico notis illustrata (a Jov>>e Roothaan, jd/\tposilio ijciicruli).Romx, 1802, jî. 33-2/|(edit. quarta); voira ce sujet, ci-dessous, ch. x, § 3, p. 3-5 et suiv.

3o8 LA COMPAGNIE DE JÉSUS

aient fait ou non leur profession solennelle, doivent pratiquer ces Exercices par lesquels ils ont été préparés à entrer dans l'Ordre, ces Exercices qui ne connaissent que l'idéal commun à tous, qui n'indiquent d'autie voie que Jésus-Christ. C'est ainsi que les anciens jésuites ont été formés, et c'est ainsi que le sont les jésuites modernes^. Tous les autres ordres leur ont pris cette méthode, sans pour cela changer un iota à leurs anciens statuts; bien loin de là, les Exe?'cices leur servent précisément à mieux observer leurs règles propres. A l'aide de ces Exercices, le chrétien dans le monde apprend aussi à mieux connaître l'idéal de vie qui lui est commun avec le religieux, la voie qui y mène, à savoir .Jésus-Christ, afin de pouvoir par cette voie atteindre cet idéal. Ce n'est pas dans la voie, et à

I. Le P. lloothan exprime très bien cette idée dans la lettre à tous les membres de l'Ordre, ([n'il a mise dans la première édition (i834) : « Siepe ac multum cog^itanti mihi. Patres ac Fratres carissimi. immo vero assidue anime volventi, quanam maxime ratione in renala panels abhinc annis ac sensim adolescente Societato spiritiis ille vel e.rsiiscilriri, nhi opus sit, vel cons^rvari, foveri, promovcri [jossit, qui cjus olim tuni primordia tum incrementa tam l;eta reddidit ecciesiœ Dei, tam fructuosa ad innumerabilium houiinum salutem : ilhid jamdudum occiirrebat, ;i(7ii7 fore ad convertenda corda Patrum in lilios, ad Jilios, inquam, Patribus reddendos quam fierl possel similUmos, aptiiis atqiw cfficaciiis, quain sancti Patris iioslri Excri.-iiiorum spiritiialiuni dilujeiis studium et accuralum iisum. Etenim ciim primos illos Patres nosfros et qui eosdem subsecuti sunt non alia re mayis, quam horam Exorcitiorum opéra, in alios plane viras mulatos fuisse constet, perque ipsos alios deinceps atque alios, iisdem hisce spiritualibus excrcitiis excullos e vitiorum laqueis expeditos, non \irtutis modo, veruni etiam cximiîp sancti tatis studio incensos fuisse, et in concepto semel ardore spiritus ad niortciu usque per multos labores et ;erumnas persévérasse : quid est, quod iisdem exercitiis nos rite utentes non eundem spiritus frucliun in nobis lidentcr expectemus .^ »

ET l'idÉ\L de la vie SoQ

plus forte raison ce n'est pas non plus dans le but que se trouve la différence entre ce chrétien et ce religieux ; c'est dans l'imitation plus ou moins parfaite des exemples du Christ. Voie et but peuvent se rencontrer et chez les religieux et chez les laïques ; le religieux comme tel a seulement plus d'espoir de devenir plus conforme à Jésus-Christ, parce que les moyens qu'il emploie sont mieux adaptés à l'obtention de ce but. Mais, sans le sentiment intérieur, ces moyens mieux adaptés ne servent de rien, et ce sentiment, tous peuvent le posséder, sans faire profession ouverte de ces moyens 1.

En outre, bien qu'après sa conversion et avant la fondation de son ordre, S. Ignace eût. à plusieurs reprises, habité ou étudié dans des monastères, il n'y avait pourtant jamais appris que, d'après la doctrine de l'Eglise, ou tout au moins d'après celle des moines, l'habit et la tonsure suffiraient à rendre saint. Aussi, pour mieux répondre aux besoins de l'époque et à la mission de son Institut, il ne prescrivit aux siens ni habit particulier, ni corde, ni ceinture, et

r. De même, pendant l'année de probation des jésuites, les antres exercices ne présentent rien qui, en quelque manière que ce soit, puisse amener à conclure à un autre idéal de vie ; au contraire, ces exercices n'ont d'autre bvit que d'exciter le sujet à la mortilicatioii, à la victoire sur soi-même, à l'humilité et à l'amour du prociiain, afin qu'il atteigne mieux l'idéal (ju'il a découvert dans le livre des Exercices. C'est pourquoi on le met à servir dans les hôpitaux, on le fait aller quelque temps sans argent mendier de porte en porte par amour du Christ, s'occuper à de vils travaux, enseigner la doctrine chrétienne aux ignorants, ou encore (si c'est possible) prêcher ou confesser. Constit. Societ. Jesit, etc., p. 20, 22.

3lO LA COMPAGNIE DE JÉSLS

pas davantage la tonsure monastique. Ce que nous avons entendu les anciens nous enseigner, que tout cela n'était nullement essentiel à la vie religieuse, et que cette vie consistait avant tout dans les dispositions intérieures du religieux, S. Ignace nous le prouve par sa création elle-même. En laissant de côté le costume, il n'abandoima que le symbole, le signet et non la chose signifiée, la substance de la vie religieuse. Rien d'étonnant non plus qu'il n'ait prescrit aux siens d'autres jeûnes que ceux de l'Eglise. Il avait appris de S. Thomas que la supériorité d'un ordre ne se marque pas par une plus grande rigueur dans les pratiques extérieures, mais par un plus grand discernement dans la coordination de ces pratiques au but de l'ordre 2. Déjà, au commencement du xiii' siècle, en vue du but spécial de l'ordre dominicain : le salut du prochain, la défense de la foi contre les infidèles et les hérétiques, et finalement la propagation du règne de Jésus-Christ, le fondateur de cet ordre et ses successeurs statuaient que, par des permissions individuelles, l'on pourrait, à l'occasion, dispenser les étudiants, les professeurs et les prédicateurs, des rigueurs de l'ordre, et même, en certaines circonstances, de la prière au chœur; bref, en tout, l'on devait travailler à adapter les règles générales de

j. "Voir, ci-dessus, p. 272, n. 3.

2. 2' 2", qu. 188, a. G, ad 3: « Arctitudo observantianim non est illud, quod pripcipue inrelig:ionc cornniendatur... Et idco non est potier religio cv lioc, quod liabct arctiores obscrvantias, sed ex hoc ([uod niajori discretiooc sunt ojus observanliiP ordinalae ad linern rolipionis. )>

ET l'idé.vl de la vie 3ii

l'ordre à son but particulier'. Si la \ie même de l'ordre ou si le salut de chaque religieux eussent été liés à ces pratiques, de telles dispenses n'eussent pas été possibles. S. Ignace et ses successeurs dans le généralat furent guidés par une vue juste de la situation, quand, à cause du but particulier de leur ordre, but semblable à celui des dominicains, à cause de nouvelles exigences et de nouveaux devoirs, ils supprimèrent complètement la prière au chœur, tant du jour que de la nuit2 ; mais qu'en revanche ils insistèrent d'autant plus sur la vie intérieure, l'esprit de prière, la forte éducation ascétique de chaque membre. la pureté de l'esprit et du cœur. L'état déplorable où les ordres se trouvaient en général à cette époque engageait fortement aussi à tourner surtout son attention de ce côté.

1. \'oir à ce sujet mon arlicle dans VArcliw fur Litcratiir- und Kirchcngcschichte des Mittclaltcrs, I, p. 177 ot suiv. Dès cette époque, c'est-à-dire il y a 17 ans, j'avais dit que bien que dans rensemble, l'ordre dominicain eût encore l'aspect des anciens ordres, il [iré- /u(ra;7 pourtant une nouvelle conception, ou mieux, une nouvelle forme de l'état religieux : cette forme pourrait être réalisée i)lns tard par ceux qui se proposeraient un but similaire à celui de l'ordre dominicain. S' Ignace a été le premier adonner cette nouvelle forme à l'état religieux.

2. Chacun devait réciter à part soi le bréviaire prescrit par l'Eglise. Or dans les premiers temps de l'ordre dominicain l'on avait déjà fait la prescription suivante, au sujet de la prière au chœur (Arcliii' etc.. p. 191) : « Toutes h^s heures doi^ent se réciter à l'église hrièvi-mcnt cl siiccinclenwnl, de telle sorte que les frères ne perdent pas la dévotion, et que leurs études ((lui leur sont une aide pour la défense de la foi et pour la prédication) n'en .souffrent pas le moindre dommage. » De cette disposition à celle de S' Ignace, il n'y a qu'un pas.

3l3 RÉSUMÉ DE LA DOCTRINE CATHOLIQUE

N'était la crainte de trop grossir ce volume, je citerais volontiers nombre d'autres témoignages de l'antiquité catholique et de la tradition catholique'; mais ce serait porter de l'eau à la mer, car ceux que j'ai relatés dans ces deux chapitres suffisent amplement à permetlrc de porter un jugement éclairé sur la doctrine de l'Eglise et sur la falsification qu'en ont faite Luther et ses partisans. J'ai produit d'anciens docteurs, des moines, des fondateurs et des réformateurs d'ordres, les théologiens et les maîtres de la vie spirituelle les plus recommandés par l'Eglise, des mystiques, des religieux des différents ordres, des prêtres séculiers et des professeurs, et ceux qui étaient plutôt ennemis qu'amis des religieux, des prédicateurs populaires et Luther lui-même dans sa première période. A tous j'ai demandé si le religieux a un idéal de vie dillérent du simple chrétien ; — dans quel rapport les conseils et les vœux sont avec l'idéal de la vie et s'ils sont dans une sphère différente des préceptes; — si, par cela seul qu'il prend l'habit, qu'il fait profession, qu'il pratique les exercices extérieurs de l'Ordre, le religieux devient parfait ; — si la perfection est exclusivement attachée à l'état religieux.

Or, quelles que puissent être les différences dans la manière dont ils ont traité ces questions, tous ces hommes ne s'en accordent pas moins sur les propositions suivantes :

1. Je traite ce point dans le second volume, sur les origines du luthéranisme.

2. \'oir un essai dans H. L gemmer, Die vorlridciitiiiisch-liatli. Tlu'ologic {\8')S), p. 171 etsni^.

SUR LA PERFECTION CIIRÉTIEXNE 3l3

i" La Iradilion de l'Eglise ne connaît ^u"»/? seul idéal de vie, aussi bien pour les religieux que pour tous les autres chrétiens : c'est racconiplisscmcnt du précepte de la charité envers Dieu et le prochain.

2 " La perfection de la vie chrétienne réside précisément dans l'accomplissement le plus parfait possible de ce précepte ; c'est-à-dire dans un accomplissement aussi parfait qu'il se peut ici bas et dans les divers genres de vie.

3° Donc, la perfection ne consiste pas dans les conseils, uiais dans les préceptes; ou plutôt dans le précepte de la charité comme terme final de toute moralité : les conseils, à l'observance desquels le religieux s'oblige par vœu, sont des moyens propres à faire atteindre plus facilement la perfection de la charité; mais il ne s'ensuit pas que le chrétien dans le monde ne puisse pas atteindre cette perfection de la charité, autant qu'il est possible en cette vie.

4" Les conseils ne servent pas directement à écarter les obstacles qui s'opposent à la charité ; car c'est là la fonction des préceptes subordonnés à celui de la charité ; le but des conseils est d'écarter ceux des empêchements qui s'opposent à la pratique plus libre et plus facile, à la mise en acte la plus réitérée et la plus durable possible de la charité.

5" Si l'état religieux est appelé élat de perfection, ce n'est pas parce qu'il est considéré comme la perfection, si bien que celui qui appartient à cet état la posséderait par là même, mais parce qu'en y embrassant les conseils, on s'oblige pour toujours et irrévocablement à tendre vers la perfection.

3l4 RÉSUMÉ DE LX DOCTRINE CATHOLIQUE

G" L'habit et tout ce qui est extérieur ne sert de rien sans la pureté et la vigueur du sentiment intérieur, sans la donation de soi à Dieu : plus cette donation est intime et parfaite, d'autant plus parfait aussi est le religieux dans son cloître, et le chrétien dans le monde.

7" La vraie vocation religieuse et la vraie vocation à vivre dans le monde viennent également de Dieu ; l'une et l'autre sont conformes à sa volonté, et lui sont agréables; par conséquent, si l'on est fidèle à la grâce, elles conduisent à la vie éternelle. C'est pourquoi l'f^glise chante en s'ad ressaut à la Trinité :

Conduis-nous par ta voie au séjour dos lumières, Que tu créas pour l'habiter '.

A Luther seul, il était réservé de soutenir que les fondateurs d'ordres : Bernard. François, Dominique, et (comme il le croyait) Augustin, n'avaient pas estimé que les ordres sont des chemins vers la béatitude - !

Toutefois, on ne peut nier que dans le cours des siècles il y eût certains esprits qui exaltèrent à l'excès l'état religieux, surtout lorsqu'ils en parlaient incon-

t. Per tuas semitas duc nos quo lendimus

Ad lucem quam inliabitas.

Tiré de la do\olo,i,''ie de l'iiyiniie Sacris solemniig, aux matines <.le la Fètc-Dicu.

Nous donnons la traduction de Corneille, assez larae comme on peut le constater (N. d. T.)

2. Erl. 28, 1(17, de i522. Dans le même sens, il écrivait l'année suivante : « Nos petits merdeux de vœux ont la prétentioii ridicule d'être une roule pour aller au ciel. C'est leur côté le plus

horrible. Les p des couvents veulent être les fiancées de Notre-

Seif,'neur Jésus-Christ.» Weim.XlV, 3()ô. Luther ne s'entend qu'à déligurer et à brouiller tout.

SLU L\ PERFECTION CHUÉTIENNE 3l5

sidcréuicnl, dans un moment d'enlhousiasnie. Mais dans leurs moments d'excitation ou d'enthousiasme, nos professeurs et autres parlent-ils toujours correctement et avec un tact si exquis? Ne sont-ils pas contraints souvent de corriger leurs discours, quelquefois même jusqu'à deux ou trois fois? L'indulgence qu'ils réclament ici pour eux, qu'ils veuillent donc bien l'accorder aussi aux auteurs du moyen âge, et se rappeler le mot de Ntoer : « Quand même un prédicateur se tiendrait sur le haut du clocher, s'il ne dit pas la vérité, ce n'est qu'un prédicateur de recoins K » Il faut ajouter que chez un certain nombre, par un phénomène très fréquent dans les polémiques, les exagérations sur la grandeur de l'état religieux furent provoquées par les exagérations des ennemis de l'état religieux-. La vérité se trouve dans un juste milieu : pour ce qui regarde l'idéal de la vie et l'état religieux comme pour d'autres points, c'est ce juste milieu que maintient la doctrine catholique.

Après avoir exposé, dans ces deux chapitres, la doctrine de l'Eglise et des maîtres de la vie spirituelle, nous allons maintenant confronter avec elle les déclarations de Luther dans sa seconde période, et celles de ses partisans anciens et modernes, sur cette même doctrine catholique. Par là, nous pourrons développer cette doctrine et l'illustrer encore davantage.

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