‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 247 sur 290 · Matth. 5, 38-W · texte numérisé non relu

Matth. 5, 38-W

3. /61c/., \I, 2!i{). Voir en outre Erl. /ig. 167 : « Des préceptes de Dieu, (ils) font des conseils qui ne seraient que pour les parfaits. \"oir aussi Erl. 7, 33 'i.

32 2 LA VIE CHhÉTIENNE : DIVISION PRÉTE>DLE

parfaite, à laquelle ils rattachent ces conseils ; Vautre qu'ils nomment l'imparfaite, à laquelle ils rattachent les préceptes. Ainsi en décident-ils avec une parfaite étourderie et une parfaite pétulance, sans y être aucunement autorisés par l'Ecriture. Ils ne voient pas qu'au même endroit, le Christ imposes! rigoureusement sa doctrine, qu'il ne veut pas qu'on en transgresse le plus petit détail, et qu'il condamne à l'enfer ceux qui n'aiment pas leurs ennemis 1. » Quel est avant Lutlier le docteur approuvé par l'E.i^dise catholique qui a divisé la vie chrétienne en état de perfection et en étal d'imperfection ; ou en état parfait et imparfait? Il n'y en a aucun! Tliomas d'Aquin, le guide de ceux qui vinrent après lui, connaît, d'après Jésus-Christ, deux voies vers la félicité éternelle : la voie ordinaire, commune à tous les chrétiens, celle des préceptes, qui suffit pour arriver à la héatitude céleste ; et celle de la perfection -, mais qui n'exclut pas les préceptes. Je dis : d'après Jésus-Christ, car au jeune homme qui toute sa vie avait pratiqué les commandements de Dieu, et qui demandait ce qui lui

1. Dans le chapitre suivant, en parlant de .Wc<aHc/i</(0;i et delà conrcssion d'Auysbour,j, je montrerai incidemment à quel point Luther trompe ici ses lecteurs, en voulant leur faire croire que d'après la doctrine de fEglise et des scolastiques, l'amour des ennemis n'est qu'un conseil et non un précepte ; je montrerai aussi à quel point (et cela « dessein) il a tout confondu, en ne distinfruant pas dans l'amour des ennemis ce qui est de précejjte et ce qui est de conseil. (Ci-après, p. Siiy et suiv.)

2. S. Thomas d'Aqlin in Maltli. c. ig, 2! : « Est enim duplex via : una sufTiciens ad salutem, et haîc est dileclio Dei et proximi cum siii bcneficio, sine suo pravaminc... Alla est perfectionis, ut diliji-ere proximiun cumsui detrimento... Quia duplex est dileclio proximi, scil. dileclio secundum viain comniiineni et dileclio perfectionis. »

EN ÉTAT DE PEUFECTION ET d'iMPERFECTION Sa 3

restait à faire, le Sauveur répondait : (( Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; puis viens et suis-moi*. » Mais la voie des préceptes estelle la voie de l'imperfection? Du tout! Car comme nous l'avons vu assez longuement, tous les hommes ont à tendre vers le même idéal de vie : la perfection de l'amour de Dieu ; chacun a donc l'ohligationde tendre au plus haut degré de perfection (iLi'il lui est possible d'atteindre. Mais alors comment le Christ aurait-il pu faire une distinction entre la voie des préceptes et celle de la perfection P Toutefois, dira-t-on. le Christ, par ces paroles, ne donnait-il pas à celte voie de perfection une supériorité sur colle des préceptes? Oui, assurément; mais pourtiuoi? Tout sim])lemcnt parce que dans la vie ordinaire il airivc trop souvent que l'on i-.e tendpasvers la perfection de l'amour, vers l'imilalion parfaite de Jésus-Christ, mais qu'on s'en laisse détourner par les préoccupations temporelles. Et, comme on le voit par le contexte, ce fut précisément le cas pour le jeune homme de l'Evangile : trop attaché aux richesses il négligeait de tendre vers la perfection de la charité. C'est pourquoi le Sauveur hii conseille, comme moyen pour l'acquérir, le détachement de toutes choses, afin de pouvoir ensuite ne suivre que lui.

Si tous les hommes tendaient vers la perfection de la charité et l'imitation du Christ, il ne serait pas hesoin d'un état qui aurait comme but propre d'atteindre le plus haut degré possible de la charité et de s'efforcer de ressembler au Christ, et qui poursuivrait

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