‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 248 sur 290 · Matlli., If · texte numérisé non relu

Matlli., If

Sa/j LA VIE CHRÉTIENNE : DIVISION PRÉTENDUE

ce double but par tous les moyens aj^propriés. Mais puisqu'il n'en est pas ainsi, l'état religieux est né tout naturellement des exbortations divines : ceux qui choisissent cet état ordonnent leur Aie d'après des règles qu'ils ne peuvent plus changer, ils lient leur volonté par de très saintes et très solennelles promesses a en sorte que pour eux l'elTort vers la perfection n'est plus affaire de libre choix, mais le premier et le plus impérieux des devoirs, c'est-à-dire un devoir d'état et de vocation ^ » C'est précisément parce que dans l'état religieux on s'oblige pour toujours, jDar des vœux solennels, à tendre vers la perfection, qu'à partir du milieu du xiit' siècle (si je ne me trompe) on l'a appelé état de perfection -.

Mais puisque cet état ne vise à rien autre qu'à ce qui oblige tout chrétien, chacun à sa manière, (avec cette seule différence que, par certains moyens particuliers, l'on cherche à y atteindre, de la façon la plus parfaite, l'idéal de vie commun à tous), il est clair que cet état /(eyjt'a^ /)ai' être placé en regard d'un état d'imperfection. En efTet, que significiait une telle opposition sinon que dans cet état d'imperfection on ferait publiquement et, puisqu'il s'agit d'un étal, on ferait /)o«r toujours profession d'imperfection, tandis que pourtant, en vertu du grand précepte, chaque chrétien est obligé « d'aimer Dieu de tout son cœur, » etc. ?

Que signifierait une telle opposition, sinon que

j. Voir le bel exposé cI'Alb. Maria Weiss, Apologie des Christentiiins, t. V, (a dt 3 éd., 1S98), p. ôSg-Sgo. 2. Voir ci-dessus, cli. VIII.

EN ÉTVT DE PEKFEGTION ET d'iMPERFECTIOX 3a5

l'état de perfection exclurait formellement l'élat de ceux qui ne s'y trouvent pas, puisque le parfait exclut l'imparfait, si bien que la voie des préceptes serait exclue de l'état de perfection ? C'est bien là du reste la conception ([ue Luther attribue aux docteurs et aux moines catholiques, mais par une, attribution de fantaisie. Les docteurs catholiques ne connaissent pas plus cette conception que les deux étals imaginés pa*- Luther : ils parlent seulement de l'état de vie ordinaire, commun à tous les chrétiens, où l'on doit observer les préceptes, et de l'état de perfection, comme nous venons de l'entendre dire à saint Thomas, que suivent ici tous les autres théologiens. Us enseignent que l'état de la vie chrétienne ordinaire est inclus dans l'état de perfection. Le premier renferme le fondement du salut et de toute la perfection quil est possible d'acquérir : la vie de la grâce et de la charité; cet état est donc nécessairement inclus dans tout autre état menant au salut, et par là même dans l'état de perfection. L'observance des préceptes appartient à l'essence de la perfection chrétienne K

Que signifierait encore cette opposition, telle que Luther la mettait à la charge des catholiques, sinon que dans l'état de perfection, tous seraient réellement parfaits, et qu'en dehors de cet état, il n'y aurait que des gens nécessairement imparfaits ; que l'état religieux

I . Voir, à ce sujet, de longs développements dans Sl arez, De statu perfectionis, lil). i, c. 2, n. 7-9; c. i/i. Le célèbre théologien ne fait qu'y reproduire l'aiiliciue tradition chrétienne. A'oir aussi au c. 3, n. i3 en quel sens l'étal du mariage est appelé quelquefois im état ir.3parfait.

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