‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 249 sur 290 · J.G I.V VIE CHRÉTIENNE : DIVISION PRÉTENDI · texte numérisé non relu

J.G I.V VIE CHRÉTIENNE : DIVISION PRÉTENDI

serait parfait, qu'il serait la perfection chrétienne ellemême, tandis que ceux qui n'en font pas partie ne pourraient Jamais parvenir à la perfection, à moins dentrer clans l'état religieux? Or, à mainte reprise nous avons vu combien cette conception est fausse, et contraire à l'enseignement des docteurs catholiques.

Quiconque admet, avec l'Eglise catholique, que les diverses vocations laïques viennent de Dieu, celui-là doit admettre aussi que c'est la volonté de Dieu (|uo chacun se sanctifie dans sa vocation et qu'il y parvienne àla perfection. Le précepte du Christ : u Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait; » ou le mot de saint Paul : a Ce que Dieu veut, c'est votre sanctification )) : ces paroles s'appliquent à toutes les vocations. Mais comment, au milieu du monde, parvienton à la perfection } En accomplissant les préceptes de Dieu et ses devoirs d'état, pour l'amour de Dieu, lien de la perfection. Plus cet amour est intense, plus on approche de la perfection. C'est absolument au même but que doit tendre le religieux; seulement, pour lui le devoir d'état le plus élevé est l'observance persévérante des conseils évangéliques. Pour ce qui est de \a.fin de la vie chrétienne, il n'y a donc pas de différence entre la vie dans le monde et l'état religieux ; la différence ne consiste que dans les divers moyens dont, ici et là, l'on se sert pour atteindre le môme but; c'est seulement eu égard à ces moyens que l'on peut dire de l'état religieux qu'il est plus parfait que celui du chrétien dans le monde, mais non pas à cause d'une fin différente qu'auraient ces deux genres de vie, ni à cause de chacun de ceux qui s'y trouvent. Dans l'état religieux

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l'on peut n'être qu'un débutant clans la perfection, être même fort imparfait, ne jamais faire aucun progrès; dans le monde, au contraire, quelqu'un pourra avoir fait de grands progrès dans l'amour de Dieu, progrès d'autant plus grands qu'il aura eu de plus grandes difficultés à vaincre. La mesure de la perfection ici-bas est la même que celle de la récompense essentielle dans l'éternité : c'est le degré de l'amour de Dieu et du don de soi-même à Dieu, et non ce qui est extérieur: les œuvres des vertus et toute notre activité *.

L'opposition établie par Luther entre l'état religieux comme état parfait, et la vie des chrétiens dans le monde comme état imparfait, repose sur cette idée absolument erronée que tout ce qui est reconnu et accepté comme meilleur rend aussitôt mauvais tout ce que l'on met à côté, comme s'il s'agissait de deux contraires. Nous verrons plus loin que pour lui et pour les théologiens protestants d'aujourd'hui, cette conception joue un rôle capital dans leurs discussions

I. C'est ce qu'enseigne S' Thomas, d'accord avec l'antiquilc chrétienne (5 Sent. dist. '2!K qu. '/, a. 8, soliit. ad 2 qaapstiunc.) (( Pnemiuni esscntiale... niensiiratur seciindum intensionem ciiaritatis, non secundum nmijniludineni facloriun, quia Deus magis pensai, ex quanto, quam quantum fuit. » S' (jrégoire le Grand avait déjà parlé dans le même sens: Honi. 5 in Evang., n. a. Avec sa perfidie habituelle, Luther (Weim. XI, 2/i(j) veut apprendre aux docteurs catholiques que la perfection et l'imperfection ne résident pas dans les œuvres, mais dans le cœur : celui qui croit et aime lu plus, celui-là est parfait, qu'il soit du reste tout ce qu'il voudra. 11 nous cache même que par amour il n'entend que l'amour du prochain. Mais quel est le docteur catholique qui a jamais dit que la perfection consistait dans les œuvres ? Tout ce que Luther dit en cet endroit, ils le disent aussi, mais avec beaucoup plus de justesse et de précision.

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contre l'Eglise catholique au sujet du mariage. Pour la question qui nous occupe en ce moment, quelle conclusion ce principe entraînerait-il ? Que lui aussi l'état religieux est imparfait. Chaque ordre est un état de perfection ; pourtant tel ordre est plus pa rf ail que tel autre ; car pour arriver à la perfection, ce ne sont pas seulement les trois vœux qui sont utiles, ce sont encore d'autres moyens, qui varient dans les différents ordres. Plus un ordre possède de moyens pour aider à parvenir rapidement et facilement à la perfection, moins il garde d'obstacles qui peuvent en écarter, et plus aussi il esl parfait en comparaison des autres ^ En vertu du principe de Luther, ces derniers deviennent imparfaits, et, si l'on veut être logique, cessent d'être des étals de perfection.

Luther n'a pas voulu comprendre ou peut-être, en réalité, il n'a pas vu que dans cette question, une opposition ne pourrait se fonder que sur la diversité du but, et non sur la diversité des moyens pour parAcnir au même Lut. De même que dans sa division des vœu\ en substantiels et en accidentels, ainsi dans sa division de la vie chrétienne en état de perfection et état d'imperfection, il se bat contre un fantôme'^; et, dans les deux cas, il part en guerre contre les conséquences

1. Henri de Gv>d écrit (Quoi. II, qu. iU) : « Status pcrfectionis generandic... semper tanto est perfectior, quaiilo liabet plura promotiva et pauciora impeditiva ad pcrfectionem citius et facilius acfiuirendain. »

2. Weim. VIll, 58i : n Merum commentum et ludibrium est de perlectionis et import'eclionis statu, ex iprnorautia lidei proveniens. tantiim ad seducendum idoncum. »

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d'un mensonge, qu'il a donné comme la vérilé catholique ^

C'est dans le même esprit qu'il traite une autre question résolue depuis longtemps, par exemple par saint Thomas et par saint Bonaventure- : les religieux peuvent-ils accepter des dignités et charges ecclésiastiques ; le religieux qui a fait les trois vœux peut-il devenir évêque, cardinal, pape? Ou il faut nier qu'il en puisse être ainsi, dit-il, ou il faut condamner l'état papal, cardinalice et épiscopal. Comprenne qui pourra cette alternative; mais poursuivons. Luther continue : M Ici, les papistes disent que le religieux cède parce qu'on lui commande d'obéir, et qu'il entre dans l'état de la perfection. Mais tu mens contre toi-même ; pourquoi disais-tu auparavant que l'état religieux est un état de perfection ? Enfin, combien y a-t-il donc d'états de perfection ? Si un évêque laisse sa mitre et entre au couvent, ce qui s'est vu quelquefois, il passe alors de l'état d'imperfection à celui de perfection. Et si un moine quitte son couvent et devient évêque, il entre lui aussi dans l'état de perfection. Tu vois comme les états se perfectionnent et se déperfectionnent réciproquement, c'est-à-dire comment les mensonges se font mutuellement la guerre, comment

I. //))(/. : « Haiic differentiam non metiuntnr juxta mensuram spiritus et fidci et charitatis, quas ccrtum est in vulgo ])Olissinuim regnan-, sed jiixta pompam et larvani externoriim operum et suoruin votorum, in quibus nihil est neque spiritus. neqiie lidei, neque charitatis, quin spiritum iidei et charitatis extinguunt. »

■j. Aoir '/ Sent. dist. 38, a. 2, qu. 3, ad 5.

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ils se mordent et se détruisent les uns les autres * ! » A quelles inventions le « Réformateur «n'a-t-il pas eu recours, pour attirer dans ses filets les moines débauchés ! Ces jongleries pourraient être de mise dans une argumentation théologique, afin de pousser à bout le répondant, et de lui donner l'occasion d'une distinction pénétrante; mais il était criminel d'avoir recours à ce bavardage trompeur pour attaquer l'état de perfection. Luther veut faire croire que l'on suppose une double perfection, l'une propre à l'état religieux, l'autre propre au pape, aux cardinaux et auxévèques.Or, désormais, nous savons assez qu'il ne peut y iwoir qu'une seule perfection chrétienne, celle de la charité, vers laquelle tous doivent tendre ; car c'est à tous que s'adresse le précepte : « Tu aimeras Dieu de tout ton co^ur », etc. Désormais aussi, nous savons assez que cette unique et même perfection • comporte divers degrés, diverses phases. Par sa profession, le religieux s'est imposé le devoir de tendre vers la perfection ; l'évêqne doit déjà IsL posséder. Selon saint Thomas, le rapport entre la perfection du religieux et celle de l'évèque est celui qui existe entre le disciple et le maître-. Le religieux qui devient évêque entre donc dans l'état de perfection ?

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