CHAPITRE X
LES DECLARATIONS DE MELA>CHTHO>" ET DE LA CONFESSION" DALGSBOIRG SLR l'ÉTAT RELIGIELX. LES THÉOLO- GIENS PROTESTANTS MODERNES
§ I. — Mclanchthon et la confession d'Aur/shonn/.
Sur les vœux et l'état religieux, Méla^chtho^ répète aveuglément les affirmations qu'avait inspirées à Luther sa haine farouche contre l'Eglise et ses institutions. Et il s'exprime comme un docteur sur les sentences de qui il n'est pas permis d'élever le moindre doute. Le 2 juin 1020, dans une lettre à un Chartreux, il reproche déjà aux catholiques d'avoir voulu mettre dans la chasteté toute la substance du christianisme : l'on n'est pas chrétien, dit-il, par cela seul que l'on s'abstient des plaisirs de la chair'. Mais qui donc a enseigné cette doctrine ! Comme nous
I. Cor/j. Réf., I, jcjo : «Non permittam (caslitatem) tanti ficri, ut in ca sola summam Cliristianismi positam ccnscam. Non continuo Clirisliaiius est, f[ni sibi quocunque tandem modo a A'enerc tempérât. » \'oir, dans le même sens, la phrase cfc Luther, ci-dessus, p. 33 1.
MÉL.\.\CIITHON ET LA CONFESSION d'aLGSBOURG 34i
l'avons Ml à la fin du cliapilie précédent, c'est là une opinion que Luther a gratuitement prêtée aux docteurs catholiques.
Deux années après, dans la troisième édition de ses Lieux communs i, Mélanchthon va beaucoup plus loin encore, sans cesser du reste, et jusqu'à la dernière phrase, d'être dirigé par son maître : « C'est une impiété de faire un vœu en allant contre la foi ; et c'est le cas si l'on fait un vœu afin d'élre juslifié par telle ou telle œuvre ; car on manifeste ainsi son ignorance que les croyants ne sont justifiés que par la grâce du Christ. Or, c'est ce qu'enseigna Thomas d'Aquin, qui, de plus, fit du vœu l'égal du baptême ». L'impiété est du côté de Mélanchthon, du Précepteur de l'Allemagne, et non du côté de S. Thomas, comme le viii° et le IX'' chapitres ont permis de s'en winvaincre. Tout ce que Mélanchthon dit ici sur la justification par les vœux, n'est qu'une répétition dépourvue de critique des affirmations de Luther à ce sujet-. Ni Luther, ni Mélanchthon n'ont lu S. Thomas. Dans la seconde partie nous verrons combien Luther ignorait S. Thomas. Mélanchthon le connaissait peut-être moins encore ; l'histoire de la théologie et la théologie ellemême lui étaient complètement étrangères ; il accueillit aveuglément les injures de Luther contre S. Thomas et les autres docteurs catholiques. En réalité, les fon-
I. Loci communes. Ed. Kolde, Leipzig, igoo, p. 137, note: « Impirtas est vovere per infidelitatem, hoc est, si ideo voveas, (jnod lioc opère jnstificari velis, scil. ignorans sola gratia per Christum jnstificari credeiitcs. Sic Aquinas dociiit, votuin etiam baptismo œ-qnans. »
a. Voir, ci-dessus, p. i3o et suiv.
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dateurs de la « Réforme évangélique » ne se proposèrent jamais d'étudier, de peser et de juger avec conscience et loyauté. Le premier libre penseur du protestantisme. Mélanchthon, le montrait en celte même année lôai, quand il parlait « de ce gros jeune homme, dont il ne se rappelait pas bien le nom, et à qui on devait, sur il ne savait plus quelle partie de S. Thomas, un commentaire très verbeux et tout à fait thomistique^ ». Il s'agit de l'auteur bien connu Conrad Kollin, qui n'a publié un commentaire que sur une partie de la Somme de S. Thomas, la première section de la seconde partie (i5i2). Ainsi, Mélanchthon ne connaît pas le nom de l'auteur et il ne sait pas ce que cet auteur a écrit ; pourtant, selon le procédé ordinaire, il ne sent pas moins le besoin de déblatérer contre le livre et contre l'auteur. C'est très luthérien. Ici, Mélanchthon s'élève à la même hauteur que l'allié de Luther, le syphilitique Ulrich de Hutten^.
Mélanciilhon a déposé aussi son ignorance dans la fameuse Confession du protestantisme. Il écrit : v Les moines prétendaient que les vœux égalaient le baptême, et que par la vie monastique on méritait devant
1. Corp. lief.. I, 317 : (( Qiiin si vis et pinpiiem ilhim hirtiuitailuin, nomcn enim nunc non teneo, qui nescio quani TIiom:n partem verbosissimo planeque thomistico commenlario illiistravit. »
2. Dans son Oôti;, liutten «''crit notamment : (( Jactantur ab alteris subtilis Scotus, serapliicus IJonaventura, bis sanctus Tliomas, vinice majrnus \ibertiis ac irrefragabilis (jiiitlam, cujus milii iiomen per incuriam cxcidit », etc. De i5i8, dans Palat. IV, 12 i. 11 parle (lu Doi-tor irrej'rmjabilh, et il ne sait pas que c'est Alexandre de Halès.
Sun l'état religieux 'Slt'6
Dieu la rémission des péchés et la justification, lis ajoutaient même que la vie monastique ne méritait pas seulement la justification devant Dieu, mais plus encore, parce qu'on y accomplissait non seulement les commandements de Dieu, mais encore les conseils cvangéliques. Les vœux monastiques étaient plus prisés que le baptême ' ». « Celui qui a été ainsi attiré, et qui est ainsi entré dans un monastère, apprend peu de chose sur le Christ - ». Puis viennent les sophismes habituels à Luther, ceux dont nous nous sommes occupés au chapitre VI : les vœux ne sauraient annuler l'ordre et les commandements établis par Dieu ; or, il y a un commandement qui dit : (( Poui- éviter toute inipudicilé, que chaque homme ait une femme et que chaque femme ait son mari ^ ». H est dit aussi : « 11 n'est p;is bon que l'homme soit seul ^ ».
1. t\onfcfsio .iiKjusUma, dans : Die unvcranderte Augsbiirgisclu- Kon fission, d:'uisrk untl Inteiniscli. Kritische ausgahe von P. Tschac- KEUT (1901), p. 171, 170, 172. Le texte allemand usuel (texlus receplus) qui fut publié avec le texte latin, ne présente ici aucun sens : « Ja, sic setzen nocli mchr dazu, das man mit dem Klosterleben vcrdimt iiicht allein gercclitigkeit vor got und fromkeit. sonder auch das man damit liiclte die gebote und rattic. » « Ils ajoutent même que, par la vie monastique, on ne mérile pas seulemenl la juslification devant Dieu, et la piété, mais encore de pouvoir observer les commandements et les conseils. » Ainsi l'on doit mériter aussi d'observer les commandements et les conseils ? Le texte latin donne au moins un sens : <( Imo addebant amplius vitam monasticam non tantum j\islitiam mercri coram Deo, sed amplius eliam, quia servaret non modo pricccpta, sed ctiani consilia evangelica. »
2. Cette phrase ne se trouve que dans le texte allemand (p. 173); elle n'est pas dans le latin (p. 171).