‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 263 sur 290 · ERREURS ET SOPHISMES S^V · texte numérisé non relu

ERREURS ET SOPHISMES S^V

doivent tendre et vers laquelle, en prononçant leurs vœux, les religieux se sont solennellement obligés à tendre. C'eût été trop catholique ' !

Continuons la lecture de cette Confession ; « Par suite des fausses louanges' que l'on donne à la vie religieuse, le vulgaire se forme nombre d'idées nuisibles : il entend louer le célibat sans mesure : dès lors, c'est avec une conscience troublée qu'il vit dans le mariage. Il entend dire que, seuls, les mendiants sont parfaits : c'est d'une âme angoissée qu'il conserve ses biens. Il entend dire que ce n'est qu'un conseil évangélique de ne pas se venger : aussi, il y en a qui, dans la vie privée, ne reculent pas devant la vengeance. D'autres

I. Voici par contre la définition que donne la Confession (P. i8i, i6G). Je cite le texte allemand et Je mets entre parenthèses les mots qui ne se trouvent pas dans le latin. « La perfection chrétienne est que Ton craigne Dieu (du fond du Cd'ur et) véritablement, et ([lie toutefois l'on conçoive une grande (le texte a : cordiale) (assurance), foi et confiance qu'en raison du Christ nous avons un Dieu indulgent (miséricordieux) ; que nous pouvons (et nous devons) prier Dieu (et lui demander ce qui nous est nécessaire), et attendre de lui, avec pleine conliance, du secours dans toutes nos tribulations (latin : dans tout ce que nous avons à faire), selon notre vocation (et notre état) ; qu'en même temps nous devons avec soin faire extérieurement des bonnes œuvres et vaquer à nos devoirs. C'est en cela que consistent la vraie perfection et le ATai culte de Dieu, et non pas dans la mendicité ou dans des frocs noirs ou gris », etc. Dans son Histoire du Piétisme {Geschichte des Pietisnuis, I, Sy, n. 2), Ritschl cite et aijprouve cette définition. ^lais comment s'accorde-l-elle avec le plus grand des préceptes, ce précepte de la charitj envers Dieu et le prochain, que Jésus-Christ a de nouveau promulgué i' Comment s'accorde-telle avec le conseil du même Sauveur : Si l'on veut être parfait, que l'on vende tout ce que l'on a, qu'on le donne aux pauvres ; jiuis que l'on aille à Lui et qu'on le suive ? Dans cette Confession, où est-il question d'une vie vertueuse, ou même seulement d'une domination sur ses passions :'

3^8 MÉLANCHTHON ET LA CONFESSION d'aUGSBOURG

regardent toutes les professions administratives et civiles comme indignes d'un chrétien. On lit des exemples d'honmies qui ont abandonné femme et enfants, ainsi que la gestion des intérêts publics, pour se retirer dans des couvents. Ils appelaient cela fuir le monde et chercher un genre de vie plus agréable à Dieu 1. ))

Tout cela est calculé en vue de la sottise et de l'inexpérience des lecteurs. Dans les innombrables prédications du \V siècle qui s'adressent aux laïqnes, on trouve à peine, après avoir cherché longtemps, un ou deux passages où il soit question de l'état religieux et du célibat ; dans Tes allocutions pour le mariage, il n'y a que lui qu'on loue ; et l'on n'y fait pas la moindre mention de l'état de virginité"^. Or, en lisant la Confession, on est porté à croire que les prédicateurs n'auraient guère parlé au peuple que du célibat. C'est un mensonge inventé par Luther et Mélanchthon que d'après la théologie ou la prédication de l'époque, les (( mendiants ». c'est-à-dire les moines mendiants, et eux seuls, étaient parfaits ; il n'est plus besoin d'insister sur ce point. Tout ce que Mélanchthon dit de la vengeance, qui pour les catholiques ne serait que matière à conseil, est une méchanceté calomnieuse, prise de Luther : au contraire, d'après la doctrine • catholique, la première conséquence du devoir d'aimer ses ennemis est de ne nourrir contre eux dans son cœur, et en général contre le prochain, aucune haine, aucun désir de vengeance. C'est là un devoir nécessaire.

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