ERREURS ET SOPHISMES
Dans raïuour des ennemis, le l'este n'est que de conseil, et regarde la perfection ^ D'ailleurs, je m'étonne que Mélanchlhon ait eu le courage d'aborder ce sujet ; car le « Réformateur » et les siens ont précisément agi de manière à faire croire que c'était la vengeance que le divin Sauveur avait commandée et l'amour des ennemis qu'il avait défendu. Pour s'en convaincre, il suffit de lire n'importe quel écrit de Luther; l'on a vite fait d'y voir l'homme plein de haine et de fiel^.
X. C'est ail conseil, par cxeniplo, (|ue se rapportent les paroles de Jésus-Christ (Matth., 5, Sg et suiv.) : « Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, préscntc-lui encore l'autre » ; « à celui qui veut t'appeler en justice pour avoir ta tuiiif[ue, abandonne encore ton manteau », etc. Dans ces paroles, aujourd'hui comme autrefois, l'on a reconnu avec raison un simple conseil, non un précepte (à l'exception de certains cas que je n'ai pas à étudier ici.) Lullicr s'attaqua à cette opinion, qui se rencontre déjà dans S' Augustin, afin de reprocher astucieusement aux catholiques d'avoir en général fait un conseil du précepte de Vamoiir des ennemis. CJr. Weim. VIII, 082, 5(j2, etc., et ci-dessus, p. Sai-Saa. En sens contraire, voir S' Thomas d'Aquin, 2' 2'°, qu. 23, a. 8, () ; qu. 83, a. 8 ; Quœstio de diarilate, a. 8, où le corps de l'article commence ainsi : <( Diligere iiiimicf>s aliquo modo cadit sul) prœcepio, et aliquo modo sub coitsilii perfectione ». Et sur le fjoint qui nous intéresse ici contre la Confession et contre Luther, il enseigne : « (hùcuntiue inimicuui odit, aliquod bonum creatum diligit plusquam Deum, quod est contra prœceptiim charilatis. Habere igitur odio iuimicum est contrarium charitati (donc un péché mortel). Sequitiu- crgo i[iiod ex neccssilale pnrcepli teneamuidiligere inimicos». Puis il se demande jusqu'où va cette obligation, où cesse le devoir et où commence la perfection.
■>.. Un seul exemple de la manière dont Luther a observé le précepte de la charité envers ses ennemis. Il écrit : m Ils ne feront jamais si mal ([uc je ne veuille faire pire encore avec eux ; et ils n'auront jamais une tète si dure que je ne veuille avoir une tête plus dure encore. Ils doivent me céder la place ; je ne la leur
35o MÉLANCHTHON ET LA CONFESSION d'aUGSBOURG
Mais enfin, quelques hommes ont abandonné leur femme et leurs enfants, et se sont retirés dans des monastères ! « Quelques hommes », ou comme le dit le texte latin: « On lit des exemples d'hommes », elcJ (( Quelques hommes » sont-ils la règle ? Est-ce sans le consentement de lein- femme, sans avoir pourvu à l'avenir de leurs enfants, sans un appel de Dieu que ces hommes sont entrés au couvent? Mais il ne fallait pas y regarder de trop près, car alors l'effet désiré aurait été manqué. Et cette phrase devait servir à prouver que d'autres regardaient les professions administratives et civiles comme indignes d'ini chrétien. Déjà l'article xvi de la Confession condamne ceux (c'est-à-dire les catholiques) qui mettent la perfection évangélique dans l'abandon des professions civiles, et non dans la crainte de Dieu et dans la foi-. « Un mensonge mange l'autre » disaitun jour Luther 3. C'est ici le cas. C'est un mensonge de dire que les catholiques regardaient les professions civiles comme
coderai jamais ; je veux rester, ils doivent disparaître. Ma vie doit cire leur bourreau, ma mort leur démon. » Au cours de cet ouvrage, nous rencontrerons d'antres exemples du même genre.
1. « Legunlnr exempta hominum, qui deserto conjugio...- » (P. i83.)
2. P. 97. Dans le texte allemand, p. gO : u Nous condamnons aussi ceux qui enseignent qu'il est de la perfection chrétienne d'aljandonner corporellement maison et biens, femme et enfants et de se dépouiller de ce qui vient d'être mentionné. » (C'est-à-dire les professions temporelles, civiles). Ritschl {loc. cit.) cite et approuve aussi ce passage, où avec une ignorance par trop candide, il voit l'objection capitale contre le « catholicisme ». Pour Luther, voir, ci-dessris, p. 278-27^.
3. Erl., 3i, 293. — [C'est à-dire : Un mensonge en fait oublier un autre, en recouvre un autre].