Matth., iij
352 MÉLANCHTHON ET LA CONFESSION d'auGSBOURG
Christ?' Il faut le reconnaître : ni Luther, ni Mélanchthon, avec sa Confession, ne se placent ici à un point de vue chrétien, mais à un point de vue rationallsle.
L'article xxvii de la Confession se termine par ces mots qui résument tout l'article: « Toutes ces idées impies sont attachées aux vœux : i" ils justifient ; 2° ils sont la perfection chrétienne; 3" par eux on observe les conseils et les préceptes ; 4" ils contiennent une surabondance d'œuvres. Comme toutes ces idées sont fausses et chimériques, il en résulte c/iie les vœux sont nuls -. »
Les deux premières propositions sont des mensonges de Luther, comme il ressort de l'exposé de la véritable doctrine catholique, qu'on a lu dans les chapitres précédents. La troisième est vraie dans le sens établi aux chapitres vnet viii, et Luther ni Mélanchthon n'ont jamais pu prouver qu'elle fût fausse. La quatrième et dernière se fonde sur le mépris de Luther pour les bonnes œuvres, et sur sa falsification de la doctrine catholique, que c'est sans et contre la passion et les mérites du Christ, en ne nous appuyant que sur nous, que nous accomplissons les œuvres : aussi, « dans leur doctrine (la doctrine des papistes), il n'y a pas une lettre, si petite qu'elle so'il, pas une œuvre, si mince
I. Comme Luther le dit dans un scrmuii (Weim. XXVIU, lo'ij: « Comment pourrait-on nous amener à admettre qvie la vie et les (Ouvres qu'ils se sont eux-mêmes choisies, soient plus parfaites el plus saintes que la vie et les œuvres du Christ Fils de Dieu ? »
■>.. Page 1S5, lijo. SurGerson, tjui immédiatement annara\ant est cité en témoignage, voir, ci-dessus, cli. VI II, p. aSô-aSr) : on saisira dès lors (piels détours captieux il a fallu à Mélanchthon pour le ranger de son côté.
ERUEUUS ET SOPHISMES 853
qu'elle soil, qui ne renie el ne calomnie le Chrisl, qui ne déshonore la foi au Christ'. »
A la fin du chapitre vi. j'ai rappelé que dans une lettre à Mélanclithon, Luther ne nie pas les manœuvres captieuses dont, à la diète d'Augsbourg (i53o), lui et les siens se sont servis dans leurs négociations avec les catholiques, encore que lui-même il n'y fût pas présent 2. C'est par des moyens de ce genre que l'on est alors venu à bout de composer la Confession luthérienne; et cela est particulièrement vrai de l'article XXVII, sur les ordres ; les principes catholiques y sont exposés de manière à amener comme une conclusion naturelle et chrétienne la nécessité de les combattre. Et la Conjession tout entière est rédigée dans cet esprit.
Il est vraiment lamentable de voir sous quels travestissements la doctrine catholique se présente aux protestants dès l'enfance, sans qu'elle leur soit jamais montrée sous son jour véritable ; de voir quel amas d'erreurs ils traînent eux-mêmes sans cesse avec eux dans leur Confession.
11 était réservé aussi à Mélanclithon de rendre Thomas d'Aguix responsable de la doctrine du « baptême monastique )), alors (|ue S. Thomas, comme nous le verrons au chapitre suivant, ne se sert même pas de l'expression de « second baptême », et qu'en général il ne parle que du don complet de soi-même à Dieu, et non de l'acte extérieur considéré isolément. Pourtant
Erl., 2Ô, ^3.
Voir, ci-dessus, p. 218-219.
354 l'idéal catholique de la vie
Mélanchthon nous apprend que Thomas fit du vœu l'égal du baptême'. En 1020 déjà, il disait à un chartreux ce qu'il fallait penser de Thomas: » Pourquoi vous autres, exaltez-vous tant vos vœux? Pourquoi ce moine inepte de Thomas d'Aquin a-t-il fait cas de la profession religieuse au point d'estimer que si quelqu'un jure sur vos paroles, tous ses péchés lui seront remis. - » L'épiUiète d'inepte que l'on trouve ici ne fait tort qu'à celui qui l'a écrite. Pour ce qui est de son assertion qu'ici Thomas serait l'auteur de tout le mal. Mélanchthon eut un disciple facile à convaincre, celuilà même qui avait été son maître, je veux dire Luther. Dès lors, il est tout indiqué de traiter de cette influence réciproque dans le chapitre suivant •'.
§2. — L'idéal catholique de la vie, d'après Ritschl, Seeherg et Harnack.
C'est du texte reçu de la Confession et des fausses assertions de Luther que partent les théologiens protestants modernes dans leurs exposés de l'idéal catho-