BUT ET PLAN DE L OUVRAGE L.VVII
mieux, de sa fausse conception sur ce point.
Dans cet ouvrage on ne trouvera donc pas une Me de Luther: je ne suis pas un biographe de Luther : contre tant d'atTirmations en sens contraire, je tiens à l'atfirmer catégoriquement et une fois pour toutes. D'ailleurs il ne serait pas encore possible d'écrire cette T/e. Jusqu'à nos jours, ça été surtout sur les atruniations postérieures de Luther qua été échafaudée son histoire d'avant sa chute. Avant tout, il y aurait à faire la critique de ces aifirmations : or, l'on ne peut encore au juste déterminer la part des matériaux inutiles qu'elles renferment. Dans la première édition, j'ai déjà rappelé à plusieurs reprises que la vie de Luther dans le cloître, telle qu'il l'a décrite plus tard, que ses confidences sur ses vœux, ses pénitences, la cause de sa sortie de l'Eglise, etc., que tout cela appartient en grande partie au royaume des fables. Mais la preuve n'en va pas delle-mème ; elle demande qu'on examine les affirmations de Luther et qu'on les compare avec l'histoire de l'époque précédente, ce qui exige de longues recherches. C'est là, à mon avis, qu'il faut chercher la valeur de mon œuvre.
Les exposés erronés, les appréciations fausses des théologiens et des historiens protestants demandent aussi de longues discussions, qui interrompent le fil de la démonstration. 11 se peut que les profanes
LWIII PREFACE DE LA SECODE EDITION
trouvent ces discussions désagréables et inutiles; mais dans un ouvrage scientifique il est impossible de les omettre. C'est très peu de chose, extrêmement jieu de chose que par exemple nous apportent sur ces matières les deux histoires des dogmes de Harnack et de Seeberg, quoique ces deux auteurs ne laissent pas de se poser en hommies éminemment compétents, et de siéger en juges pour décider de tout ce qui touche à ces questions. Rien n'a été plus loin de ma pensée que l'in lention présomptueuse de traiter fout ce qui a une relation quelconque avec le développement du protestantisme, ni de produire tous les témoignages catholiques antérieurs ou tous les documents qui, dans les œuvres de Luther, se rapportent à mon objet : combien de volumes, alors, ne devrais-je pas écrire! On a dit que je ne suis qu'un scolastique, et non pas un historien. A cela je réponds que dans le premier volume, pour pouvoir suivre Luther, je dois naturellement me comporter le plu? souvent en théologien : l'historien doit s'y tenir à l'arrière-plan. J'ai montré que Luther n'avait pas exposé fidèlement la doctrine antérieure de l'Eglise ; les théologiens protestants en ont éprouvé de la stupéfaction : c'était une terre inconnue qui se découvrait à euxL
1. On le voit notamment [)ar les répliques de Harnack, de Secberu: et de Kr)hler, et par la récente publication de Bvcma^> : Deniflcs