LA DECADENCE MORALE AU XV SIECLE
résistance à la doctrine du Christ et de l'Eglise ; il n'y avait pas là de théorie, comme chez les Frères du libre Esprit 1. mais de la faiblesse, provenant à la fois de la négligence à repousser les occasions dangereuses, d'un manque de christianisme pratique, et de la force d'une habitude devenue une seconde nature. Quelquesuns se relevaient, mais souvent aussi, ils retombaient. Dans ce camp, les mois de victoire et d'empire sur soi-même, de discipline, n'avaient presque pas de sens. Au xv" siècle, comme du reste auparavant déjà, des corps religieux plus ou moins considérables, la partie la plus nombreuse de beaucoup de diocèses, et, ce qui n'était pas rare, leurs pasteurs y compris, offraient les caractères que nous venons de décrire'-.
1. Hérétiques du moyen âge. Leur doctrine alioutissait à vino sorte de quiétisme optimiste venant de l'idée que nous sommes une partie de Dieu, et que dès lors nous pouvons tout nous permettre. Ainsi cette doctrine peut se résumer en deux points : pantliéisme et immoralité. Elle se distingue de celle de Luther qui est inspirée par une idée pessimiste, manichéenne: l'idée de la corruption intégrale de l'homme par la chute originelle.
Sur les Frères du libre Esprit, le lecteur français peut consulter le Dictionnaire de Théologie catholique, de Vacant et Mangenot ; article Béguards, par Vernet ; et H. Delacroix, Essai sur le mysticisme spéculatif en Allemagne au xiv' siècle^ ('899) (ouvrage panthéiste) (N. d. T.)
2. Un exposé détaillé en sera donné en son lieu, dans le second A'olume de cet ouvrage (sur le luthéranisme). Sur les diocèses rhénans dans la première moitié du xiv* siècle, cf. pour l'instant SAUERL.v^D, Urkunden und Regesten zur Geschichte der Eheinlande ans dem Vat. archiv. (Bonn, 1902); t. I, p. XVI-XIX. Voir aussi L\NDM'.N>', Das Predigtwesen in Westfalen in der letzten Zeit ■des Mittelalters (1900), p. iy3 et suiv.
L'autre courant, celui qui correspond à la partie supérieure de l'homme, comprenait les membres du clergé séculier et du régulier qui, fidèles à leur vocation, vivaient dans l'imitation du Christ ; ils soupiraient après une réforme de la chrétienté ; par leur parole, par leurs écrits et par leurs exemples, ils cherchaient, et parfois avec une grande énergie, à en arrêter la ruine. Ils y réussirent assez bien en quelques endroits, mais dans l'ensemble ils échouèrent. Au contraire, je voyais le torrent auquel ils avaient voulu s'opposer continuer sa marche sans entraves, et souvent même s'élargir, si bien que plus d'une fois je me demandais : <( Le mal peut-il encore aller plus loin ? Quand donc en verrai-j'e la hn ? » Et, pourtant, je devais convenir que, dans l'état où elle se présentait à moi. la décadence n'était pas complète, et qu'elle pouvait s'accentuer encore. Quand tout est renversé. (|ue toute digue, toute entrave est rompue, que la conscience est à tel point endormie que le mal n'est plus reconnu comme mal mais qu'on l'exalte comme un bien, c'est alors seulement que nous rencontrons le dernier terme de l'évolution, c'est alors que toute espérance de relèvement et de réforme a disparu.
Or, au xv" siècle, le désordre n'en était pas encore là. Extérieurement, le mauvais prêtre, le mauvais religieux restaient soumis à l'autorité de l'Eglise : il n'était pas question de rejeter le principe même de