Ofip. Gerson., Antwerpia:", i7o(), II
L\ DECADENCE AU COMMENCEMENT DU XVl" SIECLE f)
voyaient nombre d'heureuses exceptions clans le clergé et clans le peuple de quelques diocèses ' ; même à l'épociue la plus sombre, des témoins oculaires impartiaux signalent la présence persistante du bien 2. Mais le courant du mal était impétueux, et le livre que je viens de citer en fait une sombre peinture. Les membres du clergé qui suivaient ce courant avaient souvent perdu toute conscience de leur état, de leurs devoirs et de leur mission ; ils n'avaient aucun ascétisme, ni discipline morale, ni vie intérieure en un mot, et l'on pouvait tout redouter à leur endroit.
En lôiO, un an et demi avant la cjuerelle des indulgences, et par consécjuent à une époc[ue où il n'avait aucunement l'idée de se détacher de l'Eglise, Luther écrivait au sujet des prêtres et des religieux d'Allemagne (ses vues pessimistes, il est vrai, le poussaient sans doute à généraliser et à exagérer) : «S'il n'y avait plus de contrainte, et cjue chacun fût laissé
1. Un tableau d'ensemble du Inen et du mal à la lin du moyen âge a élé donné par L. P.vstor, dans la Geschichte des deulschen Volkcs de .Ianssen, I, 17' et 18' édition (1897), P- 67/1-75/4.
2. Ainsi par ex., le grave auguslin Barthélémy d'UsiNGEX s'élevait à Erfurt contre les calomnies des prédicants sur nombre de bons prêtres séculiers et de pieuses religieuses qui vivaient alors dans cette ville : « Ecce quoi sunt honesti viri sacerdotes per ambo hujus oppidi collegia ecclesiastica, quot denique per parochias et cœnobia, quos nebulones isti pessimi pessime dillamant, nugacissime conspurcant. Taceo virgines vestales, quas moniales vocamus, qua^ omnes virulentia:' et potulantia? censuracque lingiiarum istonim subjici cornunliir. » Libellus F. Barthol. de Usingen, De rncrito bonorain openiin. Erpliurdias, i525, fol. .16. cf. Palus, Dec Awjutiner Barthol. von isingen, p. 58.
lO IXTKOUUCTION
libre d'être fidèle aux jeûnes, aux prières, aux devoirs religieux el au culte divin, si tout cela était abandonné à la conscience de chacun, et que seul l'amour de Dieu dût décider, je crois qu'en une année presque toutes les églises seraient vides et les autels abandonnés... S'il paraissait un décret d'après lequel aucun prêtre, à moins de le vouloir librement, ne serait tenu de vivre sans femme, de porter la tonsure et l'habit ecclésiastique, de réciter les heures canoniales, combien crois-tu qu'il s'en trouverait à choisir le genre de vie où ils sont présentement ?... Ce n'est que par contrainte qu'ils restent dans leur service ; ils cherchent leur liberté quand leur chair la désire. Je crains que nous ne soyons tous en voie d'aller à la ruine ^. »
Quatre ou cinq ans après, pour une grande partie de ces prêtres ce pronostic se réalisait. A partir de 1020, le courant mauvais commence, du moins en Allemagne, à se diviser en deux branches : l'une garde encore complètement les caractères de la décadence du xv" siècle, l'autre, beaucoup plus forte, ressemble plus à un cloaque et à un marais qu'à un cours d'eau, et elle présente une })hysionomie nouvelle, 1res particulière. A partir de ce moment, on rencontre à chaque pas des bandes de moines et de religieuses échappés de leurscouvents, des bandes de prêtres apostats ; comme
I. Epître aux liomains, fol. 27G 6. — Luthers loi Icsung uber dea Bomcrbr'u'f lôlô-lôlC), (;d. i. Ficker (Leipzig, 1908), t. II, p. 820.
ABANDON DES PRINCIPES AU XVl" SIECLE I I
sur un mot d'ordre, ce inonde a jeté par-dessus bord tout ce qui, jusqu'alors, était sacré pour le chrétien et pour eux-mêmes : ils ont manqué à la foi jurée à Dieu et à son Eglise, ils ont abandonné les cloîtres, les églises et les autels. A qui mieux mieux, ils méprisent l'Eglise leur mère, la messe, le bréviaire, le confessionnal, les jeunes, bref, toutes les institutions de l'Eglise. Dans leurs prédications, leurs satires, leurs pamphlets, ils livrent à la risée publique les moines et les prêtres restés fidèles ; ils les assaillent dans les rues et jusque dans les églises. Dans leurs discours et dans leurs écrits, ils traitent le pape d'antechrist, les évèques et les autres ministres de l'Eglise de garnements du diable. Les vœux qu'ils ont solennellement prononcés devant Dieu ne sont plus pour eux qu'un reniement du Christ, une tromperie diabolique, contraire à l'Evangile ; en conséquence, ils accusent d'apostasie les religieux restés fidèles à Dieu '. Le concubinage des prêtres" et des religieux n'est plus pour eux un concubinage, mais un mariage valide devant Dieu, puisque la nature exige que l'iiomme et la femme vivent ensemble. Mar'uKjc des prêtres, mariage des moines étaient les mots magiques f[ui leur permettaient de continuer un concubinage odieux à tous, et surtout au peuple. Mariage sonne mieux que concubinage, et ils avaient fort à cœur que ces unions