LUTHER ET LE MARIAGE DES PRETRES ID
et il s'est écoulé avec surabondance dans ce bras devenu un véritable ])ourbier.
De fait, peut-on aller plus loin que le moine qui, en i522, disait du haut de la chaire : « De même qu'il n'est pas en mon pouvoir de ne pas être homme, ainsi il ne dépend pas de moi de vivre sans femme '. » Autrefois, en face de l'autel, ce moine avait prononcé solennellement le vœu de continence ; « mais », ajoulet-il dans le même sermon 2 « aucun vœu de moine n'est valable devant Dieu;... prêtres, religieux et religieuses doivent même abandonner leurs vœux quand ils se sentent capables de féconder et de multiplier des créatures de Dieu.» Et alors, comme il le dit à plusieurs reprises, ils passent de l'état d'impudicité à celui de chasteté. Malgré les vœux autrefois prononcés, on en vint donc à considérer comme une œuvre agréable h Dieu le mariage des prêtres et des moines. Le scandale pouvait-il aller plus loin? Dès lors, combien plus avantageusement que ces prêtres et ces religieux se présente à nous le concubinaire du xv" siècle, qu'il y a un instant, nous entendions déplorer et gémir de préférer l'amour des créatures à l'amour de Dieu ! A présent, pour contenter les instincts sensuels, on exalte précisément comme une preuve d'amour de
1. Erl., 20, 58; Weim., X, P. II. p. t-C), i/|. (Sermon sur le mariage, iSsa). Lorsque Denifle a composé son ouvrage, ce sermon n'avait pas encore été publié dans l'édition de Weimar. 11 s'y trouve maintenant au ï. X, P. Il (1907), p. 2G7-30/1. (N.d. T.).