DELAISSEMENT DE LA PRIERE
employer une expression de Tauler, par s'enfoncer jusque dans les bas-fonds. Dès lors, ils n'eurent plus d'appui contre toutes les autres tentations qui les assaillaient, ni contre les doutes en matière de foi, qui affluaient dans un état d'âme aussi lamentable.
En i5i5, déjà, Luther lui-même avait décrit ces conséquences : « Si un jeune homme ou une jeune fille n'ont plus de dévotion et de ferveur, disait-il, mais qu'ils se relâchent et ne pensent plus à Dieu, j'ai peine à croire qu'ils soient chastes. Car s'il est nécessaire que ce soit la chair ou l'esprit qui vive, il faut aussi que ce soit la chair ou l'esprit qui brûle. Et il n'y a pas de moyen plus sûr de vaincre le feu de la chair que la fuite et le détachement d'un cœur qui se tourne vers Dieu avec amour. Dès que l'esprit brûle, immédiatement la chair s'attiédit et se calme, et inversement ^. n Règle d'or, dig-ne d'un Père de l'Eglise ; voix qui retentissait des bords du courant de la rénovation, mais voix qui ne fut plus comprise des prêtres et des moines déréglés. Lear rappelait-on que pourtant, pendant dix ans, quinze ans et plus encore, ils avaient pu rester chastes, que, par conséquent, c'était leur propre faute
I. EpUre aux Romains, fol. gS : « Qiuecumque persona juvciiis non habet devotionem et igniculum ad Deum, sed libère incedit sine cura Dei, vix credo, quod sit casta. Quia cum sit necesse carnem aiit spiritum vivere, necesse est etiam aut carnem aut spirihim ardere. Et nulla est potior Victoria carnaiis, quam fuga et aversio cordis per devotam orationem. Quia fervescente spiritu mox tepescit et frigescit caro et econtra. » (Ficker, II, 2G).
si, dans le présent, ils trouvaient la chasteté impossible ^ ; les e\liorlait-on à se rattacher à la force tonte-puissante de la prière, à demandeT à Dieu sa grâce, ils se mettaient à rire, et disaient : « C'est merveilleux ! Et si Dieu ne veut pas être prié à ce sujet? Ou si on le prie et qu'il n'écoute pas-? » Se donnant même des airs de graves moralistes, ils se dégagaient de l'inAitation à la prière en disant : (( Mais quelle plaisanterie dans des choses si graves ! ^ » C'est le cas de citer un mot de Luther* : (( On reconnait bien là le fourbe qui ne peut pas cacher ses vilenies. « Rien d'étonnant dès lors que le feu de la concupiscence, suite du manque d'nnion à Dieu, leur ait donné tant de soucis : « Le feu de la volupté me dévore, s'écrie leur porte-parole, alors que c'est mon âme qui devrait être ardente. Je brûle, dans l'immense incendie de ma chair indomptée, et, je suis ici. oisif et paresseux, négligeant la prière^. » Naturellement, à quelque temps de là, nous l'entendons faire un aveu encore plus honteux, et que nous ne voulons
i. Ainsi, par ex., IjarUiLlcmy (I'Usingen à son confrôre aj)ostat Jean Lang avec lequel il avait vécu dans le même monastère : <( .Sed quœro a te, si tibi possiljilis fuit continentia Garnis ad quindccim annos in monasterio, cur jam lihi impossibilis sit facta nisi tua culpa ? » De falsis prophetis... (Erpliurdic, i525), fol. H.