Erl
fait de sacrement à recevoir par le désir, on ne connaissait que le baptême ; à présent, lui aussi, le mariage de désir entre en scène. C'était logique, car la pratique des membres de cette école nous montre que pour eux la parole de l'Ecriture : « Le juste vit de la foi ^ », avait ce sens caché : u Mon juste vit avec une femme », parce que u Dieu ne veut pas qu'on en ait une en dehors du mariage. » u Là où Dieu ne fait pas de miracle, l'homme, par nécessité, doit s'attacher à la femme et la femme à l'homme - ».
Ils allèrent si loin qu'après s'être laissés d'abord entraîner par le courant, d'autres, appartenant aussi à ce milieu, dont ils forment le troisième (jroupe, sentirent qu'ils avaient été égarés par l'illusion que leur chef allait mettre fin aux abus, et effectuer une réforme depuis si longtemps attendue. Peu à peu, ils se rendirent compte qu'ils étaient dans une Sodome ; aussi, la plupart abandonnèrent ce mouvement pour retourner à l'Eglise leur mère ou pour suivre des voies particulières. Mais d'autres, — et c'est la quatrième catégorie, — les rationalistes et les libres-pejiseurs, laïques pour la plupart, restèrent dans ce milieu, malgré les tristes réalités qu'ils avaient sous les yeux; pourvu qu'ils fussent hors de l'Eglise, ils s'accommodaient plus ou moins du reste. C'est même de ce groupe que sorlit la profession de foi de la nouvelle société.
I, Uom.. I, 17.
:>.. Weim., Ml, iiS-ii'i.
LES DESABUSES 20
Ces moines échappés, ces prêtres déduis, qui en eux et autour d'eux anéantissaient la discipline, la pudeur et la décence, n'en avaient pas moins le courage de se donner comme des prédicateurs de la morale, de prendre même le nom d'évangélkjiies, et de couvrir leur propre honte en exagérant avec mauvaise foi la triste situation de l'Eglise. Plusieurs années auparavant, Luther disait déjà : « Les hérétiques ne peuvent se mettre en honne posture, s'ils ne présentent l'Eglise comme mauvaise, fausse et menteuse ; ils veulent seuls être regardés comme hons, et l'Eglise doit paraître mauvaise en tout ' ». Et saint Augustin avait dit 2; « Ils ferment les yeux sur le bien ; il n'y a que le mal, réel uu simplement apparent, qu'ils savent exagérer. » Dans ces récriminations, comme du reste en toute circonstance, ils emploient un langage ignoble, tel qu'on n'en avait jamais entendu, même dans la période la plus emportée du grand schisme, et dont la plus vile lie du peuple était peut-être la seule à se servir. Leur langage, lui aussi, était un cloaque. Je veux faire grâce des exemples au lecteur, d'autant plus que dans le cours de l'ouvrage je trouverai sulïisammeut l'occasion de revenir sur ce sujet.
Oui, assurément, Luther avait raison, lorsqu'il con-
1. Diclala in Psalterium. ^^einl., 111, 'l'iô. Cf. en outre IN", 3()3.
■j. Enarr. in Ps. \)<y n. 12. Il parle de ceux qui sont dans l'état monastiqui' : a (^)iii \iluperare volunt, tam invido animo et perverso vitupérant, ut daudant oculos adversus boua. et sola mala, qua; ibi vel sunt vel i)utautur, exaggerent. »
cluait ainsi son jugement sur les mauvais prêtres et les mauvais moines de son temps : « Je crains que nous n'allions tous à la ruine ». Il savait où tendaient les penchants de ces hommes, et il craignait avec raison •que le courant de la décadence, en tout ou du moins en grande partie, n'aboutît tôt ou tard à un cloaque profond. Et alors, il n'y aurait plus de salut possible, car, dit le Sage, « lorsque le méchant est venu au plus profond abîme des péchés, il mépi'ise tout ^ ». Et qu'arrive-t-il d'un religieux qui pèche par mépris de la loi de Dieu ? Comme l'enseigne saint Thomas, il devient le pire des hommes, extrêmement difficile à convertir -.
Qu'aurait dit Luther si, en i5i6, il avait vu ce qui arriva quelques années après : ces prêtres et ces religieux tombés ne pas se contenter d'être eux-mêmes infidèles à leurs promesses, mais arracher de leurs couvents, avec l'aide de laïques, des vierges consacrées à Dieu, après les avoir corrompues par leurs écrits introduits en cachette ; puis les amener par la contrainte à la rupture de leurs vœux et au mariage ! 11 les aurait traités de barbares païens et libidineux, puisque jusqu'alors il n'y avait eu que les barbares à donner un tel spectacle. Assurément, quelquefois au xV siècle.