Ed
la ruine morale ? On l'appela d'abord la secte luthérienne, les luthériens 3, et bientôt le luthérisme ou le luthéranisme ? Secte luthérienne ? Luthéranisme ? Impossible. Une secte luthérienne, un luthéranisme sans Luther n'est pas concevable ; — et ce grand moine mendiant, ce savant qu'en lôio et i5i6, nous avons entendu avancer des maximes qui jaillissaient du courant opposé, du courant de la réforme, de ce courant qui entra dans le xvi' siècle à côté du mauvais, un tel homme pouvait-il donner son nom à une telle engeance ?
C'est pourtant ce qui eut lieu. C'est Luther qui fut le chef d'orchesire. L'on se cramponna à sa parole; il proposait des doctrines qui semblaient soustraire au courant de la décadence les membres de la nouvelle société, mais pour ne les conduire que plus sûrement à la ruine. Luther, écrit Schwenkfeld au duc de Liegnitz, a détaché de leurs chaînes une masse de fous et d'insensés ; pour eux et pour le bien public, il eût été préférable de les y laisser, car, par leurs folies, ils font maintenant beaucoup plus de mal qu'ils n'en faisaient et n'en pouvaient faire auparavant*.
1. Au moins depuis iTiig, comme on le voit par l'écrit : Articuli per fratres minores de observantia proposUi rei'erendissimo episcopo Braiideburgensi contra Liithernnos... Fralcr Bernliardus Dappen Ord. Min. L'écrit, qui comprend six feuilles, est de i5ig.
2. Dans Weyerma>.n, Aeiie hisl. biograpli.-arlist. Aachrichlen von Gelehrten, Kiinstlern... ans der vorm. Reichstadt L'im. Ulm 1829,
p. ÔIIJ-OJO.
LUTHER, CHEF DE h\ NOUVELLE SOCIÉTÉ '6f)
Dès i522, en parlant des premiers moines sortis de leur couvent, ses confrères et commensaux, les Augustins de Wittenberg, Luther lui-même devait faire cet aveu : u Je vois que beaucoup de nos moines n'ont quitté le couvent que pour le motif qui les avait poussés à y entrer, c'est-à-dire par amour de leur ventre et de la liberté de la chair. Satan va faire sortir de là une grande puanteur contre la bonne odeur de notre parole^)). Il ne les en prit pas moins pour ses premiers apôtres.
Et de fait, c'était bien de l'enseignement de Luther qu'ils s'inspiraient ; c'était d'après son enseignement qu'ils vivaient, qu'ils agissaient, qu'ils prêchaient. C'est de lui que viennent les textes rapportés plus haut, en faveur de la rupture des vœux, et du mariage des prêtres et des moines; c'est lui qui, dans \e grand catéchisme, a écrit le passage sur la prohibition du vœu de chasteté ; lui qui a émis l'assertion que Dieu nous a demandé l'impossible, qu'on ne peut résister à l'impulsion de la nature et qu'il faut y obéir. C'est lui qui a décrit comment il brûlait du feu de la chair, bien que quelques années auparavant il eût condamné cette volupté, et qu'il en eût indiqué l'origine dans le manque d'union à Dieu ; c'est lui aussi qui a avoué que la ferveur s'en allait de son âme, et qu'il délaissait la prière. Non seulement son enseignement