Eiiders, III, SaS, (Luther à Jean Lang, 28 mars
4o INTRODUCTION
dépeupla les couvents, mais lui-même, un jour, il poussa au rapt des vierges consacrées à Dieu ; il en appela l'auteur a un bienheureux voleur >, et il le compara au Christ enlevant ses élus au Prince de ce monde •. 11 prit pour concubine une des vierges ainsi enlevées et livrées à la prostitution, il la déclara sa femme, et il fit d'elle un témoin de son Evangile. Par ses maximes, il brisa les liens du mariage et il en détruisit l'indissolubilité. Et sa théorie fut mise en pratique : elle amena le libertinage, les adultères, sur lesquels on ne cesse de se lamenter à cette époque ; il ne s'est pas opposé à ce que l'on eût plusieurs femmes et il a même déclaré qu'à proprement parler, la polygamie n'est pas contraire à la parole de Dieu 2. C'est lui qui, comme panacée universelle contre tous
1. Weim.. I\. 3gi-3ijj. Le rapt des religieuses eut lieu la nuit du samedi saint i523. avec l'aide de Koppe, bourcreois deTorgau. Luther poussa le blasphème jusqu'à écrire à ce brigand : « Comme le Christ, vous avez tiré ces pauvres âmes de la prison de la tyrannie humaine ; vous l'avez fait à une époque providentiellement indiquée, à ce moment de Pâques, où le Christ « a détruit la prison des siens. »
2. Ainsi déjà au commencement de lôt^i (Enders, IV. 280), et en i5s7 : « // n'est pas défendu à un homme d^avoir plus d'une femme ; aujourd'hui encore, je ne pourrais pas m'y opposer, mais je neveux pas le conseiller. » (Weim, XXIV, 3o5.) Paroles du même genre, en 1D28, 0pp. var. arg. IV. 368 ; et d'autres dans la suite. Finalement il l'a même conseillé. Voir ci-après, ch. VI, art. Vlfl (sur la bigamie de Philippe de Hesse.) Là, Luther et les siens étaient pour l'Ancien Testament. Mais quand l'Ancien Testament les gênait, alors, ils le mettaient de coté; et Moïse était même p^ço" à^cjcj^TH^is de pierres. On trouvera des détails à ce sujet daj|gJ^«TïîC^^«j^^ ouvrage.
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LUTHEH, CHEF DE LA NOUVELLE SOCIÉTÉ l\l
les péchés, a prescrit unicpienient la confiance dans le pardon du Christ, sans exiger la charité ; lui qui a condamné les mortifications, la confession, les pénitences de l'Eglise catholique ; lui qui a traité le pape d'antechrist, qui a rejeté le sacerdoce, la messe, l'état religieux et toutes les bonnes œuvres. C'est lui qui a enseigné que les bonnes œuvres, même accomplies dans les meilleures conditions, sont des péchés, et que le juste lui-même pèche dans toutes les bonnes actions qu'il accomplit. Et de même que pour la rémission des péchés, c'est aussi sur le Christ seul qu'il a rejeté l'accomplissement des préceptes. Et il se vantait d'être un saint et il estimait que c'eût été outrager le Christ que de ne pas le faire. Un tel enseignement devait avoir par excellence le don de porter le mal à son comble. Personne ne s'étonnera qu'à Wittenberg, où Luther résidait, ce mal s'étalât à tous les regards plus que partout ailleurs. Dès i524, un ancien étudiant de Wittenberg, le grammairien allemand Valentin Icrelsamer, de Rottenbourg. lui écrivait : « Ce que pendant longtemps Rome a dû s'entendre dire, nous le disons de vous : plus on approche de Wittenberg, plus les chrétiens sont mauvais^ ». C'est l'enseignement de Luther qui a précipité ainsi le courant de la décadence, et le Réformateur lui-même en
I. Klag eUicher Brader un aile Cliristeii. fol. A, 'i ; et dans J-egek, Andréas Bodenslein van Karlstadt (i856), p. /|88. Voir aussi plus loin, cil. Xlll, S 7 et suiv.
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vint à reconnaître ouvertement que le présent état de choses était bien inférieur à ce qui existait sous la papauté. 11 ne pouvait du reste le cacher, car les faits parlaient trop haut; il ne lui restait plus qu'à y trouver des explications et des excuses ; et celles qu'il fournit font vraiment hausser les épaules.
A plusieurs reprises ^, il nous montre ses luthériens sept fois plus mauvais qu'auparavant : « Quand nous avons chassé un diable, dit-il, il en vient en nous sept autres plus méchants -. » En lôaS déjà, il devait avouer que lui et les siens étaient inférieurs à ce qu'ils étaient autrefois 3. Et il le redit plus tard encore : « Avec cette doctrine, plus on avance, plus le monde devient mauvais ; c'est l'œuvre et le travail de ce diable maudit. On voit assez combien le peuple est maintenant plus avare, plus cruel, plus impudique, plus effronté et plus méchant qu'il ne l'était sous le papisme-^, d. U reconnaît « que la perversité et la méchanceté augmentent rapidement et vont au-delà de toutes les bornes », et cela « dans toutes les conditions sociales » ; que « les gens deviennent de vrais suppôts d'enfer ». Mais il ajoute d'un air frivole : « Uniquement en dépit du nouvel enseignement » 1^ « Avarice, usure,
I. Voir, ci-dessus, p. 37. Cf. aussi la conclusion de la première partie.